Sourate
Trip Start
Oct 01, 2007
1
18
32
Trip End
??? ??, 2008
Je n'apprendrai rien à personne en disant que le temps est une chose étrange, instable, agissant parfois comme un petit étang qui stagne (il devient alors un marais, mélange étrange de choses pourries et de plantes qu'on ne trouve nulle part ailleurs), parfois comme un long fleuve tranquille qui coulerait d'un institution à une autre (travail, famille, patrie...), d'autres fois brusquement comme une chute qui ne sait de quelle hauteur elle se jète, ou courant joyeusement entre les rochers d'une petite rivière agitée.
Ce soir, alors que j'avais décidé de poser mes pénates pour "longtemps" (au moins une semaine...) à Grenobles pour y finir la petite révolte qui a été commencée, que je préparais un nid dans le grenier pour y accueillir mes nuits, j'ai reçu 2 choses qui ont tout compromis, et qui me relancent ailleurs.
D'abord, la visite toute chaude de Marc, qui en soi déplace les montagnes et change la vie, m'enchantant de paroles sur de lointaines aventures et préparant déjà les vélos qui nous y emmeneront tous. Ensuite, une lettre de Julie m'annonçant que son bébé, le père de son bébé, Anaïs et elle ne sont "pas sûrs" de pouvoir m'attendre pour déménager, et même, je crois bien, franchement sûrs que non.
Mon vieux projet de revenir à Montréal en mars tombant à l'eau, je m'épingle sur la corde raide : partirai-je à l'aventure en vélo,au Maroc, avec les gens de la Vieille Valette, et Marc ?
Tout m'y pousse. Le temps se met à accélérer, il faut décider vite.
Tout m'y pousse, sauf de vieilles peurs que j'essaie de faire taire. Sans argent, sans avenir, me permettre de faire ENCORE une folie qui me pousse toujours plus loin sur la pente de la précarité? Et si c'était trop loin cette fois-ci, et si j'étais incapable de faire ça, survivre sans argent dans un pays étranger où je ne parle même pas la bonne langue, et si cette fois-ci je ne m'en sortais pas comme de toutes mes autres mésaventures, et si cette fois-ci j'en MOURRAIS ?
Et puis, tout à coup, une voix qui me rappelle cela : la mort n'est pas quelque chose qui arrive à la fin d'un chemin sans obstacle, la mort est plutôt toutes ces petites choses qu'on se refuse d'imaginer et de faire de sa vie. Qu'on ne sent jamais autant la vie qui passe que lorsqu'on se bat pour elle, qu'on se lance à sa poursuite dans les espaces où elle n'est pas déjà morte, tuée par la marchandise :
In girum imus nocte et consumimur igni (nous tournons dans la nuit, et le feu nous brûle).
Pour le dire autrement : la révolution n'est pas un dîner de gala, elle est au bout du fusil.
Ou encore : Il est trop tard, j'ai déjà décidé, maintenant il faut assumer et suivre ma ligne de fuite jusqu'au bout.
Ici: il faudrait bien avoir vécu quelque chose pour que la mort nous fasse peur.
Contrairement à ce qu'ils disent (et s'ils finissent par le dire c'est bien qu'ils ont fait de terribles choix), on est jamais seul. Et c'est très bien comme ça, et il y a toujours des gens avec qui préparer le prochain repas et avec qui boire son vin, et vive le communisme ! (d'ailleurs, j'espère que le prolétariat marocain a une culture internationaliste, parce que c'est pas l'état qui va me fournir de quoi manger c'est bien certain... il me faudra bien me faire des camarades, et vite!)
Voilà.
C'est là que ça en est.
Je pars dans quelques heures vers Lyon faire une Xe cure de dégalisation. Je l'aurai la maudite, j'ai bien suivi mes cours de guerre, il faut lui couper tous les vivres pendant quelques jours et l'ébouillanter vivante si on veut s'en débarasser... et des vêtements propres, des tonnes et des tonnes de vêtements propres, en avant !
Ce soir, alors que j'avais décidé de poser mes pénates pour "longtemps" (au moins une semaine...) à Grenobles pour y finir la petite révolte qui a été commencée, que je préparais un nid dans le grenier pour y accueillir mes nuits, j'ai reçu 2 choses qui ont tout compromis, et qui me relancent ailleurs.
D'abord, la visite toute chaude de Marc, qui en soi déplace les montagnes et change la vie, m'enchantant de paroles sur de lointaines aventures et préparant déjà les vélos qui nous y emmeneront tous. Ensuite, une lettre de Julie m'annonçant que son bébé, le père de son bébé, Anaïs et elle ne sont "pas sûrs" de pouvoir m'attendre pour déménager, et même, je crois bien, franchement sûrs que non.
Mon vieux projet de revenir à Montréal en mars tombant à l'eau, je m'épingle sur la corde raide : partirai-je à l'aventure en vélo,au Maroc, avec les gens de la Vieille Valette, et Marc ?
Tout m'y pousse. Le temps se met à accélérer, il faut décider vite.
Tout m'y pousse, sauf de vieilles peurs que j'essaie de faire taire. Sans argent, sans avenir, me permettre de faire ENCORE une folie qui me pousse toujours plus loin sur la pente de la précarité? Et si c'était trop loin cette fois-ci, et si j'étais incapable de faire ça, survivre sans argent dans un pays étranger où je ne parle même pas la bonne langue, et si cette fois-ci je ne m'en sortais pas comme de toutes mes autres mésaventures, et si cette fois-ci j'en MOURRAIS ?
Et puis, tout à coup, une voix qui me rappelle cela : la mort n'est pas quelque chose qui arrive à la fin d'un chemin sans obstacle, la mort est plutôt toutes ces petites choses qu'on se refuse d'imaginer et de faire de sa vie. Qu'on ne sent jamais autant la vie qui passe que lorsqu'on se bat pour elle, qu'on se lance à sa poursuite dans les espaces où elle n'est pas déjà morte, tuée par la marchandise :
In girum imus nocte et consumimur igni (nous tournons dans la nuit, et le feu nous brûle).
Pour le dire autrement : la révolution n'est pas un dîner de gala, elle est au bout du fusil.
Ou encore : Il est trop tard, j'ai déjà décidé, maintenant il faut assumer et suivre ma ligne de fuite jusqu'au bout.
Ici: il faudrait bien avoir vécu quelque chose pour que la mort nous fasse peur.
Contrairement à ce qu'ils disent (et s'ils finissent par le dire c'est bien qu'ils ont fait de terribles choix), on est jamais seul. Et c'est très bien comme ça, et il y a toujours des gens avec qui préparer le prochain repas et avec qui boire son vin, et vive le communisme ! (d'ailleurs, j'espère que le prolétariat marocain a une culture internationaliste, parce que c'est pas l'état qui va me fournir de quoi manger c'est bien certain... il me faudra bien me faire des camarades, et vite!)
Voilà.
C'est là que ça en est.
Je pars dans quelques heures vers Lyon faire une Xe cure de dégalisation. Je l'aurai la maudite, j'ai bien suivi mes cours de guerre, il faut lui couper tous les vivres pendant quelques jours et l'ébouillanter vivante si on veut s'en débarasser... et des vêtements propres, des tonnes et des tonnes de vêtements propres, en avant !

