Calcutta 2

Trip Start Nov 07, 2007
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Trip End May 01, 2008


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Flag of India  ,
Tuesday, April 1, 2008

Quand un orage eclate a Calcutta, c'est l'eau qui se mele a la merde et la repand partout, nappe le sol, souille mes orteils. Une boue compacte teint les rues d'ocres et les murs suintent leur crasse. Des heures durant j'ai parcouru les ruelles a l'improviste, toute tentative de reperage s'averant vaine dans le vieux centre. Pour amoindrire la pression incessante des regards et des sollicitations j'ai enfoncé mes lunettes de soleil sur mon nez. Quelque chose a changé par rapport a mon premier voyage en Inde. Je n'ai plus peur de l'agression permanente, je sais qu'elle fait partie du decor. Je ne sais pas si les gens le sentent aussi en me regardant mais en tout cas ils m'emmerdent moins, ou moins longtemps en tout cas. Quiconque n'est jamais venu ici ne peut s'imaginer la lutte que vous livre la rue indienne. Lutte d'images et de sons, lutte de contacts humains. De mendiants, de vendeurs, de chauffeurs de tout accessoire a roue. Lutte de regards. C'est moi le lepreux. Ce regard je ne l'ai trouvé qu'ici; c'est un melange de curiosité, de mepris, d'envie et d'incomprehension. Il signifie l'incompatibilité culturelle entre l'Inde et nous. Je me sens plus etrange qu'etranger, sans repere. Mes sourires n'ont pas d'echo, les codes me sont incomprehensibles. Alors je commets des bourdes, amusantes, comme lorsque je me suis assis sur le banc des femmes dans le bus local, faisant naitre sur le visage du controleur une moue scandalisée. Ou bien encore lorsqu'une fois je proposais des bonbons autour de moi dans un taxi collectif et ne recevais comme reponse ni sourire ni oui ni non, juste ce regard de mepris.
En arpentant la ville j'ai enfourné jusqu'a l'indigestion l'avalanche fascinante de couleurs, d'images de corps d'hommes parfois deformés, allongés sur le sol ou portant sur leur tete des paquets aussi grands qu'eux, des barbes, des sourcils noirs et touffus, des gueules tordues, des membres absents, des enfants nus dans la poussiere, en pleine rue, des bouches edentées, des vieillards en haillons tirant des rickshaws pieds nus, des cathedrales d'ordures, ou le sol jonché de fleurs oranges et jaunes autour des ghats, le marché aux fruits et ses scenes de negoce parfois brutales, et les piles de raisins, de bananes, de grenades, montagnes colorées sur le sol de paille, des corbeaux pataugeants dans la merde, des fronts barbouillés de rouge et d'ocre, des tas de feraille faisant office de bus, desquels emergent tetes, bras, etoffes, des vendeurs de tout, des vendeurs de rien, des corps allongés peut etre endormis ou peut etre deja morts. Et j'ai mangé le dhal et le riz avec mes doigts dans ces gargottes sombrent, entouré d'incomprehension. Je suis rentré, j'ai souri et j'ai fait comme tout le monde.
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