Violence et littérature
Trip Start
Oct 01, 2007
1
20
32
Trip End
??? ??, 2008
J'ai des choses à dire, sur la colère et la beauté, mais il me manque le talent pour les transmettre. Cette semaine fut pleine d'incroyables intensités, je cherche en vain des moyens de vous la transmettre, je n'y arrive pas. J'essai, je ne trouve pas les mots justes, les procédés qui iraient, une lecture qui coule et qui pourtant monte tout en haut des pics qui se dressent sur son chemin.
Ordre, désordre?
Donnons la chronologie, puis découpons les scènes :
1er soir : récolte de tiges de cuivre dans certaines maisons abandonnées, dans l'objectif de les vendre plus tard.
2e soir : dérive nocturne à travers différentes atmosphères, ballade dans les rues de Grenoble jusqu'à la Bastille, puis retour
Ce matin : bataille devant le regroupement des amphis à l'université, quelques 100 personnes impliquées, dont une nouvelle stratégie militaire de tout premier ordre : le régiment de filles à talons hauts armées de cellulaires (étudiantes de droit pour la plupart) comme première offense défonce-barricade, que personne n'ose toucher, PARCE QUE ce sont des filles en talons haut. Quelque chose de véritablement hallucinant, au sens de : J'HALLUCINE.
Alors, donc.
Maintenant, le désordre, le vécu tel qu'il vient.
DECUIVRER DES MAISONS HANTEES.
Des planchers recouverts de merde, de plumes, et de cadavres de moineaux morts. Le cuivre qui vaut 3 euros le kilo. Antoine qui grimpe 3 étages sur la devanture d'une maison, sans corde. Des graphs anarchopunks (véritablement : des graphs de la fédé des anarchopunks français) sur tous les murs. Une salle de bain complètement recouverte de papier d'aluminium. Ne pas faire de bruit. NE PAS FAIRE DE BRUIT KRAKBOUMKRAKKRAKBOUM; MERDE TU CROIS QUE LES VOISINS ONT ENTENDU ??? Première tournée à l'ancien Institut de Psychiatrie Autogéré.
"Alors, pour ouvrir une maison, ça prend un tournevis et puis...". J'ai toujours été un bon étudiant quand le prof est intéressant. En rentrant à la maison je sais comment payer mon premier loyer, maintenant !
(bilan : 3 maisons, 1 bonne histoire et 60 euros pour la nuit.)
DERIVE PROSITU A GRRRVILLE
La ville a ses lignes directrices, ses rivières et ses fleuves, tout un réseau psychogéographique qui nous maintient à l'intérieur des même frontières marchandes, qui nous ramène là où l'on doit être, qui nous maintient bien séparés quartiers par quartiers, formant des barrières invisibles entre espaces de riches et espaces de pauvres, espaces de blancs et espaces d'immigrants, espaces d'hommes et de femmes, d'hétéro et d'homos, des barrières d'autant plus difficiles à détruire et efficaces qu'elles sont immatérielles, qu'elles sont mélangées avec nos désirs et nos émotions. La dérive, c'est l'idée de partir à la rencontre de ces espaces cachés, en détournant le cour habituel de nos pas, trouver de nouvelles ambiances et les tribus qui y habitent, organiser un peu le hasard pour se détourner des dispositifs urbains... histoire de voir s'il ne serait pas possible de participer un peu à ce que la ville a de meilleurs : ses magouilles nocturnes.
Je n'ai pas d'appareil photo. Tant pis.
Nuit, Fabien-en-noir, cagoule noire, Minatec-centre-de-biotechnologie (air du nucléaire, horizons cybernétiques), espaces pour géants, lettres de 30 mètre : MINATEC VERS L'AVENIR, cercles pour vaisseaux spatiaux verts sur lumières jaunes, camions et bus qui tournent en rond, chauffeurs de bus et clopes ("tu pourrais éteindre ton moteur, non ?" "Bha y va faire froid..."), fleuve derrière (déchets nucléaires).
Fin de la première scène.
Pont au dessus du fleuve. Ville lumière, ville noël, ville riche, ville impériale. Lumières sur la ville, lumières sur le fleuve. Le courant vient de Minatec, sûrement. Ville nucléaire. Montagnes, au loin, et la Bastille dessus. Commentaire :
"Quand je regarde le fleuve, j'ai envie de marcher dedans tellement c'est beau.
- Tu veux dire que c'est tellement beau que t'as envie de mourir ?
- Non, mais de participer à ça. D'être dans le beau moi aussi.
- C'est bien ce que je dis, tu veux dire que c'est tellement beau que t'as envie de mourir. C'est comme de faire l'amour, il arrive un point où t'existes plus, parce que c'est trop intense.
- Ouais. Si on veut. Marche en avant de moi, avec ton manteau de marin tu rajoutes au décor... "
Je rougis.
C'est vrai que c'est pas mal marin... eaux qui court, montagne, nuit, dos à la ville, vers la Bastille qui brille dans le ciel. Petite ruelle en pierre qui monte, une cloture de sautée, deux, on monte toujours, le ciel est rouge, les arbres sont jaunes. Une fenêtre s'éclaire, on se tait, on regarde. Une fenêtre rouge sur un ciel rouge, avec des arbres jaunes, des ombres qui montent du sol et le fleuve qui coule... "On devrait le marquer sur la carte. Il est quelle heure, là ? 2 heures du mat'. Ok, on continue".
Une petite ballade et discussion sur le "on":
- Quand je dis "j'ai dit" telle affaire, mais qu'on en a déjà parlé ensemble, après, je peux dire "on a dit", "on a déjà discuté de". ça fait du lien, des bouts de pensées partagées. C'est important pour se sentir fort."
Au bout du petit chemin de terre, à mi-chemin dans la montagne, quand même complètement au-dessus des toîts, un espèce de temple couvert de graffitis. Couvert vraiment, couvert couvert.
"Je me sens bien ici. S'il y a tant de graffs, ça veut dire que les flics viennent pas ?
- Ouais, ça doit être un bon endroit pour s'entraîner. Mais les graffs sont nuls..."
Des bites et des salopes par milliers sur les murs.
Espace non-mixte, peut-être ?
"Marque-le sur la carte.
-Ok. On continue ?
- Je suis un peu fatigué... on s'assoit un peu ?"
LA BATAILLE
(ah. et puis non. je vous raconte pas. je suis trop fatigué, et puis je me suis calmé depuis tout à l'heure à vous écrire tout ça, j'ai pas envie de parler de blessures maintenant. Les étudiants en Droit sont des cons, mais qu'est ce que ça a de nouveau ? Syndicat UMPiste de l'Uni, avec les jeunesses identitaires, les petits fachos intellos qui discutent avec les recteurs, la force que je me suis découvert à dire "non" et à bien le tenir, tenir le centre, à l'avant, à manger des coups sur la gueule. Même pas mal, nha.
Un jour j'aimerais bien avoir autant de contrôle sur moi que cette fille qui réussissait à tenir toute une horde de facho, à elle toute seule, juste à leur dire "Ecoute. C'est stratégique. On est plus que vous. On va pas se battre pour rien, là, tu vois bien que t'as perdu. Dégage.")
Je vous aime.
Mig
(ah. ouais. j'ai fait un facebook pour le rhizome. tappez "lerhizome", et ajoutez le a vos amis... )
Ordre, désordre?
Donnons la chronologie, puis découpons les scènes :
1er soir : récolte de tiges de cuivre dans certaines maisons abandonnées, dans l'objectif de les vendre plus tard.
2e soir : dérive nocturne à travers différentes atmosphères, ballade dans les rues de Grenoble jusqu'à la Bastille, puis retour
Graffs
.Ce matin : bataille devant le regroupement des amphis à l'université, quelques 100 personnes impliquées, dont une nouvelle stratégie militaire de tout premier ordre : le régiment de filles à talons hauts armées de cellulaires (étudiantes de droit pour la plupart) comme première offense défonce-barricade, que personne n'ose toucher, PARCE QUE ce sont des filles en talons haut. Quelque chose de véritablement hallucinant, au sens de : J'HALLUCINE.
Alors, donc.
Maintenant, le désordre, le vécu tel qu'il vient.
DECUIVRER DES MAISONS HANTEES.
Des planchers recouverts de merde, de plumes, et de cadavres de moineaux morts. Le cuivre qui vaut 3 euros le kilo. Antoine qui grimpe 3 étages sur la devanture d'une maison, sans corde. Des graphs anarchopunks (véritablement : des graphs de la fédé des anarchopunks français) sur tous les murs. Une salle de bain complètement recouverte de papier d'aluminium. Ne pas faire de bruit. NE PAS FAIRE DE BRUIT KRAKBOUMKRAKKRAKBOUM; MERDE TU CROIS QUE LES VOISINS ONT ENTENDU ??? Première tournée à l'ancien Institut de Psychiatrie Autogéré.
Minatec
Les bons flics sont les flics qui sont absents de la scène du crime. "Vite ! Cache toi derrière le volet !" et une vieille dame qui passe pour voir c'était quoi, le bruit. Des méga-tonnes de cuivre dans les chiottes. Un lit tout fait, une cuisine propre... tu crois que quelqu'un squat maintenant ? Mais il va nous péter la gueule ! Antoine qui grimpe sur les murs comme un singe, à l'intérieur aussi. Antoine qui est très beau quand il grimpe, à l'intérieur aussi. Le noir, les lampes frontales. Un peu saouls, quand même, mais pas trop, juste assez : blanc sur rouge, rien ne bouge, rouge sur blanc, tout fout le camp... Une deuxième maison qui ressemble à un manoir qui se serait complètement écroulé sur lui-même de l'intérieur. Ca pue, caca. "Alors, pour ouvrir une maison, ça prend un tournevis et puis...". J'ai toujours été un bon étudiant quand le prof est intéressant. En rentrant à la maison je sais comment payer mon premier loyer, maintenant !
(bilan : 3 maisons, 1 bonne histoire et 60 euros pour la nuit.)
DERIVE PROSITU A GRRRVILLE
La ville a ses lignes directrices, ses rivières et ses fleuves, tout un réseau psychogéographique qui nous maintient à l'intérieur des même frontières marchandes, qui nous ramène là où l'on doit être, qui nous maintient bien séparés quartiers par quartiers, formant des barrières invisibles entre espaces de riches et espaces de pauvres, espaces de blancs et espaces d'immigrants, espaces d'hommes et de femmes, d'hétéro et d'homos, des barrières d'autant plus difficiles à détruire et efficaces qu'elles sont immatérielles, qu'elles sont mélangées avec nos désirs et nos émotions. La dérive, c'est l'idée de partir à la rencontre de ces espaces cachés, en détournant le cour habituel de nos pas, trouver de nouvelles ambiances et les tribus qui y habitent, organiser un peu le hasard pour se détourner des dispositifs urbains... histoire de voir s'il ne serait pas possible de participer un peu à ce que la ville a de meilleurs : ses magouilles nocturnes.
Je n'ai pas d'appareil photo. Tant pis.
Nuit, Fabien-en-noir, cagoule noire, Minatec-centre-de-biotechnologie (air du nucléaire, horizons cybernétiques), espaces pour géants, lettres de 30 mètre : MINATEC VERS L'AVENIR, cercles pour vaisseaux spatiaux verts sur lumières jaunes, camions et bus qui tournent en rond, chauffeurs de bus et clopes ("tu pourrais éteindre ton moteur, non ?" "Bha y va faire froid..."), fleuve derrière (déchets nucléaires).
Fin de la première scène.
Pont au dessus du fleuve. Ville lumière, ville noël, ville riche, ville impériale. Lumières sur la ville, lumières sur le fleuve. Le courant vient de Minatec, sûrement. Ville nucléaire. Montagnes, au loin, et la Bastille dessus. Commentaire :
"Quand je regarde le fleuve, j'ai envie de marcher dedans tellement c'est beau.
- Tu veux dire que c'est tellement beau que t'as envie de mourir ?
- Non, mais de participer à ça. D'être dans le beau moi aussi.
- C'est bien ce que je dis, tu veux dire que c'est tellement beau que t'as envie de mourir. C'est comme de faire l'amour, il arrive un point où t'existes plus, parce que c'est trop intense.
- Ouais. Si on veut. Marche en avant de moi, avec ton manteau de marin tu rajoutes au décor... "
Je rougis.
C'est vrai que c'est pas mal marin... eaux qui court, montagne, nuit, dos à la ville, vers la Bastille qui brille dans le ciel. Petite ruelle en pierre qui monte, une cloture de sautée, deux, on monte toujours, le ciel est rouge, les arbres sont jaunes. Une fenêtre s'éclaire, on se tait, on regarde. Une fenêtre rouge sur un ciel rouge, avec des arbres jaunes, des ombres qui montent du sol et le fleuve qui coule... "On devrait le marquer sur la carte. Il est quelle heure, là ? 2 heures du mat'. Ok, on continue".
Une petite ballade et discussion sur le "on":
- Quand je dis "j'ai dit" telle affaire, mais qu'on en a déjà parlé ensemble, après, je peux dire "on a dit", "on a déjà discuté de". ça fait du lien, des bouts de pensées partagées. C'est important pour se sentir fort."
Au bout du petit chemin de terre, à mi-chemin dans la montagne, quand même complètement au-dessus des toîts, un espèce de temple couvert de graffitis. Couvert vraiment, couvert couvert.
"Je me sens bien ici. S'il y a tant de graffs, ça veut dire que les flics viennent pas ?
- Ouais, ça doit être un bon endroit pour s'entraîner. Mais les graffs sont nuls..."
Des bites et des salopes par milliers sur les murs.
Espace non-mixte, peut-être ?
"Marque-le sur la carte.
-Ok. On continue ?
- Je suis un peu fatigué... on s'assoit un peu ?"
LA BATAILLE
(ah. et puis non. je vous raconte pas. je suis trop fatigué, et puis je me suis calmé depuis tout à l'heure à vous écrire tout ça, j'ai pas envie de parler de blessures maintenant. Les étudiants en Droit sont des cons, mais qu'est ce que ça a de nouveau ? Syndicat UMPiste de l'Uni, avec les jeunesses identitaires, les petits fachos intellos qui discutent avec les recteurs, la force que je me suis découvert à dire "non" et à bien le tenir, tenir le centre, à l'avant, à manger des coups sur la gueule. Même pas mal, nha.
Un jour j'aimerais bien avoir autant de contrôle sur moi que cette fille qui réussissait à tenir toute une horde de facho, à elle toute seule, juste à leur dire "Ecoute. C'est stratégique. On est plus que vous. On va pas se battre pour rien, là, tu vois bien que t'as perdu. Dégage.")
Je vous aime.
Mig
(ah. ouais. j'ai fait un facebook pour le rhizome. tappez "lerhizome", et ajoutez le a vos amis... )

