AntidémokratikFasciste

Trip Start Oct 01, 2007
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Trip End ??? ??, 2008


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Thursday, November 29, 2007

'jour. Suite à quelques plaintes sur la nature de mes posts de voyage, notamment sur le manque d'information concernant mes sentiments et/ou actions rigolotes dans le cours des choses, je me remettrai à diviser mes courriels en sous-titre, de façon à ce que vous alliez vous-même à l'info qui vous intéresse... Donc:

Perso
De Dijon, retour sur Grenoble pour récupérer quelques affaires: tente, sac de couchage, lentilles... Ma gale inguérissable et moi, on cohabite pour un temps en paix, grâce aux antiallergènes fournis par la pharmacie (donnés par la pharmacienne qui avait bien aimé son voyage à Montréal pendant la dernière Formule 1); ça pique, mais ça pique égal. J'ai peut-être perdu mon passeport (je retourne sur Lyon vérifier), je n'ai aucune idée de l'argent qui me reste (le service internet de ma banque change sans arrêt mon mot de passe après mes retraits ?!!), j'ai la lévre du haut fendu (coup de... bouclier ! comme quoi "ils" ont pas tort d'y voir une arme, dans leurs mains en tous cas) mais... le moral tient bon, et même davantage. Grenoble, c'est un peu comme chez moi,j'ai même une chambre et des potes avec qui faire la récup'...

Police tique
Je regrette amèrement de n'avoir ni appareil photo, ni caméra vidéo. Les événements des derniers jours, la double AG de reconduction du blocage (à l'université de Grenoble, environ 60 000 étudiantEs) et la mise en application des mandats le lendemain matin contre la foule des anti-bloqueurs, c'était... DINGUE.

    AG ² + fuite organisée
Tranquille, j'arrive en vélo sur la place de l'université des sciences sociales, Stendhal, pour l'AG, en cherchant les copains. AG extérieure, estrade au centre d'un gigantesque parterre dallé, sous la tutelle majestueuse du palais du Savoir Universel (en granit, genre), au milieu de 3 giga montagne qui te regardent (l'université au milieu d'un champ, devant deux montagnes au sommet enneigé), c'est tellement... prenant, beau! T'arrives, tu te dis: "Putain, voici l'athéna, voici la terre sacrée, la Démocratie Populaire enfin atteinte, ça y est", il y a des gens partout sur les collines autour qui discutent, qui "organisent le Mouvement".

Les interventions sont même assez intéressantes, sur les formes d'organisation à développer, sur le fait de kick-out la représentation par l'UNEF (sorte de FEUQ française, en pire car elle est encore plus vieille, et complètement intégrée dans le gauchisme en kit style socialiste) pour la remplacer par une coordination nationale de déléguéEs des comité de mobilisation de chaque faculté... pas mal. Les autonomes proposent même en douce de créer des "Rencontres du Mouvement" en marge des coordo nationales, sorte d'institutionnalisation des bavardages de coridor, informels mais souvent décisifs, qui pourrait dès lors faire ses propres proposition aux grévistes sans passer par les AG... ouvertes à toutEs en théorie, mais surtout à l'élite comme on l'imagine, la proposition n'est reprise par personne (elle sera réalisée quand même, puisque les autonomes s'en foutent, et là-dessus je suis assez d'accord, puisque de toutes façons ces rencontres informelles existent déjà, autant qu'elles soient nommées comme tel). Tout va donc pour le mieux, l'AG coule, les bloqueurs sont assis au centre les antis autour, on se hue en coeur, c'est beau...

Tout à coup, le vote de reconduction du blocage, et donc de la grève. Le podium appèle les gens sur le collines, du temps passe, on va faire un "vote géographique". Ceux qui votent pour le blocage, à gauche, ceux contre, à droite. Les foules se font face, vaguement hostiles dans les rangs derrière, franchement en guerre sur le front devant. à certains endroits, les gens s'engueulent et se poussent, une tension qui monte... Le podium tranche : "Blocage reconduit à majorité jusqu'à mercredi prochain". Cris, de joie, ou de rage, dépendant. La foule se disperse, les gauchos retournent à l'occup, la droite sur les collines...

5 minutes passent.
La colère ne descend pas dans les collines. ça  sent la merde, il y a quelque chose qui cloche.

La foule reprend consistance au centre de la place, puis la clameur s'hurle : "Un vote! Un vote! Un vote!
- Quoi? Mais il vient d'en avoir un, de vote!
- Non! Un vrai vote démocratique, avec des bulletins, des portiques !
- Mais les mecs l'ont dit, c'était à "vaste majorité" !
- Il n'y a pas eu de vote! Vousêtesantidémocratiques ! Fascistes !

Voilà. Puisque le vote à majorité n'était pas "démocratique" (démocratique voulant dire ici que "Sarkozy il a été élu, vous pas", et qu'à partir de là toute résistance est antidémocratiquefasciste) l'association est reprise par la foule:
Bloqueurs = AntidémocratiquesFascistes.

La deuxième AG, une AG de droite "spontanée" et en colère, une force sociale réactionnaire, un amas de 500 petits bourges venus défendre leur Avenir prend forme sous mes yeux. J'ai vraiment PEUR. Une fille reprend le micro en levant le poing, pour dire "Il n'y a pas eu de vote, il n'y a pas eu de vote voilà, c'est tout, c'est antidémocratique. il faut s'organiser !". La foule se met à hurler  que ça se passera pas comme ça, "qu'étudier, c'est un droit !", que "un vote, un vote, un vote", que...
oh! un gars de gauche qui monte sur l'estrade!
"L'AG de reconduction du blocage est terminée, le blocage a ètè reconduit à majorité, les gens qui sont pas contents peuvent se présenter au comité mob..."

Je trouve ça con, quoi que très politique, de dire à une foule de 500 personnes en colère qu'elles ne peuvent rien dire, que l'Institution n'est pas là pour les entendre.

Et, surtout, je me dis que si seulement 20 personnes de cette foule décide que c'est terminé, et qu'ils viennent nous péter la gueule tout de suite, je suis pas si certain que ça que le vote démocratique en AG qui vient de se faire voter va nous protéger tant que ça... Je me mets à penser : "Vite! ça prend un chef! il faut leur dire qu'on va arranger ça à leur place, plus tard...".

Miracle. La fille de tout à l'heure, pas très articulée mais assez vénère pour qu'on l'écoute, dit : "On s'organise, VENDREDI SOIR PROCHAIN". Ah! Je l'aurais embrassé! Vendredi soir prochain ? Tu veux dire avec les 6 tondus qui se seront déplacés? Tu veux dire pour finalement écrire un tract et faire des pressions par écrit pour revendiquer un vote "démocratique"? Eh ben!

La foule, moitié satisfaite mais pas trop certaine de ce qu'elle pourrait demander d'autre, étant donnée qu'ON l'a entendue et qu'ON va s'en occuper, la foule qui quelques minutes plut tôt était à 3 doigts d'aller casser du casseur, rentre chez elle écouter la télé. Où l'on dira que ça n'a aucun bon sens et que c'est scandaleux les bloqueurs vandales antidémocratiques fascistes terroristes anarchistes qui terrorisent les étudiants honnêtes, et démocratiques. Hourra! Vive les chefs! Vive la Démocratie! Vive le Spectacle!

Me disais-je, avant le lendemain matin, 6 heures du mat...

Rapports de force et honnêtes citoyens

Lendemain matin, 6 heures du mat. Réveil, brouillard, barricades. Le Recteur a déclaré que c'était aujourd'hui que ça arrêtait de rigoler, on est prêt. Personne sur le campus, sauf nous et France 3, bizarres formes noires qui se bougent dans le froid, le noir et l'humidité du matin. Chaque petit groupe, relié aux autres par cellulaire et textos, protège/assiège son petit bout de campus. Tout à coup, au loin, des cris. Sur les téléphone, un texto : A LA FAC DE POL. VITE ! On court, les cris se précisent : "Pétain, revient, t'as oublié tes chiens", "Police partout, justice nulle part", etc... Quand on arrive, les gens ne sont déjà plus devant la porte, remplacés par une ligne de CRS. Merde. Plein de textos sur non télephones : "Sciences sociales, vite!", "Sciences, vite!". Partout, l'expulstion est déjà finie.

Sauf à un endroit. Tout le monde court, vite, vite, le blocage c'est par là!

Sur place, les bloqueurs font face à... la masse des étudiants appelés à étudier le matin même ! C'est chaud, mais ça se gère, les CRS ne sont pas encore là, il y a trop de monde "innocent". Plus les minutes passent, plus la foule grossit, et se permet d'hostilités. On tempte de briser les lignes, on résiste, on s'engueule, la tension monte, le temps passe.

"LES CRS SONT A L'INTERIEUR! ATTENTION!"

On bloque la porte, des deux côtés à la fois. Une étudiante crie "Vive les Crs! Vous faites bien votre boulot!", nous, on entonne "étudiants poil au dent", de Renaud, les Crs font BANG BANG dans la porte, il y a ceux qui font juste "AAAAAAAAAAAAhhhh!", les autres derrière qui cynisment... bordel.

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(bon, j'en ai marre de raconter, on a finit par se faire expulser, mais avec certains trophées quand même... je vous raconterai de vive voix)

Roses and bread
Mig
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