Changer le changement, autrement et encore

Trip Start Oct 01, 2007
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Trip End ??? ??, 2008


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Tuesday, November 20, 2007

Hier est fini, aujourd'hui je prépare les lendemains qui chantent la lyonnaise.

On sait toutes très bien que c'est pas par les étudiants et les manifs géantes qu'on renverse un monde, mais du coup c'est quand même dans ces eaux-là que je nage le mieux, alors on discute on discute, on essaie de trouver un chemin pour faire éclater un peu de vie là où "ils" (les Méchants, toujours les même) ne s'y attendent pas. Une manif, c'est comme une construction en légo où tu emboîtes les contingeants les uns sur les autres pour faire un long long long (et, sérieux, quand je dis long c'est long longtemps et plus long que ça encore, je suis pas arrivé à me rendre au bout avant la fin, en fait !) serpent avec des millions de têtes. Toute la bonne société elle est là, il y a même le contingeant de flics qui demande des augmentations pour les CRS, à 2 coins de rue de la CNT qui étale se bannière rouge et noire"Révolution capitaliste Comme un echo
Comme un echo
! Retraite après 37,5 ans !" sans se rendre comte que juste derrière, il y a les sales réfos qui demandents... la retraite après 37 ans ! La LCR ("100% à gauche") et les anars ferment toujours la marche, mais chose étrange, ils ne disent rien, je veux dire qu'il n'y a aucune phrase directrice nulle part, la seule chose distribuée c'est des méthodes pour ne pas se faire capturer avant la fin de la marche. Il y a aussi des gens qui dansent sur l'acide, pour "l'anarchisme onthologique et la TAZ", c'est les plus beaux de tous mais en même temps, comme disait l'autre "c'est pas une dance party que ça nous prend c'est une belle procession funéraire, avec des tambours comme le tonnerre et des pelles pour enterrer ce qui tombe"... Ici, les manifs, c'est une grosse pièce de théâtre sans improvisation, je veux dire que tout le monde fait TELLEMENT la chose qu'il est sensé faire que ça te tue par en dedans, encore plus que chez nous, mais elle me rend heureus quand même, une espèce de dope dont j'arrive pas à me passer... "Autrement", "Démocratie", "Ensemble" "Transparence" "écologique", "égalitaire"... des mots volés et vidés de toutes substances, utilisés autant par les sarkozistes que par les anars de service, qui font que tout le monde peut très bien s'entendre en ne disant pas DU TOUT la même chose, et qui sont sur toutes les lèvres, et qui permettent à n'importe qui de faire n'importe quoi... C'est pour ça que je voulais aller à Rennes, parce que j'ai l'impression que là-bas les gens partent exactement de cette constation-là, la constatation du Spectacle et du Biopouvoir, qu'on discute sérieusement d'une évolution du capital vers l'empire, un peu le penchant communiste des théories de Negri ("Empire", "Multitudes", la conférence qu'on était aller voir à l'UQAM). Bref, quoi que j'aimerais trouver un autre mot au plus vite, qu'on prenne acte de la postmodernité et qu'on se réenligne avec les nouvelles positions du pouvoir et du contre-pouvoir. Je lis "Introduction à la guerre civile", de Tiqqun, je trouve que c'est mal documenté - ça manque d'exemples, sauf dans certains cas -  mais que ça apporte une perspective vraiment intéressante Le SM pour les nuls
Le SM pour les nuls
. J'ai l'impression que tout ça se fait dans un monde parralèle des luttes "classiques", comme si les deux trucs se superposaient plutôt que d'être vraiment l'une en face de l'autre. Genre : Sarko existe encore, mais c'est vrai qu'en fait la biopolitique produite par le nouveau capitalisme nous bouffe toute possibilité de révolte AVANT MËME qu'elle ne puisse exister, que ça attaque directement ton imagination, que tu ne peux même plus imaginer un nouveau monde tellement celui-ci prend toute la place. Qu'il faut documenter ce processus là, les dispositifs qui le reproduisent, et s'attaquer d'abord à ce qui nous empêche de penser un extérieur... Et ça, en même temps que ça effraie, ça aide à comprendre bien des choses...

On continue à vider toute la merde étalée dans la maison sur la Croix-Rousse, c'est un travail infini, on a beau sortir les déchets à la pelle et les sacs à la chaine, il y en a tellement profond... Après 14 jours de travail "assez" régulier, à savoir de 3 à 4 heures par jour à 2 ou 3, on a fait la moitié d'un étage... Bon, maintenant ça devrait aller plus vite parce qu'on a installé le four et qu'il y a un endroit suffisamment salubre pour y dormir, et un autre pour manger à plusieurs, du coup la vie s'insinue dans l'espace et débarasse le vieux bordel, mais quand même. Juste pour l'étage, il faut encore compter une semaine pour "vider", et une semaine pour "décrasser". Les souris nous en veulent, je crois, de piquer leurs trésors. Entre autres, il y a plusieurs boîtes de correspondance, de photographies, de lettres officielles et de factures, ça remonte à 1918 avec la coordonneries, ensuite vers 1942 avec le mari qui est enfermé quelque part pour une histoire de commerce de soieries avec l'afrique du nord, puis en 1974 avec la veuve qui écrit au "Ministre de la Vie" (!) pour se plaindre qu'elle a tout perdu, puis... des factures non-payées, et 2 mètres de déchets dans toute la maison. Je vais essayer de travailler un peu sur les documents pour comprendre l'histoire, ça me passionne vraiment, du coup ça me donne du courage de plonger dans les ordures quand je trouve des vieilles photos de mariage, des porte-jaretelles de 1940 et des certificats de scouts vieux de cinquante ans...

C'est un peu la galère, un peu la vita bella, je n'ai jamais été aussi pauvre ni aussi vivant, tellement vivant que ça me gratte parfois, que ça devient désagréable, et puis tout à coup c'est à nouveau la galère, et on recommence... La seule chose qui ne change jamais, c'est que tout change sans arrêt, a dit le Yi Jing (prononcez "Yi King", "le livre des changements", philosophie chinoise millénaire bizarrement très proche des idées postmodernes, et comme tout le monde semble aussi ces temps-ci me parler de la Chine je me disais que je vous en glisserais un mot, moi aussi)... et ça n'en finit plus de me rassurer.

Amours.
Mig
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