Danse avec les woulfes

Trip Start Oct 31, 2004
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Trip End May 06, 2005


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Flag of Kazakhstan  ,
Tuesday, January 18, 2005

Salut a Tous,

Me voila au terme du court periple kazakh, d'aplomb pour passer en Chine, vers de nouvelles aventures. Le Kazakhstan a ete plutot tranquille. De longs trajets en train qui me rappelaient ce voyage en Chine car les wagons sont strictement les memes (avec son eau chaude gratuite et ses toilettes qui vous donnent l'impression d'etre vraiment revenu de tout, et aussi cette frustration de voir des paysages majestueux qui vous regardent defiler sans pouvoir vous approcher).

Les 10 jours passes sur la mer d'Aral, cote Ouzbek, avant de rejoindre la Caspienne ont ete plutot mouvementes. Plein de belles choses vues et a raconter, enfin rien de touristique la-dedans sauf pour le guide des fous furieux qu'il faudra bien que je cree un jour. Pourtant je n'ai toujours pas ecrit une ligne la-dessus. Les pages restent desesperement blanches, et ce n'est qu'en m'endormant dans les trains, a bout d'insomnie, que je commence avec un sourire beat a voir defiler une folle course poursuite en side-car, la police a nos trousses pour transport illegal de poisson ; une gamelle monumentale pour tenter de rejoindre un autre side alors que les loups approchaient ; des heures et des heures de marche sur un immense lac gele qui avait ete la mer d'Aral, a la rencontre de ses derniers pecheurs clandestins ; le froid glacial, toujours, et la pile de mon appareil photo que je gardais en bouche pour eviter qu'elle se decharge, et toutes ces photos ratees parce que le simple fait de la remettre dans son logement diffusait sur les miroirs un nuage de buee ; un cercle de gamins anemies qui dansent leur dernier jour de l'an autour d'un sapin decore de ballons gonflables coca-cola ; un centre de traitement des tuberculeux ou vous etes bien chanceux si le docteur est capable de vous conseiller de vous moucher si vous etes enrhume... 01-Pêcheurs
01-Pêcheurs
Je vais essayer de vous narrer tout cela, vous verrez, il y a de l'aventure, de l'emotion, du frisson, encore des demeles avec les canides domestiques et sauvages, et meme un peu de sexe !

Je suis arrive a Moynaq le 29 decembre avec mon ami Ulugh Begh, qui a malheureusement du rentrer a Tachkent des le 1er janvier. Deux jours neanmoins au cours desquels son fluently franco-russo-ouzbeko-kirghizo-kazakho-karakalpakh me fut d'un precieux secours pour eviter des situations plutot risquees si je m'etais pointe la tout seul.
Le 31 decembre, nous sommes partis le long de la nouvelle digue a la rencontre des pecheurs de Moynaq, qui traversent le lac tous les jours (3h aller et idem retour) pour pecher un ou deux poissons qu'ils vendront un ou deux dollars. Les bonnes annees, dans ce nouveau lac apparu en 2002, un pecheur peut esperer ramener 30 a 40 kg de poisson. Prives de barque en hiver, lorsque gele ce lac faiblement sale, ils pechent a la maniere des lapons, en creusant un trou dans la glace et en attendant le passage d'un malheureux poisson pres de leur harpon. Ils sont vetus de haillons entasses les uns sur les autres et restent des heures a l'abri des roseaux dans l'attente des negociants.
Tous esperent partir au Kazakhstan ou en Russie, mais il leur faut 4 dol pour le train, 14 pour le visa kazakhe, une centaine pour un passeur vers la Russie. Plus de deux ans de bonne peche... Certains en reviennent apres avoir tout perdu, arnaques par des passeurs qui les font travailler un mois sur un chantier, puis gardent leur solde et les denoncent a la police avant de trouver une autre proie.
Les pecheurs se cachent tout au bout du lac, a l'abri des regards de la police qui taxe pecheurs, negociants et vendeurs. 02-Pêcheurs
02-Pêcheurs
Pas de corruption la dedans, encore moins d'esprit de protection de la faune aquatique, c'est juste une chaine ou chacun se fait de l'argent sur ce qu'il trouve dans une region ou il n'y a plus rien. Avec Ulugh Begh, nous sommes montes sur les side cars de deux negociants, avons traverse un bout de desert et le lac pour les rencontrer. Des que les negociants arrivent, les pecheurs se mettent a l'ouvrage. Arme chacun d'une hache et d'un poisson, ils creusent la glace avec un bruit de mitrailleuse et font ainsi plusieurs zones de trous entre lesquelles ils circulent des que les guetteurs au front gele dans l'eau annoncent l'arrivee d'un banc de poisson. La technique tient plus du coup de chance que de l'experience, meme si certains pecheurs commencent a connaitre les coins les plus poissonneux. L'un d'eux, venu du Kazakhstan ou il n'avait pas de travail, a fait une bonne journee hier : 4 dol. Du coup il prefere se ballader avec nous aujourd'hui et nous expliquer comment tout cela fonctionne, si tant est que l'on puisse y trouver une logique.
Des qu'un pecheur a harponne un poisson, il l'amene aux negociants qui remplissent le side-car peu a peu. Aussitot fait, il empruntent de nouveau les chemins les plus discrets. Un tracteur guette les pecheurs pour leur offrir de les ramener avec la remorque, 50 soums par personne, ils sont une vingtaine a monter, ca fait un dollar pour le chauffeur du tracteur. Une fois nos side cars interceptes par la police, on est degages poliment car le backshish ne doit pas se negocier devant les etrangers. 03-Pêcheurs
03-Pêcheurs
Je ne sais donc pas combien taxe la police, qui intercepte egalement les chasseurs de lapins, coupeurs de bois (enfin de roseaux, a Moynaq il n'y a plus rien d'autre pour se chauffer l'hiver).
C'est en surprenant sans le vouloir un de ces coupeurs de bois clandestins que j'ai bien failli me faire bouffer de nouveau par un chien ouzbek, me ramenant aux mauvais souvenirs de ma rando pres du lac Aydar Kul en 2003. Pendant que le pere coupe le bois, son fils et le chien font le pet sur une dune, pour prevenir au cas ou la police arriverait. Et le fait est qu'on m'a pris pour la police. Pierre Loti a ecrit un jour qu'on ne connait pas la peur tant qu'on n'a pas entendu le rugissement d'un lion. Ben a vrai dire, on pourrait placer en deuxieme position la vue d'un berger du caucase (ces betes la atteignent facilement les 80kg, et encore, pour les femelles) lance sur vous tous crocs dehors a vive allure. N'ayant a portee de course aucun promontoire ou m'abriter, je m'appretais a balancer un de ces coup de pieds magistraux a la maniere de Marius Tresor qui nous permit de mener 2-1 dans la premiere prolongation contre l'Allemagne en demi-finale de la coupe du Monde 82 a Seville, le truc qui vous satellise une enclume quoi, sachant que mon pied avait de fortes chances de se faire intercepter par une grosse machoire de toutou affame. Fort heureusement le maitre comprit a temps l'erreur de son clebs, siffla un coup, et l'instant d'apres le toutou me lechouillait le bout des doigts gentiment. Je reste toujours impressionne par le contraste ferocite/obeissance des chiens ouzbeks. 04-Pêcheurs
04-Pêcheurs
Bref on a fait copain-copain. Gentil toutou, susucre ? Non ? Ben moi je vais en prendre un tiens, ca va me remonter. J'ai ete serrer la pince du bucheron avec cette meme emotion qui etreint le coeur de l'adolescente prebubere croisant dans un cafe les New Kids on the Block. Il s'appelait Rustam, et avait un bon filon pour travailler en Russie ou il passe printemps et ete sur les chantiers pour gagner 300 dol par mois. Sa femme malade et son fils trop jeune, il revient chaque hiver pour les aider a chauffer la maison. C'est du temps passe a ne rien faire a part trouver du combustible et de quoi manger. Aujourd'hui il aurait assez d'argent pour amener sa famille au Kazakhstan, mais impossible d'obtenir un visa pour eux. Pourquoi ? Les voies de Karimov...

Cote emotion, c'est plutot le lendemain que je m'en suis offert une qui aurait pu etre la derniere. Affretant un side (c'est super fastoche a conduire, il suffit de balancer des grands coups de pieds dans le moteur en hurlant des injures en russe, ou en karakalpakh a la rigueur), me voila parti sur le grand lac gele, vers un autre point, pour doubler mes infos sur les pecheurs. La c'est mon cote un peu trop con qui a pris le dessus, parce que voyez-vous bien, meme avec quelques conseils et reperes, une boussole et une carte, quand on se retrouve sur une immensite glacee noyee dans le brouillard par -20 deg et n'offrant aucun point de repere, on a furieusement envie de se foutre des baffes. En plus ca rechauffe. La ce qui c'est passe, ca a ete trop rapide pour que j'en retrouve le fil. 05-Pêcheurs
05-Pêcheurs
Je sais qu'a un moment donne je me suis eloigne du side pour tacher de trouver des reperes, traces de pneus ou quelque chose. Je ne sais pas trop quelle distance j'avais parcouru lorsque j'ai vu emerger de la glace une foret de roseaux. Bonne nouvelle, au cas ou je sois perdu ca faisait toujours du combustible pour la nuit. Sauf que la, au milieu des roseaux, tres distinctement, il y avait un loup qui me regardait, sans bouger, l'air un peu trop sur de lui. Pas possible non plus de savoir combien de temps on est reste a se regarder. Mais un chasseur ouzbek en 2003 m'avait appris que les loups fonctionnaient comme cela : si on en voit un, c'est que le reste de la meute vous a deja encercle, et qu'il est trop tard. Lui n'est la que pour fermer le piege. Apres, tout c'est precipite, j'ai recule tres lentement, longtemps, vers le side, lorsque j'ai vu, a la limite du brouillard, se deplacer la meute. J'entendais tres distinctement le glissement des griffes sur la glace et le souffle.. le souffle..., ca aussi ca vaut le rugissement d'un lion. Reflexe de poursuite ou pas, ce coup ci je n'avais pas d'autre choix que de courir. Je me rappelle d'une gamelle monumentale, pomette explosee sur la glace a quelques metres de la moto, le sang qui gele instantanement et, apres l'etourdissement, voir courir les loups, droit sur moi, et d'autres sur le cote., tous proches, bien trop proches. A peine le temps de se dire acta est fabula, j'ai ete un poil trop loin. On espere juste que ca ne durera pas trop longtemps. C'est ma main droite qui m'a "sorti du debarras", parce que ma tete toute seule, elle aurait pas trouve de solution ce coup ci. 06-Pêcheurs
06-Pêcheurs
Ce qui c'est passe apres, moi j'y crois toujours pas. Au lieu de mon couteau que je cherchais dans un premier temps (futile contre plusieurs loups), ma main a sorti de ma poche mon harmonica. J'ai plonge sur la glace, et souffle ma note la plus aigue possible. En moi-meme je me suis dis c'est con, meme si quelqu'un t'entends il arrivera trop tard. Mais dans un des meandres de mon cerveau sans doute, un neurone avait pense a autre chose. C'etait un coup de poker, a battre un carre d'as avec une paire de valets, mais ca a marche. Les loups se sont figes instantanement. Je voyais le chef de meute qui arretait les chasseurs, faisait les cent pas, pietinait, levant et baissant la gueule, grognant, jaugeant sa proie, et surtout jugeant de la solidite de la glace, qu'il avait soudain senti vibrer, si imperceptiblement que ce soit, magie de la resonnance, et ne me demandez pas si c'est vraiment cela, ou le son aigu ou autre chose qui les a stoppes. Ils se sont arretes. C'etait tout. Juste un peu de temps, du repit, quelques secondes pour parcourir lentement les derniers metres, qui m'ont paru plus long que toute la traversee des Pyrenees, sauter sur le side et balancer le coup de kick de ma vie. Et evidemment se sentir dans la peau de Pierre Richard quand la moto ne demarre pas. Je ne repeterai pas la bordee d'injures que j'ai lance a ce moment la en kickant et kickant de nouveau cette salope de ferraille sovietique. Les loups deja reprenaient leur course quand une durite, une culasse ou je ne sais quoi a explose dans un bruit d'enfer, les figeant une seconde fois dans leur elan. 07-Pêcheurs
07-Pêcheurs
Un gros jet d'huile noire a macule ma jambe, le moteur s'est mis en route, la roue a patine quelques secondes sur la glace, baisser les gaz, accrocher, et le decor s'est mis a defiler lentement, puis de plus en plus vite, tout droit vers les roseaux ou les roues accrochent mieux et ou il n'y a qu'un seul loup a eviter. Allez croquer des lapins les loups, parce qu'en ce qui me concerne you can kiss my ass goodbye. J'ai roule ainsi plus d'une demi heure avant d'apercevoir les premieres silhouettes de pecheurs, et je me souviens d'avoir danse en arrivant. Me suis rechauffe a leur feu, fini mon reportage, et les ai remercie lorsqu'ils m'ont prevenu de faire attention aux loups en rentrant. Sans blaaaaaague !!! Et tout cela n'est ce pas, pour ramener un reportage sur les chenes nains du Quercy dont les journaux ne voudront jamais parce qu'ils ne croient qu'aux grands arbres... Ou bien l'inverse...

Voila pour le recit des pecheurs tel que je peux le faire en ce moment, mais make no mistake, j'ai encore plus de 4 mois devant moi pour vous preparer la version heroique, la legende homerique, celle ou j'ai egorge comme Davy Crockett 66 loups sur 67 (t'as de la chance le dernier !!!) qui m'attaquaient, et que vous m'entendrez raconter accoude au comptoir d'un troquet parisien, Picon-biere a la main, pendant des heures, avec projection diapo a l'appui, plan de chasse du loup, coupe longitudinale des moteurs de side-cars sovietiques, courbe de temperature de la glace et etude des resonances sonores sur revetement pseudo-isole et tout et tout. 08-Pêcheurs
08-Pêcheurs
Comme il convient de ne pas etre trop egocentrique, je me mets aussi a la place de celui qui ira camper avec les loups de Moynaq et se reunira avec eux autour du feu de camp, a l'heure ou ils se rassemblent pour boire des bieres, fumer des clopes et raconter des histoires de chasse, "le 5 janvier dernier, on est tombe sur un truc...!!! Ca glissait tous les trois metres, faisait des cris de marmotte et chevauchait un bout de ferraille qui petait comme un mammouth, on a eu une de ses trouilles j'vous dis pas..."

Le dernier jour, j'ai refait cette marche jusqu'a Ushay, pour voir ce qui avait change. Le petit camp de prefabriques apercu en 2002 s'est transforme en belle usine a gaz. On presente le gaz comme une seconde chance pour Moynaq et Ushay. Mias en verite, rien n'a reellement change. Les gamins continuent de venir chercher l'eau dans les flaques gelees sur la route. Ce qui change, c'est qu'ils doivent faire attention aux convois de transport de gaz qui les eclaboussent au passage. Plus loin, sur l'ile de Vozrojdenie, les Americains ont installe un petit camp de base ou ils nettoient en permanence l'anthrax. Les derricks sont toujours la, quelques nouveaux egalement, flammes discretes sur l'horizon. Personne ne voudra sauver la mer d'Aral.
Je suis rentre d'Ushsay en tapant du pied dans un caillou et en sifflottant dans mon harmonica, sous le vent, au sommet de la longue dune qui relie les deux villages, leger des jambes et de l'esprit. Un temps pour tout. Un temps pour tenter de repondre aux grandes questions, et un temps pour les laisser sans reponse. 09-Pêcheurs
09-Pêcheurs
Un temps pour suivre le monde tel qu'il va, et un temps pour le laisser aller tout seul. J'ai traverse le cimetiere dont aucun occupant n'a depasse la cinquantaine et contemple encore une fois la vaste etendue desertique qui remplace la mer.
Le soir tombait, la route menait vers un port fantome et des rues sans murs ni trottoirs ou l'opium avait noye la mer. Je me suis allonge sur la glace, au milieu des carcasses de navires, et j'ai ri de leur splendeur passee. Sous mon corps, l'eau emprisonnee par le gel faisait un leger clapotis trompeur. J'ai ferme les yeux pour mieux voir ce qui m'entourait. Les bateaux glissaient doucement vers le sud. Sur leurs ponts on discernait les silhouettes de marins qui s'agitaient deja pour preparer le debarquement de la cargaison. On entendait des cris, on supposait des drames. Il flottait une odeur de mazout mal raffine et des capitaines a la voie erraillee gueulaient des ordres dans le noir. Depuis le ponton de bois imaginaire qui me faisait de l'ombre, des barques convergeaient vers les navires pour recuperer le poisson frais et le porter vers la conserverie qui tourne a plein regime : les equipages d'Ushay et de l'ile d'Atau ont deja livre leurs prises, les premiers, comme toujours. Sur la berge les femmes recuperent les filets et commencent deja a les reparer pour la peche du lendemain. On est au tout debut des annees 20, la Russie de Lenine creve de faim et c'est ici, a Moynaq, que la revolution va etre sauvee, en evitant la famine grace aux centaines de tonnes de conserves de poisson de la mer d'Aral. 10-Pêcheurs
10-Pêcheurs
Cette mer qu'on laisse aujourd'hui volontairement crever de soif pour librement prospecter son sous-sol. Il suffirait de deux batons de dynamite bien places pour la sauver cette mer. Tout ce qu'on n'a pas fait, ou qu'on aurait pu faire. Qui est mais aurait fort bien pu ne pas etre ou ne sera jamais plus. De la dynamite, ou un mot, ou bien un geste, ou encore une minute, une seule seconde qui auraient pu tout changer. On voudrait que la rose soit encore au rosier... La mer a la plage... Mais on ne rachete pas le passe. C'est toujours comme cette jeune fille en noir, penchee sur la Seine au Pont Royal. Camus, cette chute m'obsede. Comme on voudrait que la jeune fille se jette une deuxieme fois, pour avoir le temps de la sauver. Mais alors il faudrait s'executer, et la Seine parfois est si froide. Alors on se rassure, il est trop tard, et il sera toujours trop tard, heureusement. Lache soulagement. Le port de Moynaq est peuple de ces fantomes de choses et de gens qui auraient pu etre. Longtemps je m'y suis promene ce soir la, croisant, comme Enee aux Enfers, des ombres muettes qui passaient sans me voir.

Et pour finir, je vous avait promis un peu de sexe, voici donc en avant premiere une info de valeur. A l'hotel Oybek, ou les aracho kartochka sont toujours recommandees sur une vieille photo par une touriste toulousaine habillee d'un pantalon boheme rouge et d'un deconcertant pull camionneur vert, quelque chose a change. Pas le the, qui a toujours aussi mauvais gout, ni ce putain de bonbon acidule qui refuse de fondre et qui est le seul morceau de sucre a 250km a la ronde, ni la literie sur laquelle le moindre mouvement declenche toujours un concert des tambours du bronx, ni la douche ni les toilettes ni l'eau courante, toujours inexistantes, et encore moins le legendaire hall d'entree avec son tapis d'honneur en diagonale et ses deux tableaux de la mer d'Aral en ses grandes heures. 11-Pêcheurs
11-Pêcheurs
Ben qu'est-ce qui a change alors ??? Eh bien le bon Bahodir voyez-vous, s'est fendu d'une antenne satellite a 150 dol qui lui permet d'intercepter 36 chaines. Et evidemment qui dit antenne satellite dit films de Q. Alors maintenant, Bahodir a beaucoup d'amis, et le soir, a l'hotel Oybek, on mange les aracho karctochka avec une tribu de karakalpaks surexcites devant un bon film de boules russe et ca, ca, ca fout vraiment les ch'tons...

36 heures de train plus tard, j'etais au bord d'une autre mer, la Caspienne, a Aktau.

Aktau serait une ville desesperemment deprimante s'il n'etait la Caspienne et un pub irlandais tout a fait authentique. J'y suis reste trois jours, sans bouger du rivage. Ca me faisait bizarre de voir la mer a sa place. De longues promenades le long des vagues, le long aussi des usines irano-kazakho-americano-anglo-turco-etcetero-etcetero qui toute la journee pompaient, pompaient, pompaient. Les plages sont pourries de bouteilles en plastiques, plaques de petrole, dechets de toutes sortes. La facade maritime est decoree de blocs de betons sovietiques, aux structures toujours tres aeriennes, et meme les parasols sur la plage sont en beton (ca evite de s'emmerder a les ranger). Mon idee etait d'aller faire un tour a 100km de la, a Fort Shevshenko, mais apres mon sejour a Moynaq, meme la negociation avec un taxi me paraissait une aventure "off limits". En outre, l'arrivee au Kazakhstan par Aktau est peu frequente pour les touristes, et l'enregistrement de mon visa a pris 36h.
Trois jours plus tard, j'ai replonge vers la mer d'Aral, cote Kazakhe, apres 1500km de train jusqu'a Aralsk. 12-Pêcheurs
12-Pêcheurs
Je n'ai pas eu beaucoup de chance de ce cote la, un epais brouillard a noye la ville tout le temps de mon sejour. Je me suis aventure dans l'ancien port, et n'ai reellement discerne les navires qu'en voyant emerger de la brume au dernier moment de gigantesque blocs de ferraille rouillee, ou au pire en me cognant dessus. On se rend neamoins mieux compte qu'a Moynaq de ce qu'etait le port, car l'ensablement y est moins important que sur la rive sud de la mer. Une depression marque encore son ancien emplacement, et les epaves semblent plus nombreuses, le retrait de la mer ayant ete plus tardif. De nombreux bateaux de Moynaq, lorsqu'ils ne pouvaient plus naviguer cote ouzbek, venaient s'amarrer a Aralsk. En outre, a Moynaq, les bateaux ont tous ete demontes pour reparer maisons et toitures. La ville continue a vivre, avec un niveau bien superieur a celui de Moynaq. Les habitants souffrent aussi des tempetes de sel, mais la ville est plus grande et meme si la disparition de la mer a porte un coup, la conserverie a ici continue de travailler jusqu'a la fin de la periode sovietique, et d'autres industries lui permettent de vivoter. Les maisons colorees de rouge, bleu ou vert, sous la neige, donnent meme au centre ville un cote marche de Noel. Les magasins sont bien approvisionnes et quelques ONG restent en permanence ici (ce qui n'est pas le cas a Moynaq). Bref, sans etre betement naif, ca va beaucoup mieux ici que cote ouzbek, tout du moins relativement.
J'ai attendu mon train pour Turkestan dans le local de police de la gare, et m'inscrit en faux contre la legende selon laquelle les policiers de Aralsk seraient parmi les pire du Kazakhstan. 13-Pêcheurs
13-Pêcheurs
C'etait peut etre parce que c'etait moi, mais en tous cas il ont ete tres sympas, causants, rieurs et accueillants. C'est pas plus mal car pour le reste je n'ai pas trouve les kazakhes aussi accueillants que les Ouzbeks, que ce soit dans les villes, les tchaikhanas ou dans les trains. Disons qu'ils ont l'air plus indifferents et moins soucieux de filer un coup de main en cas de besoin. A leur decharge neanmoins, je ne suis pas reste tres longtemps et n'ai pas vu grand chose du pays, et c'est l'hiver. Je ne livre donc pas une verite sur les kazakhes mais un sentiment ponctuel.

Turkestan, comme on me l'avait dit, s'avere un poil decevant. Bien sur il y a le grand mausolee timouride, mais ca ne vaut pas Samarkand ou Boukhara, et le reste de la ville est profondement ininteressant. Mieux vaut s'y rendre sans doute en mars, a l'occasion de Navruz, pour voir la ville un peu plus animee par un grand pelerinage.

Toutes ces infidelites a l'Ouzbekistan me m'empechent pas de continuer a m'interesser a ce pays, et je ne saurais que trop conseiller a ceux qui souhaitent s'y rendre de le faire rapidement. Debut 2003, j'avais deja recolte de nombreuses rumeurs sur la mauvaise sante du president Karimov, souffrant semble t'il d'une leucemie ou d'anemie, certains affirmant meme qu'il etait deja mort et que des sosies le remplacaient pour les celebrations officielles a la maniere des grandes heures de l'Empire sovietique. Ces rumeurs sont de plus en plus fortes et ne circulent plus que dans le peuple mais egalement semble t'il dans les spheres du pouvoir. 14-Pêcheurs
14-Pêcheurs
Meme si cela traduit peut etre plus un ras le bol qu'une realite, il semble que Karimov, en tout etat de cause, n'en ait plus pour tres longtemps. La publication du resultat des dernieres elections parlementaires du 26 decembre ont ete reportees au 9 janvier pour la raison officielle suivante : "pas assez d'electeurs". Je ne sais pas comment cela a ete presente en France, mais c'est notoirement faux. En Ouzbekistan, si on ne vote pas, on peut avoir de tres serieux problemes. La realite, c'est que trop de candidats non issus du pouvoir presidentiel etaient passes (c'est plus une manipulation qu'un elan populaire, car dans la tres grande majorite des cas, les Ouzbeks ne savent pas pour qui ils votent, et de toutes manieres le resultat est determine a l'avance). Ca prouve juste que d'autres services que ceux du president se sont charges d'etablir listes et resultats, et que cela n'a pas plu a Karimov, ou a sa fille, dont le mari, ministre des affaires etrangeres, est successeur potentiel. Ce mari a un rival politique, le premier ministre actuel, habitue a obeir mais qui pourrait fort bien "trahir la cause" pour un parti plus genereux, entre autres les forces que sont en train de se creer, ou plutot se sont creees, le ministre de l'interieur et le ministre des forces de securite, tous deux rivaux bien plus serieux du mari de Gulnara Karimova et qui se cherchent un pantin pour succeder a Karimov, a moins qu'ils decident de lui succeder en personne. Tout cela nous donne, en cas de mort subite du president, trois candidats a la dictature dont l'un controle l'argent et l'armee, l'autre la police, le troisieme les forces speciales, communications et telecommunications. 15-Pêcheurs, mon side
15-Pêcheurs, mon side
L'equation est bien connue et a toujours mene vers la meme issue : guerre civile. En novembre, juste avant mon arrivee dans la vallee de Ferghana, de nombreuses manifestations avaient eu lieu contre les soit-disant reformes economiques du president Karimov. J'ai alors interroge autant que je pouvais, et je certifie que les manifestations ont eu lieu librement, sans charge de la police ni emprisonnements ni quoi que ce soit. Tout au plus quelques amendes. La encore il ne convient pas de voir une volonte de l'Ouzbekistan d'avancer vers la democratie, mais justement un ministre de la police bien a l'aise de laisser gronder le peuple tout en se gagnant des sympathies tellement sa police elle est cool. Ajoutez a cela les pouvoirs financiers : maffia turque et Americains soutiennent la fille du president pour preserver la stabilite de leurs activites, alors que les Russes privilegieront le ministre des forces de securite, ancien du KGB, assures ainsi de destabiliser la region et d'y trouver la justification au maintien de leurs troupes au Tadjikistan, pour tenter de contrebalancer la presence americaine en Afghanistan. C'est pas si incroyable que cela, pendant des annees la Russie a tout fait pour donner l'impression de combattre le Mouvement Islamiste Ouzbek alors qu'en sous-main elle l'aidait a se sortir des mauvaises situations, comme lors de la prise de Khojend, pour maintenir l'instabilite et son armee sur place. C'est egalement ce qu'elle fait en Tchetchenie, et aurait aime faire en Ukraine, pour preserver ses frontieres contre la presence US. Bienvenue à Moynaq
Bienvenue à Moynaq
Enfin tout ca hein, moi ce que j'en dis c'est surtout pour en causer...

En tous cas je laisse tout cela derriere et me dirige maintenant a pas forces vers la chine (non non, pas de contrepeterie). Repasser au Kirghizstan pour aller directement a Kashgar supposant l'achat d'un nouveau visa et la traversee improbable des nombreux cols kirghizes pour me heurter a une frontiere sans doute fermee, je passe en Chine directement depuis le Kazakhstan. A une prochaine donc Samuel et Eline, du cote de la France. Mon itineraire prevu dans le Turkestan chinois (Urumqi-Turpan-Kashgar-Yarkand) ne sera pas suivi comme je l'esperais d'une incursion au Tibet, faute de temps et d'argent. Je poursuivrais donc sur Chengdu puis Chongqing, dans l'espoir d'embarquer sur un bateau pour croiser sur le Yang Tse jusqu'a Shangai. Compte tenu des travaux sur la Yang Tse, et du prochain remplissage du barrage des trois gorges, je ne sais pas si cela sera reellement possible, mais a tout prendre, l'improvisation fait egalement partie de mes bagages.


Bien des choses a tous et bon courage pour la nouvelle annee.
RV

Now here's some valuable informations about Karakalpakhstan and Kazakhstan
- Trains from Uzbekistan to Kazakhstan don't depart anymore from Nukus, but from Kongrat, 100km northwest, everyday at 9.15am, though tickets can still be bought in Nukus (6.5$ in plaskartnik). There are machroutkas departing at 6.00am for Kongrat, they leave just beyond the railway station in Nukus.
- Train leads you to Beyneu, where you can stay at the railway station waiting for the next train to Aktobe or Aktau. Border guards are not used to see tourists on this border. They're really friendly on both sides. Your passeport will be stamped on the uzbek side, but may not be on the kazakh side. If so, wait in the train in Beyneu, they'll come to you.
- It was almost impossible to buy a ticket to Aktau in Beyneu, where the ticket office was so crowdy that even the ones had bought their ticket were not abble to turn their way back out of the queue. I learned that it's easily possible in Kazakhstan to get in a train without a ticket. Head for the kupe wagons, where there is less checks, and pay a fee to the "brigadir". It costed me 500 tengue (the ticket was 750) and had no problem at all. If you're lucky, you will have a sleeper bed. If not, well, just sit on your bag and watch the countryside...
- Travellers still have to register their visa if they stay more than 5 days in Kazakhstan. In Beyneu my registation was free but took 36 hours. Speaking some kazakh or Uzbek comes as a great help. You need a copy of your passeport and visa, a letter in Russian saying you're here just for tourism, and an application from the hotel you're staying in.
- The travel agency in Aktau Hotel cannot help you for the registration but is pretty efficient for booking train tickets. If you're heading for Fort Shevchenko, know that they will charge you USD 50 for a round trip, and USD 4 for each half hour waiting for you. Taxi and buses for Fort Shevchenko depart from the avtovagzal. A round trip in taxi can be bargained around USD 20 without paying for the waiting time.
- In Turkestan, the budget hotel in LP accomodation section has skyrocketed to 3000 tengue with bathroom. Rooms are spartan and for the same price you can stay in the Yessy Hotel, very nice though also overpriced. Other hotels are closed in winter.
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