Un singe en hiver
Trip Start
Oct 31, 2004
1
7
11
Trip End
May 06, 2005
Salut a Tous
On n'en peut plus de la Chine, on n'en peut plus !!! Faut arreter maintenant. Dites leur, vous, aux chinois qui parlent francais a Paris, qu'il faut arreter de telecharger les sonneries de portables versions chinoises de "Unchained melody" ou "Every chalalala" ou encore "Titanic". Ca sonne de patout et l'authenticite y perd. Mais ou elles sont, les jonques a opium, les rizieres et l'amiral Guepratte ??? Et les baguettes ??!! Vous y croyez ca aux baguettes ??? Un milliard trois cent millions d'hommes, femmes, enfants, vieillards qui bouffent du riz trois fois par jour, et pas un pour se dire que ca serait peut-etre plus pratique avec une cuillere! Le pire c'est qu'ils l'ont inventee la cuillere, meme qu'elle a le cul plat et qu'elle tient debout toute seule, pas con. Mais y s'en servent pas. Si, ils s'en servent pour verser sur le riz leur sauce au piment qui vous dechiquete un anus de mexicain en moins de deux, la ou justement on prefererait se servir des baguettes
Voila, cette courte introduction etait la pour rassurer ceux qui pensent que la vie est plus belle est plus simple ici que derriere un bureau parisien. Respirez !!! Vous etes bien ! Mais ne vous y trompez pas, la Chine malgre tout cela reste un pays genial, beau et attachant, meme si pour l'instant je n'en ai pas vu grand chose, ayant plus traine dans le Taklamakan que dans les rizieres. Je ne fais qu'attaquer la partie chinoise de mon voyage, et maintenant que je vous ai presente les cotes yang, je vais bien vous dehouter avec les cotes ying.
Apres mon arrivee a Urumqi, ou j'ai rejoint les grands froids (-25 au thermo de la ville), et ou l'on ne trouve pas grand chose a faire, ma premiere etape fut Turpan, l'ancienne et meconnue capitale de l'empire uyghur
L'excursion fut plutot touristico-culturelle, ce qui n'etait pas un mal apres les aventures de la mer d'Aral. On est parfois bien content de trouver un hotel salubre, meme s'il n'y a pas d'eau chaude, et d'affreter un taxi pour visiter quelques ruines. La surprise fut bonne, car l'ancienne cite vaut vraiment le detour. D'une part la depression qui l'entoure place la ville a -150 metres sous le niveau de la mer, ce qui en fait l'une des villes les plus basses du monde, mais egalement un des rares endroits de cette partie du monde ou l'on peut jouir d'un climat tolerable em hiver et de belles apparitions de ciel bleu. Apres Urumqi et je ne parle pas du Kazakhstan, ce fut appeciable.
Ma premiere visite fut pour les karez de Turpan. Ce reseau de canaux construits pour amener les eaux des Tian Shan jusqu'aux sables du Taklamakan. Tous ces canaux mis bout a bout atteindraient une longueur de 5000 km, soit aussi long que la muraille de Chine. La visite est un peu decevante pourtant. C'est surpaye pour voir deux vieux boeufs empailles et quelques mannequins illustrant les techniques de fabication des canaux. Une portion de 200m souterraine a ete preservee et est le point d'orgue de la visite, mais enfin rien de veritablement authentique la dedans. Il est plus interessant de marcher un peu dans les villages ou aux franges du desert pour voir de vrais Karez. Les anciens bien sur, souvent bouches par effondrement, mais aussi les nouveaux, car cette technique millenaire est toujours utilisee ici, ainsi que dans d'autres pays d'Asie centrale comme l'Afghanistan et le Pakistan, et a ete adoptee egalement dans une grande partie de la Chine
Ma visite suivante fut pour les ruines de Jiaohe. Curieusement la visite la moins chere a Turpan, et pourtant la plus interssante. L'ancienne cite rasee par Gengis Khan (il a fait du bon boulot) est juchee sur une falaise dont le point le plus haut atteint 300m. On peut y circuler entre les quatre portes, dans des ruelles refaites aux frais de l'Unesco. De nombreux batiments sont encore plutot bien conserves (enfin je compare aux cites du desert en Ouzbekistan, ma seule reference culturelle en matiere de cites en ruines) et le parcours mene a une foret de stupas : 101 au total, avec un central et quatre carres de 25 autour.
De l'autre cote de la ville, les riunes de Gaochang ne presentent qu'un moindre interet. Le site n'est pas protege par l'Unesco, sale, peu entretenu, et peuple de chameaux qui vous foncent dessus des que vous avez le malheur de trop les approcher (on dirait pas mais ca a de sacrees dents un chameau). Bon je m'etend pas parce que se faire courser par un chameau c'est resolument plus ridicule et moins sexy que de se faire encercler par des loups.
Les caves aux mille bouddhas sont quelque peu decevantes egalement, mais valent vraiment le detour ne serait-ce que pour la route de montagne qui y mene et le site exceptionnel ou elles se trouvent, au coeur des "montagnes flambantes". Mais les fresques sont en piteux etat, peu de caves sont ouvertes, et on n'y trouve aucune sculpture potable
Mon dernier jour fut pour le minaret d'Emin Ta, que l'on rejoint par une petite rando de 5km vers l'est de la ville, ce qui permet de traverser les vieux quatiers. Le minaret et la mosquee adjacente ont ete entierement refaits mais restent tres interessants d'un point de vue architectural. Aucune fresque ou decoration de mosaique epoustouflante comme a Samarkand ou Boukhara, mais une simplicite toute afghane caracterisee par le minaret a la base tres large et au sommet etroit. Dans ce quartier il n'y a guere que des uyghurs, qui vivent bien separes des chinois et ne se cachent pas pour faire part des tensions entre les deux nations. Les uyghurs sont la derniere nation non independante d'Asie centrale, et ca ne leur plait guere. Mais les mouvements de "resistance", en particulier les Tigres du Lob Nor sont peu actifs et tres mal organises. Il leur arrive de faire exploser un bus parfois (ils ont aussi leurs kamikazes) mais aucune figure charismatique n'est jamais parvenue a creer un reel elan independantiste
Les 35h de bus pour rejoindre Kashgar ne furent donc pas de trop pour me remettre. La route est plutot pour les hommes, parce que la c'est un chinois qui conduit et bon sang ce qu'il est profond le precipice... A la gare routiere de Turpan, pour sensibiliser les chinois aux dangers de la route, il y a de gigantesques photos de desincarceration, cadavres demantibules sur les routes, enfants sous des roues de camion..
Kashgar, Kashgar, Kashgar... On pourrait rester des heures a prononcer ce nom mythique qui nous attire plus que le lumiere un papillon de nuit. Il faut pourtant la chercher, la Kasgar mythique. Elle ne s'est pas cache, mais les chinois l'ont bien camouflee. Tout commence par une gigantesque ville chinoise, avec ses neons, sa monumentale statue de Mao, ses grands magasins aux lumieres etourdissantes, ses lampions rouges partout. Meme le legendaire bazar du dimanche etait desert en ce frisquet matin de janvier. Et moins nombreux les pequins en quete d'une bonne affaire que les vendeurs de couteaux pour touristes hivernaux. En sortant du bazar regne une ambiance deja plus authentique et ou l'on apprecie la foule apres la solitude dans les allees couvertes. Les marchands arrivent de loin. On paye pour garer l'ane et la charette, un chinois ou un uyghur vient decharger une cargaison de viande, des derniers melons de l'annee passee ou de peaux de mouton. Ca crie, ca fait du bruit. Et pourtant, rien de commun avec ce que j'ai pu conmnaitre a Samarkand ou Tachkent. L'hiver est sans doute un peu responsable. Et puis enfin on se dirige vers la colline
Yarkand assure la transition entre la mirifique Kashgar et le decevante Hotan. C'est un peu moins bien que l'une et encore mieux que l'autre. J'ai appecie une longue marche solitaire dans l'immense cimetiere dont aucune tombe ne porte ni nom ni date ni rien. De la terre, du stuc, quelques tombes accolees formant un coeur, on suppose que des gens se sont aimes. Les allees sinueuses du cimetiere sont peuplees d'aksakal perdus dans leurs prieres, sous un faisceau de baton chamans potant des tissus votifs de toutes les couleurs. En plein milieu, un mausolle royal aux ceramiques bleues evoque certains de ces mausolees perdus que j'ai connu en Ouzbekistan. De la ceramique, de la couleur qui retourne a la tere au fil des siecles et que l'on colmate au ciment, Mais un seul carreau de faience suffit a garder sa resplendescence au batiment
Je ne suis reste qu'un seul jour a Hotan, qui ne merite le detour que pour son marche du dimanche (mais moi je me souviens c'etait un jeudi). J'ai dormi dans la moins chere de toutes les guesthouse d'Asie centrale :2 euros. Une vieille bicoque, quelques chambres fermees par un simple drap de coton et sans chauffage (c'est signe que la nit va etre rude) et surtout frequentee par des marchands uyghurs allant a ou rentrant de Kashgar avec leur cargaison. Bon la vous imaginez des raisins secs, des peaux de mouton, des couteaux, des chameaux alignes dans la cour... en fait non, plutot des teles, des telephones portables et des transistors (faut vivre avec son temps que voulez-vous) et des volkswagen Santana.
De Hotan je suis remonte vers Urumqi en traversant le Taklamakan du sud au nord
Dunhuang fut une petite incursion dans les marches desertiques du bassin du Tarim, entre les marches du Taklamakan et du Gobi. Il n'y a deja plus beaucoup d'uyghurs, la majorite de la ville est chinoise, mais j'ai bien aime, aux milieux des enseignes de restaurants annoncant "Dog meat, donkey sausage ou monkey noode soup" quelques adresses plus tolerantes annoncant "restaurant muslim friendly". Je vois bien un musulman se pointer ici : "Et votre chien la, il est allal ??"
Des mon arrivee, j'ai fonce vers les dunes de Dunhuang, juste en peripherie de la ville. Il y a un cap touristique a passer, avec des chameaux, des minibus etc., mais quelques centaines de metres plus loin, on atteint le desert integral, et un sable d'une finesse sans egale. Les deux premieres dunes depassent les 1 500m, et la troisieme, la plus gande dans le coin et l'un des plus hauts points du Taklamakan, culmine a 1750m. L'ascension est plutot difficile, et le froid pregnant en janvier. Au sommet, la crete de la dune est d'une finesse incroyable
Les caves de Mogao sont d'un interet bien superieur a celles de Turpan. Plus grandes, les fresques y sont egalement mieux conservees malgre les vols au debut du siecle de nos amis archeologues allemands et americains. Malheureusement, sur quasiment 500 grottes il n'y en a qu'une dizaine d'ouvertes au public. Nombreuses sont celles qui renferment de magnifiques specimen d'art tantrique jugees immorales par le parti et du coup fermees (l'at tantrique bourgeois-social-traitre pervertit l'esprit des masses proletaires-productrices). Deux d'entre elles renferment les plus grands bouddhas assis du monde (22m et 36m, je crois que ceux de Bamiyan mesuraient 36 et 56m mais etaient debouts). Le travail de sculpture a meme le roc de la falaise est assez impressionnant. Tout en regardant ces bouddhas depuis leur pieds, ils conservent des proportions presque comme si on les regardaient de face. Si on le faisait vraiment, la tete et le buste paraitraient demesurees par rapport au reste. De nombreuses fresques racontent des episodes marquants des vies du boudhas, et l'une relate meme l'histoire d'Ashoka. C'est encore plus passionnant evidemment de lire ca avec une torche electrique dans une cave pluriseculaire que dans un livre. Les deux musees valent vraiment le detour
J'ai fait le trajet de Dunhuang a Chengdu (42h de train, 3000 km) avec Rico (pour Federico), un allemand de 54 ans, veteran des annees hippies afghanes, grand voyageur en Thailande et au Nepal, fin connaisseur de chocolat et barde de voyages au long cours. En comparant notre itineraire, nous nous sommes apercus qu'a deux jours d'ecart nous avions tous deux ete "attaques" par le meme chameau dans les ruines de Gaochang, alors forcement ca cree de liens. Le trajet fut eminemmemt culturel, puisque dans le droite ligne des grandes amities franco-allemandes nous evoquames Goethe, Montaigne et Rimbaud, nous lancames dans de grandes conversations sur les oeuvres comparees d'Ernst Junger et Andre Malraux, dissertames sans fin sur nos connaissances bouddhistes, fimes bien rigoler le wagon en tachant d'imiter les mudra (inoui ce que ca peut etre dur de placer les mains a la perpendiculaire des poigners en restant souriant et en tachant de faire des gestes quotidiens) affrontames des points de vue franco-allemands toujours radicalement differents sur les responsabilites de la seconde guerre mondiale, et commentames pendant 42h et 3000 km, tels un Thierry Roland et un Jean-Michel Larque, les paysages somptueux qui defilaient derriere les fenetres de notre wagon, quittant le Taklamakan, longeant le Gobi et penetrant en Chine profonde, dans le Gansu puis le Sichuan. Nous n'avons pas eu le temps de clore tout ces debats puisque je suis descendu a Chengdu alors qu'il poursuivait sur Kunming avant de redescendre vers la Thailande. Dans le meme wagon, nous avons eu egalement le temps de sympathiser avec des Uyghurs, ce qui fut ma derniere occasion de parler un peu Ouzbek. Ols nous pensaient americains et me donnaient 23 ans (hum, lahmat) et ne s'attendaient pas trop a ce que je leur reponde en uyghur dans le texte "Nan eujviens dla Garenne Colombes et j'a 32 piges !!!". On a patage une derniere lipiochka et quelques nouilles sautees pour la fin du voyage.
La premiere chose dont on se rend compte a Chengdu en arrivant du Taklamakan, c'est que l'atmosphere s'enrichit de deux degres positifs et que l'on peut se debarasser d'une couche de laine de mouton sans risquer l'hypothermie. La ville compte plus d'habitants que Paris, deux boulevards peripheriques, un zoo avec des pandas et trop, bien trop de MacDo et KFC deja. L'air y est neanmoins respirable (j'attendais une pollution pire qu'a Xi'An, le truc que si vous vous mouchez, votre kleenex se transforme en galette de goudron bon a deposer sur une plage bretonne)
et jy ai trouve une bonne base de depart pour les randos dans deux montagnes taoistes alentours. Malheureusement, comme a chaque fois que je prononce le mot rando, il se met a pleuvoir, et pas a moitie. Qingcheng San est un petit 1600m, que l'on peut enrichir d'un 1900 si vraiment on est assez bargeot pour se taper 200m de descente et 500m de denivele sous la pluie sur des marches glissantes ou des residus de glissements de terrain. Je l'ai ete en tous cas, ce qui m'a permit de fuir la horde de touristes et surtout de pelerins, et de me poser au sommet pour fumer ma clope peinard. Rien a voir cependant, le brouillard est si dense que le decor fait comme une gigantesque photo surexposee. J'ai passe une nuit dans un monastere taoiste. C'est officiel, c'est pas Tao qui a invente le chauffage. Boudiou ce que c'est spartiate et froid un monastere taoiste a 1600m.Toute la nuit neanmoins, du flanc des montagnes decollaient les fusees et les petards du nouvel an chinois, pendant que les moines (qui pendant la journee s'attachaient plus a grimper les sacs des touristes ou a leur vendre des bouteilles de coca a deux fois le prix plutot qu'a prier comme il sied, enfin ce que j'en dis) s'entrainaient qui a la flute, qui a un quelconque art martial, qui a l'epee... Le chemin qui monte au sommet est souvent delaisse par les visiteurs au profit du telepherique, qui epargne de fastidieux efforts (c'est vrai que c'est crevant les escaliers). N'empeche que l'effort vaut la peine. On avance tranquillement entre de gigantesques Gingko Biloba, les cris stridents des singes resonnent dans les feuillages, quelques hauts parleurs diffusent des musiques de resto chinois (bon, ca on s'en passerait). Les plus beaux decors (si tant est que l'on puisse parler de decor avec toute cette brume), me furent offerts en redescendant du 1900. La serie dite des 9 virages, qui precede ce pic est eblouissante de vegetation et d'inscriptions chinoises sur tous les flancs des falaises, et apres le 1900, on redescend sur de petits chemins creuses dans la falaise, avec des haltes dans d'innombrables temples et caves ou l'encens, les cloches et les tambours finissent par vous tourner la tete.
Les dernieres heures de marche se sont donc faites egalement sous la pluie qui n'a toujours pas cesse. J'espere neanmoins pouvoir partir pour Emei Shan demain. Mais qui dit pluie a 1600 dit souvent neige a 3100, sommet d'Emei Shan. Rien n'est joue donc.
Les 80km A/R prennent trois jours a boucler. Je compte dans la foulee pousser jusqu'au bouddha de Leishan, le plus grand bouddha assis du monde (mais en exterieur cette fois), qui culmine a 71m.
Si la pluie venait definitivement perturber ce programme, je n'aurai plus qu'a me laisser glisser au fil du Yang Tse jusqu'a Shangai. Le temps passe et mon nouveau boulot m'attend des le 15 mars a Pekin. Ce qui me laissera tout juste 15 jours pour faire Pekin-Shangai, delai que je voudrais mettre a profit pour faire d'autres montagnes sacrees, aller voir l'ile de Putuoshan, explorer les monts Huang Shan et passer dire bonjour aux moines Shaolin. Pfff, ch'ais pas pour vous, mais moi je suis deborde !!!
Bien des choses a tous
RV
On n'en peut plus de la Chine, on n'en peut plus !!! Faut arreter maintenant. Dites leur, vous, aux chinois qui parlent francais a Paris, qu'il faut arreter de telecharger les sonneries de portables versions chinoises de "Unchained melody" ou "Every chalalala" ou encore "Titanic". Ca sonne de patout et l'authenticite y perd. Mais ou elles sont, les jonques a opium, les rizieres et l'amiral Guepratte ??? Et les baguettes ??!! Vous y croyez ca aux baguettes ??? Un milliard trois cent millions d'hommes, femmes, enfants, vieillards qui bouffent du riz trois fois par jour, et pas un pour se dire que ca serait peut-etre plus pratique avec une cuillere! Le pire c'est qu'ils l'ont inventee la cuillere, meme qu'elle a le cul plat et qu'elle tient debout toute seule, pas con. Mais y s'en servent pas. Si, ils s'en servent pour verser sur le riz leur sauce au piment qui vous dechiquete un anus de mexicain en moins de deux, la ou justement on prefererait se servir des baguettes
01-Qingshen Shan
. Allez comprendre. De toutes manieres y'a rien a comprendre avec leur putain d'accent tonique. Des que vous dites quelque chose, le mot peut avoir quatre significations radicalement differentes. Et si le mot comporte 2 ou 3 voyelles bonjour les cons, vous n'avez plus qu'a appliquer les regles de probabilites mathematiques pour savoir combien de chances vous avez pour qu'on vous amene un cendrier ou un chameau quand vous aurez demande un ravioli vapeur. De toutes manieres il faut deja avoir l'esprit un peu fondu pour inventer une langue pareille. Vous avez vu l'alphabet : non mais des fois ??? Plus de 18 000 signes et pas un qui ressemble pas a l'autre pour tout bien melanger. Pis d'abord comment ils font les chinois pour se servir d'un ordinateur ? On le dit pas ca hein ? Par contre la tele ils sont champions. Ca gueule de partout. Et les pubs !!! Vous avez deja vu des pubs chinoises ??? Non mais deja faut l'avaler le spot publicitaire qui dure 12 minutes a lui tout seul. Et puis c'est super gore la pub : y'a du sang, des decoupes-charcuteries en direct, des approches microscopiques et des agrandissements photos de folie tout le temps. Passe encore si vous tombez sur une pub pour un savon anti-acnee, vous etes deja au bord du vomissement incontrolable, mais si c'est pour une pommade anti-hemorroide ou une nouvelle serviette hygienique c'est le coma assure !!! Et les chinoises, parlons-en des chinoises !!! Super sympas les chinoises. Elles ont rien d'autre a faire que passer la nuit a vous reveiller par des coups de fil toutes les demi-heures toute la nuit
02-Qingshen Shan
. "Hello, mi tchi-tchi massage, awayou ?" Bon, au debut on se dit c'est sympa, on prend de mes nouvelles, alors on repond "be pas terrible la, je viens de faire une grosse rando, j'ai les epaules un peu courbaturees et..." ben elles s'en foutent pas mal les chinoises, elles ont raccroche depuis longtemps les chinoises, et le telephone sonne deja dans la chambre d'a cote "Hello, mi tchi tchi massage..." Et puis leur maniere de sourire tout le temps la, ce que ca peut etre agacant, vous arivez a 4h du matin dans un bled du Taklamakan, il fait -20 deg et le seul hotel de la ville refuse les etrangers, mais on vous l'annonce avec un sourire d'une oreille a l'autre. C'est d'un stressant. Pis il fait pas beau en plus.Voila, cette courte introduction etait la pour rassurer ceux qui pensent que la vie est plus belle est plus simple ici que derriere un bureau parisien. Respirez !!! Vous etes bien ! Mais ne vous y trompez pas, la Chine malgre tout cela reste un pays genial, beau et attachant, meme si pour l'instant je n'en ai pas vu grand chose, ayant plus traine dans le Taklamakan que dans les rizieres. Je ne fais qu'attaquer la partie chinoise de mon voyage, et maintenant que je vous ai presente les cotes yang, je vais bien vous dehouter avec les cotes ying.
Apres mon arrivee a Urumqi, ou j'ai rejoint les grands froids (-25 au thermo de la ville), et ou l'on ne trouve pas grand chose a faire, ma premiere etape fut Turpan, l'ancienne et meconnue capitale de l'empire uyghur
03-Qingshen Shan
.L'excursion fut plutot touristico-culturelle, ce qui n'etait pas un mal apres les aventures de la mer d'Aral. On est parfois bien content de trouver un hotel salubre, meme s'il n'y a pas d'eau chaude, et d'affreter un taxi pour visiter quelques ruines. La surprise fut bonne, car l'ancienne cite vaut vraiment le detour. D'une part la depression qui l'entoure place la ville a -150 metres sous le niveau de la mer, ce qui en fait l'une des villes les plus basses du monde, mais egalement un des rares endroits de cette partie du monde ou l'on peut jouir d'un climat tolerable em hiver et de belles apparitions de ciel bleu. Apres Urumqi et je ne parle pas du Kazakhstan, ce fut appeciable.
Ma premiere visite fut pour les karez de Turpan. Ce reseau de canaux construits pour amener les eaux des Tian Shan jusqu'aux sables du Taklamakan. Tous ces canaux mis bout a bout atteindraient une longueur de 5000 km, soit aussi long que la muraille de Chine. La visite est un peu decevante pourtant. C'est surpaye pour voir deux vieux boeufs empailles et quelques mannequins illustrant les techniques de fabication des canaux. Une portion de 200m souterraine a ete preservee et est le point d'orgue de la visite, mais enfin rien de veritablement authentique la dedans. Il est plus interessant de marcher un peu dans les villages ou aux franges du desert pour voir de vrais Karez. Les anciens bien sur, souvent bouches par effondrement, mais aussi les nouveaux, car cette technique millenaire est toujours utilisee ici, ainsi que dans d'autres pays d'Asie centrale comme l'Afghanistan et le Pakistan, et a ete adoptee egalement dans une grande partie de la Chine
04-Qingshen Shan
.Ma visite suivante fut pour les ruines de Jiaohe. Curieusement la visite la moins chere a Turpan, et pourtant la plus interssante. L'ancienne cite rasee par Gengis Khan (il a fait du bon boulot) est juchee sur une falaise dont le point le plus haut atteint 300m. On peut y circuler entre les quatre portes, dans des ruelles refaites aux frais de l'Unesco. De nombreux batiments sont encore plutot bien conserves (enfin je compare aux cites du desert en Ouzbekistan, ma seule reference culturelle en matiere de cites en ruines) et le parcours mene a une foret de stupas : 101 au total, avec un central et quatre carres de 25 autour.
De l'autre cote de la ville, les riunes de Gaochang ne presentent qu'un moindre interet. Le site n'est pas protege par l'Unesco, sale, peu entretenu, et peuple de chameaux qui vous foncent dessus des que vous avez le malheur de trop les approcher (on dirait pas mais ca a de sacrees dents un chameau). Bon je m'etend pas parce que se faire courser par un chameau c'est resolument plus ridicule et moins sexy que de se faire encercler par des loups.
Les caves aux mille bouddhas sont quelque peu decevantes egalement, mais valent vraiment le detour ne serait-ce que pour la route de montagne qui y mene et le site exceptionnel ou elles se trouvent, au coeur des "montagnes flambantes". Mais les fresques sont en piteux etat, peu de caves sont ouvertes, et on n'y trouve aucune sculpture potable
05-Qingshen Shan
. La revolution culturelle est passee par la bien sur, mais egalement les archeologues europeens au debut du siecle, et hors le majestueux decor, vous en verrez certainement plus au musee Guimet. Les "montagnes flambantes" donnent parait-il, en ete, l'impression de bruler. En hiver le phenomene est un peu plus flou. Reste qu'elles sont etonnamment belles. Vierges du moindre brin d'herbe, entierement faconnes dans un argile rouge que des millenaires d'erosion ont faconnees, effectivement, telles les flammes d'un gigantesque bucher.Mon dernier jour fut pour le minaret d'Emin Ta, que l'on rejoint par une petite rando de 5km vers l'est de la ville, ce qui permet de traverser les vieux quatiers. Le minaret et la mosquee adjacente ont ete entierement refaits mais restent tres interessants d'un point de vue architectural. Aucune fresque ou decoration de mosaique epoustouflante comme a Samarkand ou Boukhara, mais une simplicite toute afghane caracterisee par le minaret a la base tres large et au sommet etroit. Dans ce quartier il n'y a guere que des uyghurs, qui vivent bien separes des chinois et ne se cachent pas pour faire part des tensions entre les deux nations. Les uyghurs sont la derniere nation non independante d'Asie centrale, et ca ne leur plait guere. Mais les mouvements de "resistance", en particulier les Tigres du Lob Nor sont peu actifs et tres mal organises. Il leur arrive de faire exploser un bus parfois (ils ont aussi leurs kamikazes) mais aucune figure charismatique n'est jamais parvenue a creer un reel elan independantiste
06-Qingshen Shan
. Ca pourrait changer car les Uyghurs sont susceptibles d'obtenir, theoriquement, des soutiens d'un peu partout : d'Al Qaeda evidemment, pour leur religion, mais egalement du Pakistan, qui pourrait chercher a refaire ce qu'il n'a pas reussi a accomplir en Afghanistan, n'etait la presence des chinois, et puis tout betement du reste du monde pour les formidables reserves de gaz et de petrole dans le sous-sol. La communication en ouzbek avec les uyghurs s'est averee plutot facile. Le chauffeur de taxi m'a invite le soir chez des amis a lui pour une petite sauterie arrosee de l'alcool national chinois dont j'oublie le nom et qu'on ingurgite a grands cris de "Gampay". Ben honnetement, pour ceux qui comme moi croiyaient avoir tout vu apres avoir goute de la vodka ouzbek, ce truc faut le boire pour le croire. Ca a un gout de poney mort bien fermente, ca titre plus qu'un Talisker kitte au Glennmorangie vieilli en futs de Beaune qu'on aurait melange a un Lagavulin 12 ans d'age et laisse vieillir dans le reservoir a essence d'une Tatraplan Sport, et les uyghurs tiennent moins bien l'alcool que les ouzbeks, c'est sur. Reveil penible. Les 35h de bus pour rejoindre Kashgar ne furent donc pas de trop pour me remettre. La route est plutot pour les hommes, parce que la c'est un chinois qui conduit et bon sang ce qu'il est profond le precipice... A la gare routiere de Turpan, pour sensibiliser les chinois aux dangers de la route, il y a de gigantesques photos de desincarceration, cadavres demantibules sur les routes, enfants sous des roues de camion..
07-Bouddha de Leshan
. tres tres gore, ca met en confiance. Et ca ne me rappelait pas que des bons souvenirs cote ouzbek. En tous cas la route est etroite, sinueuse, dangereuse, mais jolie, et je la recommande malgre tout a ceux qui ne l'auraient pas encore empruntee.Kashgar, Kashgar, Kashgar... On pourrait rester des heures a prononcer ce nom mythique qui nous attire plus que le lumiere un papillon de nuit. Il faut pourtant la chercher, la Kasgar mythique. Elle ne s'est pas cache, mais les chinois l'ont bien camouflee. Tout commence par une gigantesque ville chinoise, avec ses neons, sa monumentale statue de Mao, ses grands magasins aux lumieres etourdissantes, ses lampions rouges partout. Meme le legendaire bazar du dimanche etait desert en ce frisquet matin de janvier. Et moins nombreux les pequins en quete d'une bonne affaire que les vendeurs de couteaux pour touristes hivernaux. En sortant du bazar regne une ambiance deja plus authentique et ou l'on apprecie la foule apres la solitude dans les allees couvertes. Les marchands arrivent de loin. On paye pour garer l'ane et la charette, un chinois ou un uyghur vient decharger une cargaison de viande, des derniers melons de l'annee passee ou de peaux de mouton. Ca crie, ca fait du bruit. Et pourtant, rien de commun avec ce que j'ai pu conmnaitre a Samarkand ou Tachkent. L'hiver est sans doute un peu responsable. Et puis enfin on se dirige vers la colline
08-Bouddha de Leshan
. Vers ces maisons miteuses et croulantes apercues depuis le bord de la grande avenue. Le marbre fait place a la terre et au stuc. Des mosquees poussent a tous les coins de rue. Des gamins se bousculent a chaque carrefour, on passe de l'ombre au soleil au gre des passages couverts ou des maisons construites les unes sur les autres par dessus les rues, on apprecie les ruelles de terre, on voit passer des fantomes de femmes entierement recouvertes d'un voile marron, les mollahs vous saluent, et partout survivent des maisons de marchands des siecles passes, superbes batisses de bois, jamais repeintes depuis 400 ans, aux fresques vegetales estompees, aux grands balcons ou devaient se negocier les plus impotantes affaires, donnant sur des cours ou des arbres centenaires ont du regaler de fuits tant de generations. Aux rez de chaussee on mange, on coiffe, on rase, on recoud, on semelle... Aucun chinois pour vous proposer un "velo-taxi-mister", ici il n'y a que des charettes tirees par des anes, sur lesquelles on discute plutot que de guetter le touriste.Yarkand assure la transition entre la mirifique Kashgar et le decevante Hotan. C'est un peu moins bien que l'une et encore mieux que l'autre. J'ai appecie une longue marche solitaire dans l'immense cimetiere dont aucune tombe ne porte ni nom ni date ni rien. De la terre, du stuc, quelques tombes accolees formant un coeur, on suppose que des gens se sont aimes. Les allees sinueuses du cimetiere sont peuplees d'aksakal perdus dans leurs prieres, sous un faisceau de baton chamans potant des tissus votifs de toutes les couleurs. En plein milieu, un mausolle royal aux ceramiques bleues evoque certains de ces mausolees perdus que j'ai connu en Ouzbekistan. De la ceramique, de la couleur qui retourne a la tere au fil des siecles et que l'on colmate au ciment, Mais un seul carreau de faience suffit a garder sa resplendescence au batiment
09-Emei Shan
. La grande mosquee Altyn est peuplee de musulmans a la longue barbe qui prient en silence. Dans les ruelles tout autour, les femmes sont encore plus voilees qu'a Kashgar. On n'est pas tout a fait dans l'islamisme pur et dur, mais ca en a les couleurs. La vieille ville est moins etendue qu'a Kashgar. Deux rues a vrai dire, L'une est investie par les ferrailleus et charbonneirs au visage noir de suie et dont on ne saurait dire s'il s'agit ou pas de leur couleur naturelle. Sitit franchi un bloc de maison, on se retrouve dans la ville chinoise.Je ne suis reste qu'un seul jour a Hotan, qui ne merite le detour que pour son marche du dimanche (mais moi je me souviens c'etait un jeudi). J'ai dormi dans la moins chere de toutes les guesthouse d'Asie centrale :2 euros. Une vieille bicoque, quelques chambres fermees par un simple drap de coton et sans chauffage (c'est signe que la nit va etre rude) et surtout frequentee par des marchands uyghurs allant a ou rentrant de Kashgar avec leur cargaison. Bon la vous imaginez des raisins secs, des peaux de mouton, des couteaux, des chameaux alignes dans la cour... en fait non, plutot des teles, des telephones portables et des transistors (faut vivre avec son temps que voulez-vous) et des volkswagen Santana.
De Hotan je suis remonte vers Urumqi en traversant le Taklamakan du sud au nord
10-Emei Shan
. Un peu plus de 25h de bus a travers des paysages rocailleux dans un premier temps, qui laissaient peu a peu la place a de grandes falaises creusees par les eaux des Tian Shan puis a une etendue sans fin de sable, fin lui aussi. Je ne suis reste a Urumqi que quelques heures, le temps d'acheter mon billet pour Dunhuang, dans le Gansu.Dunhuang fut une petite incursion dans les marches desertiques du bassin du Tarim, entre les marches du Taklamakan et du Gobi. Il n'y a deja plus beaucoup d'uyghurs, la majorite de la ville est chinoise, mais j'ai bien aime, aux milieux des enseignes de restaurants annoncant "Dog meat, donkey sausage ou monkey noode soup" quelques adresses plus tolerantes annoncant "restaurant muslim friendly". Je vois bien un musulman se pointer ici : "Et votre chien la, il est allal ??"
Des mon arrivee, j'ai fonce vers les dunes de Dunhuang, juste en peripherie de la ville. Il y a un cap touristique a passer, avec des chameaux, des minibus etc., mais quelques centaines de metres plus loin, on atteint le desert integral, et un sable d'une finesse sans egale. Les deux premieres dunes depassent les 1 500m, et la troisieme, la plus gande dans le coin et l'un des plus hauts points du Taklamakan, culmine a 1750m. L'ascension est plutot difficile, et le froid pregnant en janvier. Au sommet, la crete de la dune est d'une finesse incroyable
11-Emei Shan
. On a l'impression de marcher sur une ficelle avant de se jeter dans le vide, pour la plus longue course possible dans le sable en avalant tout le denivele.Les caves de Mogao sont d'un interet bien superieur a celles de Turpan. Plus grandes, les fresques y sont egalement mieux conservees malgre les vols au debut du siecle de nos amis archeologues allemands et americains. Malheureusement, sur quasiment 500 grottes il n'y en a qu'une dizaine d'ouvertes au public. Nombreuses sont celles qui renferment de magnifiques specimen d'art tantrique jugees immorales par le parti et du coup fermees (l'at tantrique bourgeois-social-traitre pervertit l'esprit des masses proletaires-productrices). Deux d'entre elles renferment les plus grands bouddhas assis du monde (22m et 36m, je crois que ceux de Bamiyan mesuraient 36 et 56m mais etaient debouts). Le travail de sculpture a meme le roc de la falaise est assez impressionnant. Tout en regardant ces bouddhas depuis leur pieds, ils conservent des proportions presque comme si on les regardaient de face. Si on le faisait vraiment, la tete et le buste paraitraient demesurees par rapport au reste. De nombreuses fresques racontent des episodes marquants des vies du boudhas, et l'une relate meme l'histoire d'Ashoka. C'est encore plus passionnant evidemment de lire ca avec une torche electrique dans une cave pluriseculaire que dans un livre. Les deux musees valent vraiment le detour
12-Emei Shan
. Ils cointiennent des dizaines de parchemins (malheureusement, des milliers d'autres dorment encore dans les caves des musees europeens) ecrit en langue uyghur (totalement disparue), tibetaine, sanskrit, chinois... C'est passionnant a regarder, on y resterait des heures. Quelques caves non accessibles aux public ont egalement ete reproduites dans un des musees (mais toujours pas d'art tantrique).J'ai fait le trajet de Dunhuang a Chengdu (42h de train, 3000 km) avec Rico (pour Federico), un allemand de 54 ans, veteran des annees hippies afghanes, grand voyageur en Thailande et au Nepal, fin connaisseur de chocolat et barde de voyages au long cours. En comparant notre itineraire, nous nous sommes apercus qu'a deux jours d'ecart nous avions tous deux ete "attaques" par le meme chameau dans les ruines de Gaochang, alors forcement ca cree de liens. Le trajet fut eminemmemt culturel, puisque dans le droite ligne des grandes amities franco-allemandes nous evoquames Goethe, Montaigne et Rimbaud, nous lancames dans de grandes conversations sur les oeuvres comparees d'Ernst Junger et Andre Malraux, dissertames sans fin sur nos connaissances bouddhistes, fimes bien rigoler le wagon en tachant d'imiter les mudra (inoui ce que ca peut etre dur de placer les mains a la perpendiculaire des poigners en restant souriant et en tachant de faire des gestes quotidiens) affrontames des points de vue franco-allemands toujours radicalement differents sur les responsabilites de la seconde guerre mondiale, et commentames pendant 42h et 3000 km, tels un Thierry Roland et un Jean-Michel Larque, les paysages somptueux qui defilaient derriere les fenetres de notre wagon, quittant le Taklamakan, longeant le Gobi et penetrant en Chine profonde, dans le Gansu puis le Sichuan. Nous n'avons pas eu le temps de clore tout ces debats puisque je suis descendu a Chengdu alors qu'il poursuivait sur Kunming avant de redescendre vers la Thailande. Dans le meme wagon, nous avons eu egalement le temps de sympathiser avec des Uyghurs, ce qui fut ma derniere occasion de parler un peu Ouzbek. Ols nous pensaient americains et me donnaient 23 ans (hum, lahmat) et ne s'attendaient pas trop a ce que je leur reponde en uyghur dans le texte "Nan eujviens dla Garenne Colombes et j'a 32 piges !!!". On a patage une derniere lipiochka et quelques nouilles sautees pour la fin du voyage.
La premiere chose dont on se rend compte a Chengdu en arrivant du Taklamakan, c'est que l'atmosphere s'enrichit de deux degres positifs et que l'on peut se debarasser d'une couche de laine de mouton sans risquer l'hypothermie. La ville compte plus d'habitants que Paris, deux boulevards peripheriques, un zoo avec des pandas et trop, bien trop de MacDo et KFC deja. L'air y est neanmoins respirable (j'attendais une pollution pire qu'a Xi'An, le truc que si vous vous mouchez, votre kleenex se transforme en galette de goudron bon a deposer sur une plage bretonne)
et jy ai trouve une bonne base de depart pour les randos dans deux montagnes taoistes alentours. Malheureusement, comme a chaque fois que je prononce le mot rando, il se met a pleuvoir, et pas a moitie. Qingcheng San est un petit 1600m, que l'on peut enrichir d'un 1900 si vraiment on est assez bargeot pour se taper 200m de descente et 500m de denivele sous la pluie sur des marches glissantes ou des residus de glissements de terrain. Je l'ai ete en tous cas, ce qui m'a permit de fuir la horde de touristes et surtout de pelerins, et de me poser au sommet pour fumer ma clope peinard. Rien a voir cependant, le brouillard est si dense que le decor fait comme une gigantesque photo surexposee. J'ai passe une nuit dans un monastere taoiste. C'est officiel, c'est pas Tao qui a invente le chauffage. Boudiou ce que c'est spartiate et froid un monastere taoiste a 1600m.Toute la nuit neanmoins, du flanc des montagnes decollaient les fusees et les petards du nouvel an chinois, pendant que les moines (qui pendant la journee s'attachaient plus a grimper les sacs des touristes ou a leur vendre des bouteilles de coca a deux fois le prix plutot qu'a prier comme il sied, enfin ce que j'en dis) s'entrainaient qui a la flute, qui a un quelconque art martial, qui a l'epee... Le chemin qui monte au sommet est souvent delaisse par les visiteurs au profit du telepherique, qui epargne de fastidieux efforts (c'est vrai que c'est crevant les escaliers). N'empeche que l'effort vaut la peine. On avance tranquillement entre de gigantesques Gingko Biloba, les cris stridents des singes resonnent dans les feuillages, quelques hauts parleurs diffusent des musiques de resto chinois (bon, ca on s'en passerait). Les plus beaux decors (si tant est que l'on puisse parler de decor avec toute cette brume), me furent offerts en redescendant du 1900. La serie dite des 9 virages, qui precede ce pic est eblouissante de vegetation et d'inscriptions chinoises sur tous les flancs des falaises, et apres le 1900, on redescend sur de petits chemins creuses dans la falaise, avec des haltes dans d'innombrables temples et caves ou l'encens, les cloches et les tambours finissent par vous tourner la tete.
Les dernieres heures de marche se sont donc faites egalement sous la pluie qui n'a toujours pas cesse. J'espere neanmoins pouvoir partir pour Emei Shan demain. Mais qui dit pluie a 1600 dit souvent neige a 3100, sommet d'Emei Shan. Rien n'est joue donc.
Les 80km A/R prennent trois jours a boucler. Je compte dans la foulee pousser jusqu'au bouddha de Leishan, le plus grand bouddha assis du monde (mais en exterieur cette fois), qui culmine a 71m.
Si la pluie venait definitivement perturber ce programme, je n'aurai plus qu'a me laisser glisser au fil du Yang Tse jusqu'a Shangai. Le temps passe et mon nouveau boulot m'attend des le 15 mars a Pekin. Ce qui me laissera tout juste 15 jours pour faire Pekin-Shangai, delai que je voudrais mettre a profit pour faire d'autres montagnes sacrees, aller voir l'ile de Putuoshan, explorer les monts Huang Shan et passer dire bonjour aux moines Shaolin. Pfff, ch'ais pas pour vous, mais moi je suis deborde !!!
Bien des choses a tous
RV
