Kyrghyzistan, avec un "K", comme "Kerros"
Trip Start
Oct 31, 2004
1
3
11
Trip End
May 06, 2005
Et bien voilà, je pue comme un cheval, je suis plein de poussière, pas lavé depuis deux semaines, mais qu'est ce que c'était bon. S'il est un paradis sur terre, ses jardins commencent surement ici, a l'ombre des montagnes du Kirghizistan, ou je me suis immergé avec une profonde délectation.
Salut à tous donc,
Bon alors je vois venir les abonnés de la premiere heure de la WKN : "On s'était à peine habitues a l'Ouzbekistan, qu'est ce que c'est que ce nouveau pays de sauvages ou la main du Kerros n'a jamais mis le pied et ou Tintin lui-meme il est jamais alle ?" Alors petit cours de geographie pour commencer. Si vous estimez que l'Ouzbekistan forme comme une botte italienne, mais avec le pied vers le haut, il vous sera facile d'imaginer la Kirghizie comme la gueule d'un chien venu mordre le bout du pied, en l'occurence la vallee de Ferghana. La machoire du haut, c'est les Tian Shan, la machoire du bas, le Pamir (enfin je schematise). et le gros oeil du toutou, c'est le lac Issy Kul, 200km de long, 700m de profondeur et le deuxieme plus grand lac alpin du monde, excusez du peu, apres le Titicaca (je dis ca a l'attention des pauvres plongeurs solitaires loin de leur pays qui cherchent un endroit paradisiaque ou poser leur club de plongee).
L'ensemble du pays est compose de 9/10 de montagnes dont plus de la moitie depassant les 3000, avec le pic Lenine ou le legendaire Khan Tengri depassant les 7000. Cote population, c'est autant le bordel qu'en Ouzbekistan : des Kirghizes et des russes bien sur, mais aussi des ouzbeks, des ouighours, des tadjiks, des Tchetchenes (concentres dans la maffia) et deux ou trois chinois.
Voila pour le rapide tableau, vous pouvez maintenant poser votre RTT pour la suite des aventures.
La Kirghizie s'offrit donc a moi dans la nuit du 5 au 6 decembre, par le biais d'un venerable break Mercedes dans lequel un vieux stereocassette donnait a fond quelques chansons italiennes (un italiano vero, la felicita, voulez-vous, voulez-vous danser, oh cheri cheri damdoudam et toute cette sorte de choses). La route Osh-Bishkek est reputee pour etre l'une des plus belles de la region, et aussi l'une des plus dangereuses. Ceux qui l'ont deja empruntee de jour en ete comprendront la legere apprehension qui etreignit mon petit coeur d'occidental en me lancant a sa conquete de nuit, sous la neige, en hiver. Pourtant, rien a regretter. Les somptueux decor etaient evidemment invisibles, en revanche la demi-lune et l'absence totale de nuages cette nuit la offrait un panorama splendide tout en noir et blanc, ou un fantome aurait pu vivre en paix.
Passe le dernier col avant Bichkek, je me suis endormi un peu. Je pense que c'est le craquement de l'allumette qui ma reveille. J'ai ouvert les yeux, les phares de la voiture eclairaient profondement le neant. Jai saisi le volant et braque vers la route, le chauffeur a instantanement freine, et la seconde d'apres nous etions arretes au bord du precipice et les phares eclairaient de nouveau la route. (je remercie l'equipe technique qui avait sale la route). Le chauffeur etait livide, aussi blanc que les montagnes et regardait devant lui, fixement. Il s'est reveille quand l'allumette lui a brule les doigts. Ce fou avait failli nous jeter dans le vide en allumant sa clope. Et le stereo cassette poursuivait ses hurlements : "Senti nel' aria che gia, la nostre canzione d'amore que va, come une pensiero que sa, di felicitaaaaaaaaaaaa - Felicita etc". Nous nous sommes arretes un peu plus loin pour fumer une clope. Le thermometre de la voiture indiquait moins 27, et je me souviens tres bien m'etre rendu compte que mon coeur battait de nouveau, discretement, doucement, l'air de dire "euhhh, on peut revenir, vous avez fini vos conneries la ???". Je na'i pas dormi pour finir, sauf les 10 dernieres minutes avant d'arriver sur Bichkek.
Bichkek, c'est un peu le Beyrouth de l'Asie centrale. Fini les Lada epoumonnees et les Daewoo vieillissantes, ici on circule en Merco, BM ou Audi. Par rapport a Tachkent, un vrai paradis : on peut s'arreter ou on veut boire un espresso, les restaurants servent des steacks, et si on veut de l'authentique, meme les chachliks et samsas vous offrent une meilleure haleine.
Au B&B Sadyrbek (tu as son bonjour Gilles), j'ai retrouve un couple de francais en voyage pour deux ans, un autre qui suivait la route de la soie en 4x4, et deux japonais dont l'un attendait de rentrer chez lui et l'autre attendait le printemps pour partir en Russie. Apres les quelques jours d'immersion a Echin Tepa dans la vallee de Ferghana, un peu de civilisation faisait du bien, et c'etait la meme chose pour tout le monde semble t'il. Nous etions donc 5 francais et 2 japonais a debattre des choses importantes de ce bas monde, et n'avions guere que 10 litres de biere et 2 litres de vodka pour departager nos visions respectives du monde. Les japs etaient inferieurs en nombre, mais nous comptions deux femmes dans nos rangs, et la melee fut haute en couleurs. contrastes et idees. Le premier a tomber fut un soldat de l'Empire du soleil levant, qui eructa un brusque "oooooouuusssssssssss, aligato" et s'en retourna tant bien que mal vers sa chambre faire sepuku. Juste apres, c'est un enfant de notre patrie qui s'ecroula en tourbillonnant sur lui-meme, hurlant des mots d'amour plutot fleur bleue au dernier jap, croyant s'adresser a sa femme.
Le lendemain, je m'en fus vers Sovietskaya rejoindre Sayak (repetez cette phrase cinq fois de suite tres vite) (mon cheval kirghize) avec qui j'entreprenais la decouverte des environs du pic Issyk Ata. Trois jours en montagne avec un guide, pour prendre contact avec le vrai grand froid. La rando ne dura en fait que deux jours, puisque le premier se tenait dans le village voisin des ecuries un oulak-tartych (oulak toukour en ouzbek, bozkachi en farsi) organise par un magnat local cherchant a se mettre en bonne position pour les prochaines elections. Nous sommes arrives par la crete des collines, et sur toutes les cretes voisines, au lever du jour, se dessinaient les silhouettes des dizaines de cavaliers se rendant a la competition. Le oulak, c'est ce jeu si bien decrit par Kessel dans les cavaliers et filme par Stalone dans Rambo 3 (il faut savoir etre eclectique dans ses references). Selon vos gouts vous irez vers l'un ou l'autre, car il serait trop long de decrire un jeu qu'il vaut mieux le voir pour le comprendre. En gros, on decapite un mouton (on lui coupe aussi les papattes) et on le jette dans un champ. A l'autre bout (du champ), plusieurs equipes de plusieurs cavaliers qui ne sont pas vraiment vraiment des equipes parce que il n'y a qu'un seul cavalier vainqueur donc il arrive qu'il se battent entre eux au sein d'une meme equipe, bref, ils doivent lancer leurs chevaux au galop, le plus fort se saisit de la carcasse dans une melee furieuse au cours de laquelle tous les coups sont permis, et doit ensuite la remener dans le but, au point de depart.
La vallee dans laquelles nous nous sommes enfonces ensuite avait ete emportee, avec la route, par un recent torrent, et le terrain etait difficilement praticable. Nous avons rejoint une datcha au bord d'une rive non effondree pour passer la nuit.
Les deux jours suivants, nous sommes montes avec les chevaux a travers des vallees menant vers le pic Issyk Ata, mais l'approcher etait impossible. Par deux fois nous sommes montes par les cretes a un peu plus de 2000m, mais les chevaux n'en pouvaient plus. Nous nous sommes donc contentes d'errer au sommet des montagnes enneigees. Au brouillard du deuxieme jour a succede un magnifique ciel bleu qui nous permettait de bien voir Issyk Ata d'un cote, et les montagnes kazakhes de l'autre. Alors la nous etiames Little big horn, nous etiames Iena, et nous etiames un peu la retraite de Russie aussi quand la nuit tombe entrainant avec elle les quelques degres positifs que la journee avait peniblement reussi a capitaliser. Au sommet d'une colline, nous nous sommes arretes pour discuter un peu avec un berger kirghize qui ramenait ses moutons a la bergerie. Apprenant que je suis francais, le voila qui se juche au milieu de l'horizon, ecarte les bras et entonne sur l'air de frere Jacques :
"Frere Jacques, Jacques Chirac, ou vas-tu ?
trou du c...,
Je vais a la messe,
me laver les fesses, ding ding dong et tout ca.
Je ne sais pas pour vous mais moi je ne connaissais pas et d'entendre un berger kirghize chanter ca, ca m'a bien fait rire.
Mon etape suivante fut Karakol, a l'extremite est de l'Issy Kul. J'ai emprunte la rive nord, comptant revenir a pied par la rive sud, plus interessante. On a du mal a croire que Karakol est la troisieme ou quatrieme plus importante ville de Kirghizie. Les maigres curiosites sont l'eglise orthodoxe, la mosquee chinoise (j'ai verifie : que du bois, pas un seul clou, et ca tient tout seul), mais le marche aux bestiaux du dimanche vaut vraiment le detour. Mon idee etait de m'enfoncer, a pied cette fois, dans la vallee d'Altyn Arashan, de franchir le col de et de revenir par la vallee de Karakol. Faisable en trois jours meme pas peur, me voila parti dans la vallee avec la ferme intention de feter ma 32eme annee avec un peu de hauteur. Deux km apres m'etre enfonce dans la vallee d'Altyn Arashan, les silhouettes de loups sont apparues sur les montagnes, fugacement. Alors je ne connais pas grand chose aux loups, mais ce que j'en sais c'est que si on les voit c'est mauvais signe, et si on ne les voit plus c'est TRES mauvais signe. Il faut savoir qu'en Kirghizie les loups sont devenus un gros probleme a cause de leur nombre grandissant. Dans certains villages, les kirghizes vont en famille aux toilettes au fond du jardin, car les loups entrent dans les villages en hiver lorsqu'il n'y a plus de nourriture dans les montagnes. Ni une ni deux le Kerros, il a fait demi-tour et reporte d'un jour le depart.
1, me peter a la gueule
2, flanquer a mon cheval attaque cardiaque, jaunisse et crise d'apoplexie tout ensemble
3, declencher une serie d'avalanches jusque dans les plus hauts sommets de l'himalaya.
Qu'a cela ne tienne, la crosse avait l'air solide, et si le cheval tenait encore trois jours, tout etait encore possible. J'ai insiste pour qu'on lui pose quatre fers tout neufs tout de meme. Personne n'ayant jamais songe, en quinze ans, a donner un nom au bourrin, ce fut donc Risotto, eu egard au taches blanches qui tapissaient le pelage de son cou (ben oui, comme des grains de riz quoi). Bref, me voila parti avec Risotto, mon gun et ma meule de foin, m'enfoncant dans la vallee d'Altyn Arashan une seconde fois.
Retour a Karakol, c'etait il y a deux jours, et je pensais encore voir Tash Rabat dans le sud du pays.
Bien des choses a tous, et puisque c'est bientot Noel, ben joyeux Noel a tous.
RV
Now for those who are planing a trip in Kirghizstan, here's some reliable informations I can give you :
- The adress of CBT-Karakol has changed and is still not updated in any guide book. You will find their office on 123 Abdrakhmanov kuchasi. E-mail is : cbtkarakol@rambler.ru The phone number hasn't changed.
- Karakol is REALLY not safe at night if you're alone. Don't even think about going for a walk after dark except in the 200 m from both sides of the central bazar on Toktogul Ulitsa (and even this...). By not safe I don't mean pickpockets but physical agression and women kidnapping. Avoid the outskirts of the city after dark. If you're heading for a cafe, restaurant or disco, take a official taxi (around 20 som inside the city). Don't take any other car, specially with unknown people, and look after hidden men on the besides seats. Going out of any of these places, also avoid the corners and walk directly on the streets, tryng to stay in the car lights.
- If you're willing to take a kazakh visa in Bichkek, go early in the morning for they send you back at the kazakh bank, in another part of town, where you have to pay the fee. It can take some time, then you have to come back to the embassy. Delivering the visa takes two working days, embassy is closed on wednesday.
Salut à tous donc,
Bon alors je vois venir les abonnés de la premiere heure de la WKN : "On s'était à peine habitues a l'Ouzbekistan, qu'est ce que c'est que ce nouveau pays de sauvages ou la main du Kerros n'a jamais mis le pied et ou Tintin lui-meme il est jamais alle ?" Alors petit cours de geographie pour commencer. Si vous estimez que l'Ouzbekistan forme comme une botte italienne, mais avec le pied vers le haut, il vous sera facile d'imaginer la Kirghizie comme la gueule d'un chien venu mordre le bout du pied, en l'occurence la vallee de Ferghana. La machoire du haut, c'est les Tian Shan, la machoire du bas, le Pamir (enfin je schematise). et le gros oeil du toutou, c'est le lac Issy Kul, 200km de long, 700m de profondeur et le deuxieme plus grand lac alpin du monde, excusez du peu, apres le Titicaca (je dis ca a l'attention des pauvres plongeurs solitaires loin de leur pays qui cherchent un endroit paradisiaque ou poser leur club de plongee).
L'ensemble du pays est compose de 9/10 de montagnes dont plus de la moitie depassant les 3000, avec le pic Lenine ou le legendaire Khan Tengri depassant les 7000. Cote population, c'est autant le bordel qu'en Ouzbekistan : des Kirghizes et des russes bien sur, mais aussi des ouzbeks, des ouighours, des tadjiks, des Tchetchenes (concentres dans la maffia) et deux ou trois chinois.
Karakol, scène de rue
Le tout est noye dans une intense radioactivite qu'elle fait vachement mal aux articulations et a la tete : les russes ont eu la bonne idee d'essayer leurs missiles sous-marins dans l'Issy Kul, autant dire qu'en restant trop longtemps sur la rive sud, la plus sauvage, on a de fortes chances d'en ressortir chauve et avec un bras plus court que l'autre. La rive nord est plus touristique, avec ses plages en ete et les belles residences des presidents et filles de presidents d'Asie centrale. Plus de 6 mois de l'annee, une grosse partie du pays, le centre et le sud, sont quasi inaccessibles, les routes etant bloquees par la neige. On trouve alors plus de chevaux que de voitures, la Kirghizie restant un paradis equestre hors du commun.Voila pour le rapide tableau, vous pouvez maintenant poser votre RTT pour la suite des aventures.
La Kirghizie s'offrit donc a moi dans la nuit du 5 au 6 decembre, par le biais d'un venerable break Mercedes dans lequel un vieux stereocassette donnait a fond quelques chansons italiennes (un italiano vero, la felicita, voulez-vous, voulez-vous danser, oh cheri cheri damdoudam et toute cette sorte de choses). La route Osh-Bishkek est reputee pour etre l'une des plus belles de la region, et aussi l'une des plus dangereuses. Ceux qui l'ont deja empruntee de jour en ete comprendront la legere apprehension qui etreignit mon petit coeur d'occidental en me lancant a sa conquete de nuit, sous la neige, en hiver. Pourtant, rien a regretter. Les somptueux decor etaient evidemment invisibles, en revanche la demi-lune et l'absence totale de nuages cette nuit la offrait un panorama splendide tout en noir et blanc, ou un fantome aurait pu vivre en paix.
Marché aux bestiaux de Karakol 1
J'avoue que les nuits etoilees du Kyzyl Kum peuvent s'incliner devant celles des montagnes kirghizes a 3500m.Passe le dernier col avant Bichkek, je me suis endormi un peu. Je pense que c'est le craquement de l'allumette qui ma reveille. J'ai ouvert les yeux, les phares de la voiture eclairaient profondement le neant. Jai saisi le volant et braque vers la route, le chauffeur a instantanement freine, et la seconde d'apres nous etions arretes au bord du precipice et les phares eclairaient de nouveau la route. (je remercie l'equipe technique qui avait sale la route). Le chauffeur etait livide, aussi blanc que les montagnes et regardait devant lui, fixement. Il s'est reveille quand l'allumette lui a brule les doigts. Ce fou avait failli nous jeter dans le vide en allumant sa clope. Et le stereo cassette poursuivait ses hurlements : "Senti nel' aria che gia, la nostre canzione d'amore que va, come une pensiero que sa, di felicitaaaaaaaaaaaa - Felicita etc". Nous nous sommes arretes un peu plus loin pour fumer une clope. Le thermometre de la voiture indiquait moins 27, et je me souviens tres bien m'etre rendu compte que mon coeur battait de nouveau, discretement, doucement, l'air de dire "euhhh, on peut revenir, vous avez fini vos conneries la ???". Je na'i pas dormi pour finir, sauf les 10 dernieres minutes avant d'arriver sur Bichkek.
Bichkek, c'est un peu le Beyrouth de l'Asie centrale. Fini les Lada epoumonnees et les Daewoo vieillissantes, ici on circule en Merco, BM ou Audi. Par rapport a Tachkent, un vrai paradis : on peut s'arreter ou on veut boire un espresso, les restaurants servent des steacks, et si on veut de l'authentique, meme les chachliks et samsas vous offrent une meilleure haleine.
Marché aux bestiaux de Karakol 2
L'envers du decor, c'est la securite la nuit. La ville, construite a la maniere sovietique, s'etale en rues perpendiculaires au pied des montagnes. Tout autour, c'est un terrain de choix pour les randonnees en ete ou le ski en hiver. J'y ai passe quelques jours en attendant que me soit delivre mon visa kazakhe. Precision, Bichkek n'est vraiment pas la ville ou demander un visa, entre l'ambassade Kazakhe et l'ambassade chinoise, on finit par se dire que c'est ici que Kafka venait ecrire ses histoires.Au B&B Sadyrbek (tu as son bonjour Gilles), j'ai retrouve un couple de francais en voyage pour deux ans, un autre qui suivait la route de la soie en 4x4, et deux japonais dont l'un attendait de rentrer chez lui et l'autre attendait le printemps pour partir en Russie. Apres les quelques jours d'immersion a Echin Tepa dans la vallee de Ferghana, un peu de civilisation faisait du bien, et c'etait la meme chose pour tout le monde semble t'il. Nous etions donc 5 francais et 2 japonais a debattre des choses importantes de ce bas monde, et n'avions guere que 10 litres de biere et 2 litres de vodka pour departager nos visions respectives du monde. Les japs etaient inferieurs en nombre, mais nous comptions deux femmes dans nos rangs, et la melee fut haute en couleurs. contrastes et idees. Le premier a tomber fut un soldat de l'Empire du soleil levant, qui eructa un brusque "oooooouuusssssssssss, aligato" et s'en retourna tant bien que mal vers sa chambre faire sepuku. Juste apres, c'est un enfant de notre patrie qui s'ecroula en tourbillonnant sur lui-meme, hurlant des mots d'amour plutot fleur bleue au dernier jap, croyant s'adresser a sa femme.
Marché aux bestiaux de Karakol 3
Celle-ci le traina par les pieds jusqua son lit et, dans l'honneur et la dignite, revint finir le verre de son mari tombe au front (enfin plutot sur le front, aie). Les deux victimes reapparurent seulement le lendemain apres-midi. Depuis longtemps deja, les survivants avaient decide de signer une paix millenaire entre la France et le Japon autour d'une tablette d'aspirine.Le lendemain, je m'en fus vers Sovietskaya rejoindre Sayak (repetez cette phrase cinq fois de suite tres vite) (mon cheval kirghize) avec qui j'entreprenais la decouverte des environs du pic Issyk Ata. Trois jours en montagne avec un guide, pour prendre contact avec le vrai grand froid. La rando ne dura en fait que deux jours, puisque le premier se tenait dans le village voisin des ecuries un oulak-tartych (oulak toukour en ouzbek, bozkachi en farsi) organise par un magnat local cherchant a se mettre en bonne position pour les prochaines elections. Nous sommes arrives par la crete des collines, et sur toutes les cretes voisines, au lever du jour, se dessinaient les silhouettes des dizaines de cavaliers se rendant a la competition. Le oulak, c'est ce jeu si bien decrit par Kessel dans les cavaliers et filme par Stalone dans Rambo 3 (il faut savoir etre eclectique dans ses references). Selon vos gouts vous irez vers l'un ou l'autre, car il serait trop long de decrire un jeu qu'il vaut mieux le voir pour le comprendre. En gros, on decapite un mouton (on lui coupe aussi les papattes) et on le jette dans un champ. A l'autre bout (du champ), plusieurs equipes de plusieurs cavaliers qui ne sont pas vraiment vraiment des equipes parce que il n'y a qu'un seul cavalier vainqueur donc il arrive qu'il se battent entre eux au sein d'une meme equipe, bref, ils doivent lancer leurs chevaux au galop, le plus fort se saisit de la carcasse dans une melee furieuse au cours de laquelle tous les coups sont permis, et doit ensuite la remener dans le but, au point de depart.
Marché aux bestiaux de Karakol 4
La ca se complique parce que tout le monde essaye de l'en empecher, donc les galops commencent et comme le terrain n'a pas de limites, ca peut passer d'une vallee a l'autre, et ca recommence des qu'un nouveau cavalier s'empare de la carcasse. A la premiere partie, les cavaliers locaux ont ete degoutes, car un champion kirghize etait venu se mesurer a eux. Ca a dure a peine deux minutes. Il a mis tout le monde dans le vent des le depart, etait tout seul pour ramasser la carcasse, est reparti en ligne droite sans meme chercher a eviter les autres cavaliers arrivant en sens inverse et qui de toutes manieres n'auraient pas eu le temps de faire demi-tour pour se lancer a sa poursuite, et le cheval, humiliant, s'est mis au petit trop en arrivant pres du but ou il s'est arrete avec precision, pour que son cavalier n'ait pas trop a se fatiguer en jetant la carcasse. Inoui ces chevaux qui connaissent deja toutes les subtilites du jeu. J'ai passe plsieurs heures en haut d'une petite colline, juche sur mon cheval, a me delecter de ce spectacle qui ne doit avoir pour equivalent, dans sa capacite a emouvoir les foules, que le palau de Sienne. Seuls les hommes viennent assister au spectacle qui peut s'eterniser jusqu'a la nuit tombee sans lasser personne. Des centaines de cavaliers a cheval se croisent ou restent immobiles a regarder. Plusieurs camions et remorques sont reparties autour de l'aire de depart du jeu afin que les spectateurs pietons puissent se refugier en cas de debordement intempestif du jeu.
Marché aux bestiaux de Karakol 5
Je me suis moi-meme approche pour prendre quelques photos, et effectivement, quand la carcasse change de main et que la melee change brusquement de direction, foncant vers vous au galop, ben il vaut mieux avoir un abri vite accessible.La vallee dans laquelles nous nous sommes enfonces ensuite avait ete emportee, avec la route, par un recent torrent, et le terrain etait difficilement praticable. Nous avons rejoint une datcha au bord d'une rive non effondree pour passer la nuit.
Les deux jours suivants, nous sommes montes avec les chevaux a travers des vallees menant vers le pic Issyk Ata, mais l'approcher etait impossible. Par deux fois nous sommes montes par les cretes a un peu plus de 2000m, mais les chevaux n'en pouvaient plus. Nous nous sommes donc contentes d'errer au sommet des montagnes enneigees. Au brouillard du deuxieme jour a succede un magnifique ciel bleu qui nous permettait de bien voir Issyk Ata d'un cote, et les montagnes kazakhes de l'autre. Alors la nous etiames Little big horn, nous etiames Iena, et nous etiames un peu la retraite de Russie aussi quand la nuit tombe entrainant avec elle les quelques degres positifs que la journee avait peniblement reussi a capitaliser. Au sommet d'une colline, nous nous sommes arretes pour discuter un peu avec un berger kirghize qui ramenait ses moutons a la bergerie. Apprenant que je suis francais, le voila qui se juche au milieu de l'horizon, ecarte les bras et entonne sur l'air de frere Jacques :
"Frere Jacques, Jacques Chirac, ou vas-tu ?
trou du c...,
Je vais a la messe,
me laver les fesses, ding ding dong et tout ca.
Je ne sais pas pour vous mais moi je ne connaissais pas et d'entendre un berger kirghize chanter ca, ca m'a bien fait rire.
Marché aux bestiaux de Karakol 6
Il tenait lui-meme cette chanson d'un senegalais de l'armee de l'air francaise, du temps ou une escadre etait venu faire des exercices a la base aerienne de Tokmok.Mon etape suivante fut Karakol, a l'extremite est de l'Issy Kul. J'ai emprunte la rive nord, comptant revenir a pied par la rive sud, plus interessante. On a du mal a croire que Karakol est la troisieme ou quatrieme plus importante ville de Kirghizie. Les maigres curiosites sont l'eglise orthodoxe, la mosquee chinoise (j'ai verifie : que du bois, pas un seul clou, et ca tient tout seul), mais le marche aux bestiaux du dimanche vaut vraiment le detour. Mon idee etait de m'enfoncer, a pied cette fois, dans la vallee d'Altyn Arashan, de franchir le col de et de revenir par la vallee de Karakol. Faisable en trois jours meme pas peur, me voila parti dans la vallee avec la ferme intention de feter ma 32eme annee avec un peu de hauteur. Deux km apres m'etre enfonce dans la vallee d'Altyn Arashan, les silhouettes de loups sont apparues sur les montagnes, fugacement. Alors je ne connais pas grand chose aux loups, mais ce que j'en sais c'est que si on les voit c'est mauvais signe, et si on ne les voit plus c'est TRES mauvais signe. Il faut savoir qu'en Kirghizie les loups sont devenus un gros probleme a cause de leur nombre grandissant. Dans certains villages, les kirghizes vont en famille aux toilettes au fond du jardin, car les loups entrent dans les villages en hiver lorsqu'il n'y a plus de nourriture dans les montagnes. Ni une ni deux le Kerros, il a fait demi-tour et reporte d'un jour le depart.
Marché aux bestiaux de Karakol 7
Vous allez me dire le lendemain aussi les loups seront la. Voui, mais le lendemain je n'etais plus seul. J'avais mis la journee de sursis a profit pour negocier la location d'un cheval pendant trois jours, dont le proprietaire, fort a propos, me proposa egalement de me vendre un fusil. Le tout, foin pour le cheval compris pour la modique somme de 1200 soms, soit 55 dol environ. J'ai paye la moitie, et rendez-vous fut pris le lendemain pour la livraison de la marchandise. Ahlala, quelle erreur, mais forcement je m'y attendais un peu. Le cheval en question allait sur ses 15 ans (dans un pays ou l'esperance de vie depasse rarement 17 ou 18 pour ces animaux), quand au vieux tromblon sovietique signe 1936, avant meme qu'il tue un loup ou meme qu'il lui fasse peur, il aurait eu avant tout trois consequences certaines :1, me peter a la gueule
2, flanquer a mon cheval attaque cardiaque, jaunisse et crise d'apoplexie tout ensemble
3, declencher une serie d'avalanches jusque dans les plus hauts sommets de l'himalaya.
Qu'a cela ne tienne, la crosse avait l'air solide, et si le cheval tenait encore trois jours, tout etait encore possible. J'ai insiste pour qu'on lui pose quatre fers tout neufs tout de meme. Personne n'ayant jamais songe, en quinze ans, a donner un nom au bourrin, ce fut donc Risotto, eu egard au taches blanches qui tapissaient le pelage de son cou (ben oui, comme des grains de riz quoi). Bref, me voila parti avec Risotto, mon gun et ma meule de foin, m'enfoncant dans la vallee d'Altyn Arashan une seconde fois.
Marché aux bestiaux de Karakol 8
Il n'avait pas neige depuis longtemps et la piste le long de la riviere etait encore bien visible jusqu'au moment ou elle vous propulse 600m plus haut a flanc de montagne pour gagner la vallee superieure. Alors la, a ceux qui en etaient encore a se moquer de Risotto et de son age canonique, ben je repondrais qu'ils ne mesurent pas tout l'avantage de monter un cheval kirghize bien experimente en montagne. Au bout de quelques glissades au bord du ravin, je vouais une confiance aveugle a Risotto avec qui j'aurais pu marcher sur un fil. Les chevaux kirghizes sont vraiment les meilleurs au jeu de l'escalade et c'est un jeu d'enfant pour le cavalier de se laisser guider : la monture connait mieux le chemin. C'est bien connu d'ailleurs et c'est sans doute pour cela que Risotto a vecu si vieux, le cheval qui veut aller loin menage son cavalier. En plus comme il est vieux, il fait souvent de longues pauses dans les montees, un peu comme moi. Alors on est la, on s'assoeit, on cause en regardant le paysage, on fume des clopes, on mange des nuts et on repart tranquillement, c'est cool. Apres six heures de marche sans apercevoir de loups (et, plus tristement, pas un seul Marco polo et encore moins de Leopard des Neiges, forcement, leur peau se revend 5000 dol alors il n'y en a plus beaucoup de ces felins) nous sommes arrives aux sources chaudes d'Altyn Arashan, nous etions le 16 decembre et j'etais bien. La silhouette du pic Palantka commencait a se dessiner dans la fuite des nuages en fin de journee, et ses flancs s'illuminaient d'un rose flamand du plus bel effet.
Mosquée chinoise de Karakol
Le gardien des sources m'amena jusqu'au gite, qu'il fallait chauffer par le biais d'une cuisiniere sovietique aussi dangereuse que mon fusil : un vieux bloc de rouille capable de vous flanquer le tetanos rien qu'en le regardant... Fallait couper le bois aussi, signe que la nuit va etre rude. Pis Risotto il est pas foutu de se desseller tout seul et encore moins de se faire la bouffe... Donc apres quelques heures de preparatifs, je m'en vais de ce pas plonger dans les sources chaudes. Sur ces entrefesses etaient arrives deux chasseurs et deux gardes chasse venus eux aussi profiter des sources. Chaudes, on sait pas trop pourquoi, en tout cas il ne faut pas y rester plus de 10 minutes et eviter de se mouiller les yeux, parce que c'est surtout tres radioactif. Le dernier japonais venu ici avec un compteur pour preparer un circuit pour ses compatriotes est reparti faire sepuku dans les montagnes, on ne l'a jamais revu. Au depart, on se demande franchement qui a eu la sombre idee de jeter un poney mort au fond de la source parce que qu'est ce que ca pue. Ensuite on est la, a poil, la nuit tombe, il fait -10 et la source est a 55 alors forcement on est pris de grandes questions existentielles sur le differentiel thermique, et ca brule les doigts de pied, et ca caille, et j'y vais ou j'y vais pas etc. Apres la temperature et la radioactivite, la troisieme chose a laquelle il faut eviter de penser, c'est aux quatre kirghizes eux aussi a poil en train de se baigner et qui vous fichent une furieuse impression de tourner dans le dernier film gay a la mode dans le marais.
Retour à Karakol avec Risotto
C'est vrai qu'en plus, comme dans tous les pays musulmans, les hommes sont tres tactiles entre eux, vas-y que ca rentre dans l'eau main dans la main, vas-y que ca joue a s'eclabousser avec des gloussements insupportables, vas-y que ca se frotte le dos... Bon a force d'hesiter ca finit par cailler tres fort donc quand meme on y va, et alors la que c'est bon. Le corps a 50, la tete a -10, on est bien. Meme si elles sont sensees faire du bien, j'ai quand meme encore un peu mal partpout ceci dit et j'ai evite d'y retourner le lendemain. Ensuite on a fait un bon gueuleton, c'etait quand meme mon anniversaire, a base de nouilles chinoises et de sardines en conserves arrose de vodka bien sur. Le garde chasse et le chasseur se sont ecroules de rire en voyant mon fusil, et se sont meme battus pour le racheter. J'en ai finalement tire 20 dol, et ils le revendront probablement 200 a un quelconque touriste l'annee prochaine. Le fusil etait effectivement devenu inutile : au sommet du col menant vers la vallee de Karakol, la neige arrivait jusqu'au poitrail de Risotto, et ni lui ni moi n'avions de quoi resister a un froid trop intense a 3600m. Il fallait donc faire demi tour et revenir par le meme chemin, et le soir de mon anniversaire donc, j'etais couche a 18h, enfoui sous 3m de couvertures. Le lendemain, je suis revenu avec les deux chasseurs jusqu'a Ak Suu, et, sympas, m'ont aide a obtenir une petite ristourne sur la location de Risotto qui n'avait finalement dure que deux jours.Retour a Karakol, c'etait il y a deux jours, et je pensais encore voir Tash Rabat dans le sud du pays.
Tokmok oulak 01
Las, dans la seule nuit du 18 au 19, plus de 30cm de neige sont tombes sur le pays. En sortant le matin pour aller voir le marche au bestiaux, il n'y avait qu'un tapis blanc, et des blocs de neige pour les voitures, des blocs de neige plus gros pour les maisons, des blocs de neige pour les arbres et les poteaux. L'hiver avait 2 jours d'avance, et je n'avais plus assez de temps, dans ces conditions, pour descendre a Naryn me heurter a un mur de glace qui m'aurait de toutes manieres empeche d'approcher Tash Rabat. Inutile aussi de songer a la rive sud du lac, completement bloquee. Je suis donc reparti comme j'etais venu, par la rive nord, jusqu'a Bichkek, ou j'attends patiemment que la route vers Osh soit degagee (Inch Allah) pour pouvoir rentrer a Tachkent et etre a temps ensuite sur la mer d'Aral.Bien des choses a tous, et puisque c'est bientot Noel, ben joyeux Noel a tous.
RV
Now for those who are planing a trip in Kirghizstan, here's some reliable informations I can give you :
- The adress of CBT-Karakol has changed and is still not updated in any guide book. You will find their office on 123 Abdrakhmanov kuchasi. E-mail is : cbtkarakol@rambler.ru The phone number hasn't changed.
- Karakol is REALLY not safe at night if you're alone. Don't even think about going for a walk after dark except in the 200 m from both sides of the central bazar on Toktogul Ulitsa (and even this...). By not safe I don't mean pickpockets but physical agression and women kidnapping. Avoid the outskirts of the city after dark. If you're heading for a cafe, restaurant or disco, take a official taxi (around 20 som inside the city). Don't take any other car, specially with unknown people, and look after hidden men on the besides seats. Going out of any of these places, also avoid the corners and walk directly on the streets, tryng to stay in the car lights.
- If you're willing to take a kazakh visa in Bichkek, go early in the morning for they send you back at the kazakh bank, in another part of town, where you have to pay the fee. It can take some time, then you have to come back to the embassy. Delivering the visa takes two working days, embassy is closed on wednesday.

