Anapurna
Trip Start
Nov 07, 2007
1
46
49
Trip End
May 01, 2008
J'aime la montagne mais moderement. Mon experience se resume a des promenades du dimanche plus ou moins physiques en cerdagne, dans le vallespir ou les alberes. Parfois, ce genre de randonnée qui consiste a grimper tres vite, puis redescendre aussitot, suer beaucoup et etre perclu de courbatures le lendemain. Ici au nepal la perspective s'annonce differente, la ballade devient trek. Il s'agit meme d'y coller une majuscule ainsi que le deguisement ridicule en gore-tex fluo et les batons de marche qu'arborent fierement les groupes "Terre d'aventure".
J'ai donc fini par arriver a pokhara, la ville depart des circuits autour de la chaine des anapurnas. Ma nuit de bus fut blanche mais paisible, l'etat de la route n'a pas permis au chauffeur de tenter des records de vitesse. De nombreux barrages militaires, le Terail demeure une region agitée qui, parait-il, reclamerait son independance.
Pokhara donc, et son lac, sa rue touristique aux agences de trekking, echoppes de souvenir et d'equipements de montagne. Les evenements s'enchainent avec fluidité; je trouve un hotel, me douche, m'attable au soleil, interpelle Nathalie et Nicolasqui passaient par hasard dans la rue. Nous decidons de partir marcher des le lendemain et, dans le role du dos supplementaire, nous optons pour une solution hasardeuse: mes acolytes ont rencontré dans un avion Om, ex-guide nepalais reconverti dans le commerce des fruits de mer en malaisie, qui n'a pas remis les pieds dans son pays depuis 8 ans et est devenu trop gras pour pretendre marcher bien vite. Ce ne sont pas pour ses pretendues qualités de guide que nous le choisissons mais pour son tarif modique, sa bonne humeur et sa capacité a porter 15 kilos de nos bagages; il s'averera effectivement si lent au cours des premiers jours qu'il heritera du surnom definitif de Radiu en hommage a notre chameau fetiche du desert du Thar. Il reussira a nous suivre durant 12 jours, grace a l'aide de sa bible qu'il transporte en permanence et qu'il invoque a chaque repas ou difficulté de parcours et peut etre grace a laquelle il perdra une dizaine de kilos...
Le second jour nous perdons notre homme en avancant sans l'attendre au bon endroit, et ce n'est que le lendemain que nous le retrouvons transpirant d'inquietude mais remerciant Jesus.
Le troisieme, nous traversons des forets de rhododendrons fleuris, goutons a la grele et au froid glacial qui ne nous laisse guere de repit. Puis les douleurs musculaires s'estompent et nous savourons les paysages, de village en village entre d'interminables escaliers de pierre. Les pics resplendissent a la lumiere du matin et a leurs pieds, les paysans labourent a la main de minuscules champs en terrasse perchés a flanc de montagne. Il pleut parfois, en debut d'apres midi, aussi debutons-nous nos etapes des l'aube.
Le cinquieme jour est celuides elections nationales qui doivent donner le choix au peuple nepalais entre un regime de coalition molle et le parti maoiste qui, s'il est elu, achevera sans doute de detruire le pays epuisé par 30 ans de monarchie. Nous verrons courir dans la montagne les porteurs des bulletins de vote escortés par des hommes en armes et apprendrons que les garcons sympathiques qui partagerent noter lodge ce jour la etaient des maoistes armés jusqu'aux dents.
Au sixieme jour le sentier traverse un chaos d'eboulis rocheux provoqué par les glissements de terrain.D'immenses a-pics nous surplombent et nous manquons mourir sous une petite avalanche de pierres qui s'ecraserent dix metres devant nous. La nuit tombée, alors que nous tentons d'oublier le froid en succombant au sommeil, nous vivons un veritable moment d'angoisse lorsque deux jeeps chargées d'hommes et de drapeaux maoistes s'arretent devant notre lodge. Ce seront des bruits de verre brisé, des clameurs, des slogans, juste au dessous de nos tetes. Nous dormirons habillés, aux aguets, nos papiers camoufflés sous mon matelas, sans se douter qu'il s'agissait simplement de manifestations de joie un peu alcoolisées devant la victoire.
Puis vient Marpha, posé au milieu d'un cirque de montagne arides, village aux maisons de pierre blanchies a la chaux et aux toits plats surlignés de rondins. Le vent glacial s'engouffre avec force dans le corridor de la vallée, balayant avec force les champs de pommiers en fleurs. Leur vert contre le roc jaune. Dans le village les habitants prennent les traits lunaires des tibetains, des moulins a priere apparaissent au detour des rues, des gompas blanc se dressent sur les hauteurs.
Apres Jomsom, aeroport-rue au milieu des montagnes rougees, voici Kagbeni a la fois bout du monde et porte d'entrée vers un royaume mysterieux, le Haut-Mustang, que l'on devine au bout du chemin pierreux serpentant dans la vallée. A Kagbeni le vent frappe et hurle chaque jour des l'apres midi, devale les flancs de rocaille, balaie le temps et la volonté. Habitants et veaux laineux, assis sur les marches de pierre, ecoutent passer le jour tandis que le soleil les mord. Bruler ou geler, entre bise et soleil. Kagbeni, village des drapeaux bouddhistes verts, jaunes, blancs, rouges, qui claquent sans treve. Au surplomb de ce cirque aride les cimes aveuglent et envoutent. Le blanc des glaciers me fait mal aux yeux mais la montagne m'impose sa force. A chaque instant je dois tourner la tete pour la chercher, verifier son existence, me laisser dominer par sa masse. Sa presence m'habite, m'ecrase, jamais paysage ne m'aura autant fasciné. Au crepuscule l'ocre des maisons se mele aux roches et les stuppas dressent leurs pointes blanches dans le vent qui faiblit.
Le reveil sonne a 4h30 et il faut s'extirper des couvertures pour enfiler des vetements glacés. Dehors le thermometre affiche moins dix. Nicolas et moi tentons aujourd'hui de franchir le col du Thorong La, 5416m d'altitude. Cette etape est l'attraction technique du tour des anapurnas, les randonneurs s'y rendent apres une montée progressive jusqu'a 4500m. Mais nous arrivons nous par l'autre coté, par la face consacrée a la descente. Notre point de depart, Muktinat, se situe a seulement 3800m et il va sans dire que nous sommes arrivés la veille donc sans acclimatation. J'ajoute a cela que nous monterons exclusivement pour la photo et redescendrons par le meme chemin dans la journée, perspective qui amuse beaucoup les locaux.
Si gravir 1600m de denivellé est aisé en moyenne montagne, cela s'avere plus complexe lorsqu'il s'agit de monter a 5400m, dans la neige de surcroit. L'ascension debute au petit jour a flanc de pente verglacée. Les hauteurs se teintent d'orange et bientot nous marchons dans la neige au milieu des glaciers, sous un soleil implacable. Au bout de quelques heures Radiu abandonne, et nous croisons les premiers randonneurs qui descendent en sens inverse et nous regardent avec des yeux ronds. A proximité du col une crise de mal aigu des montagnes s'abat sur moi et se conjugue a l'hypoxie, pareille a un champ magnetique qui m'empeche d'avancer. Mes jambes se derobent, un etau broie mon crane, je dois reduire mes pas a l'extreme. Tous les 10 metres il faut nous arreter et puiser un peu de force supplementaire pour trainer encore nos pieds l'un devant l'autre. Une heure nous sera necessaire pour accomplir les 300 derniers metres..
Quelques minutes en haut consacrées a immortaliser l'instant, avec une sentation de mort imminente que je ne souhaite a personne, et nous redescendons au pas de charge accompagnés d'un solide mal de tete. Nous croiserons quelques yacks et des compagnons de cephalée. Dix heures apres notre depart, une fois a destination nous nous couchons heureux en fin d'apres midi.
J'ai donc fini par arriver a pokhara, la ville depart des circuits autour de la chaine des anapurnas. Ma nuit de bus fut blanche mais paisible, l'etat de la route n'a pas permis au chauffeur de tenter des records de vitesse. De nombreux barrages militaires, le Terail demeure une region agitée qui, parait-il, reclamerait son independance.
Pokhara donc, et son lac, sa rue touristique aux agences de trekking, echoppes de souvenir et d'equipements de montagne. Les evenements s'enchainent avec fluidité; je trouve un hotel, me douche, m'attable au soleil, interpelle Nathalie et Nicolasqui passaient par hasard dans la rue. Nous decidons de partir marcher des le lendemain et, dans le role du dos supplementaire, nous optons pour une solution hasardeuse: mes acolytes ont rencontré dans un avion Om, ex-guide nepalais reconverti dans le commerce des fruits de mer en malaisie, qui n'a pas remis les pieds dans son pays depuis 8 ans et est devenu trop gras pour pretendre marcher bien vite. Ce ne sont pas pour ses pretendues qualités de guide que nous le choisissons mais pour son tarif modique, sa bonne humeur et sa capacité a porter 15 kilos de nos bagages; il s'averera effectivement si lent au cours des premiers jours qu'il heritera du surnom definitif de Radiu en hommage a notre chameau fetiche du desert du Thar. Il reussira a nous suivre durant 12 jours, grace a l'aide de sa bible qu'il transporte en permanence et qu'il invoque a chaque repas ou difficulté de parcours et peut etre grace a laquelle il perdra une dizaine de kilos...
Le second jour nous perdons notre homme en avancant sans l'attendre au bon endroit, et ce n'est que le lendemain que nous le retrouvons transpirant d'inquietude mais remerciant Jesus.
Le troisieme, nous traversons des forets de rhododendrons fleuris, goutons a la grele et au froid glacial qui ne nous laisse guere de repit. Puis les douleurs musculaires s'estompent et nous savourons les paysages, de village en village entre d'interminables escaliers de pierre. Les pics resplendissent a la lumiere du matin et a leurs pieds, les paysans labourent a la main de minuscules champs en terrasse perchés a flanc de montagne. Il pleut parfois, en debut d'apres midi, aussi debutons-nous nos etapes des l'aube.
Le cinquieme jour est celuides elections nationales qui doivent donner le choix au peuple nepalais entre un regime de coalition molle et le parti maoiste qui, s'il est elu, achevera sans doute de detruire le pays epuisé par 30 ans de monarchie. Nous verrons courir dans la montagne les porteurs des bulletins de vote escortés par des hommes en armes et apprendrons que les garcons sympathiques qui partagerent noter lodge ce jour la etaient des maoistes armés jusqu'aux dents.
Au sixieme jour le sentier traverse un chaos d'eboulis rocheux provoqué par les glissements de terrain.D'immenses a-pics nous surplombent et nous manquons mourir sous une petite avalanche de pierres qui s'ecraserent dix metres devant nous. La nuit tombée, alors que nous tentons d'oublier le froid en succombant au sommeil, nous vivons un veritable moment d'angoisse lorsque deux jeeps chargées d'hommes et de drapeaux maoistes s'arretent devant notre lodge. Ce seront des bruits de verre brisé, des clameurs, des slogans, juste au dessous de nos tetes. Nous dormirons habillés, aux aguets, nos papiers camoufflés sous mon matelas, sans se douter qu'il s'agissait simplement de manifestations de joie un peu alcoolisées devant la victoire.
Puis vient Marpha, posé au milieu d'un cirque de montagne arides, village aux maisons de pierre blanchies a la chaux et aux toits plats surlignés de rondins. Le vent glacial s'engouffre avec force dans le corridor de la vallée, balayant avec force les champs de pommiers en fleurs. Leur vert contre le roc jaune. Dans le village les habitants prennent les traits lunaires des tibetains, des moulins a priere apparaissent au detour des rues, des gompas blanc se dressent sur les hauteurs.
Apres Jomsom, aeroport-rue au milieu des montagnes rougees, voici Kagbeni a la fois bout du monde et porte d'entrée vers un royaume mysterieux, le Haut-Mustang, que l'on devine au bout du chemin pierreux serpentant dans la vallée. A Kagbeni le vent frappe et hurle chaque jour des l'apres midi, devale les flancs de rocaille, balaie le temps et la volonté. Habitants et veaux laineux, assis sur les marches de pierre, ecoutent passer le jour tandis que le soleil les mord. Bruler ou geler, entre bise et soleil. Kagbeni, village des drapeaux bouddhistes verts, jaunes, blancs, rouges, qui claquent sans treve. Au surplomb de ce cirque aride les cimes aveuglent et envoutent. Le blanc des glaciers me fait mal aux yeux mais la montagne m'impose sa force. A chaque instant je dois tourner la tete pour la chercher, verifier son existence, me laisser dominer par sa masse. Sa presence m'habite, m'ecrase, jamais paysage ne m'aura autant fasciné. Au crepuscule l'ocre des maisons se mele aux roches et les stuppas dressent leurs pointes blanches dans le vent qui faiblit.
Le reveil sonne a 4h30 et il faut s'extirper des couvertures pour enfiler des vetements glacés. Dehors le thermometre affiche moins dix. Nicolas et moi tentons aujourd'hui de franchir le col du Thorong La, 5416m d'altitude. Cette etape est l'attraction technique du tour des anapurnas, les randonneurs s'y rendent apres une montée progressive jusqu'a 4500m. Mais nous arrivons nous par l'autre coté, par la face consacrée a la descente. Notre point de depart, Muktinat, se situe a seulement 3800m et il va sans dire que nous sommes arrivés la veille donc sans acclimatation. J'ajoute a cela que nous monterons exclusivement pour la photo et redescendrons par le meme chemin dans la journée, perspective qui amuse beaucoup les locaux.
Si gravir 1600m de denivellé est aisé en moyenne montagne, cela s'avere plus complexe lorsqu'il s'agit de monter a 5400m, dans la neige de surcroit. L'ascension debute au petit jour a flanc de pente verglacée. Les hauteurs se teintent d'orange et bientot nous marchons dans la neige au milieu des glaciers, sous un soleil implacable. Au bout de quelques heures Radiu abandonne, et nous croisons les premiers randonneurs qui descendent en sens inverse et nous regardent avec des yeux ronds. A proximité du col une crise de mal aigu des montagnes s'abat sur moi et se conjugue a l'hypoxie, pareille a un champ magnetique qui m'empeche d'avancer. Mes jambes se derobent, un etau broie mon crane, je dois reduire mes pas a l'extreme. Tous les 10 metres il faut nous arreter et puiser un peu de force supplementaire pour trainer encore nos pieds l'un devant l'autre. Une heure nous sera necessaire pour accomplir les 300 derniers metres..
Quelques minutes en haut consacrées a immortaliser l'instant, avec une sentation de mort imminente que je ne souhaite a personne, et nous redescendons au pas de charge accompagnés d'un solide mal de tete. Nous croiserons quelques yacks et des compagnons de cephalée. Dix heures apres notre depart, une fois a destination nous nous couchons heureux en fin d'apres midi.
