Jungle et misanthropie

Trip Start Nov 07, 2007
1
36
49
Trip End May 01, 2008


Loading Map
Map your own trip!
Map Options
Show trip route
Hide lines
shadow

Flag of Malaysia  ,
Friday, March 7, 2008

La grotte dans laquelle je repose (juste pour une nuit soyons clairs, pas pour l'eternité) est immense. Je suis etendu sur une vieille bache et ecoute mes camarades tenter d'allumer un feu avec du bois mouillé. La scene s'eternise. J'ai trouvé avant de partir un mauvais livre, un polar classique anglais qui m'occupe un peu, car je n'ai nulle envie de parler. Ce soir nous dormons dans la jungle. Je suis dans le parc national de Taman Negara (qui signifie en malais "Parc National"...quelle efficacité) au centre du pays; il s'agit de la plus ancienne foret primaire humide du monde, plus vieille meme que l'amazonie.  Dans ce genre de situation je suis toujours circonspect a propos de la question cruciale: guide ou pas guide?

Hier je decidai que non, et trainai Chloe, une néo-zélandaise rencontrée sur une pirogue, dans la jungle, et nous marchames toute la journée au milieu d'imposantes crottes d'éléphant, sans voir l'ombre d'un etre humain. C'est une foret bruyante, dense, humide, boueuse, mais les creatures hostiles qui la peuplent sont discretes et l'on peut innocemment s'y promener sans voir trop de serpents ou d'araignées, trop peu pour en etre effrayé en tout cas.

Puis aujourd'hui j'ai choisi d'en apprendre davantage sur les bruits, les plantes, etc, et je suis parti pour un treck guidé de trois jours. Mon experience aurait du me ramener a la raison mais l'histoire se repete sans cesse...le guide est une buse, parle mal l'anglais, repond "bird" quand je lui demande de quel animal provient tel cri. Son regard possede une vivacité qui n'est pas sans evoquer celle d'une carpe morte. Comme de bien entendu, le sentier est certes etroit et parfois peu praticable, mais plutot bien balisé, et j'aurais aisement pu faire cette randonnée tout seul. Car ce que j'aime en foret c'est etre seul, marcher en silence, ecouter les mille sons qui m'entourent, chercher les animaux. Pas raconter ma vie, a des anglais de surcroit! Brrrrr...ceux ci sont particulierement british, et de plus tres laids a regarder. Ils sont 5, ont entre 20 et 30 ans, parlent avec un accent pointu qui ne cesse de m'horripiler. L'un est maigre comme un clou et couvert de bouton. Le seul element feminin du groupe possede un physique si ingrat qu'il rappelle imparablement celui d'un cheval percheron. Ma sociabilité se limite donc au strict minimum: repondre au question (rares vu la tete que je tire). Je suis le mauvais eleve, celui qu marche loin devant le guide, bouquine dans son coin et ne participe pas a la conversation.
Oeil-de-Poisson-Mort a donc etabli le camp dans une immense caverne; le site est superbe je dois bien l'avouer. Ni moi, ni nos chaussures, ni nos vetements trempés par l'orage ne secheront, mon odeur corporelle m'incommode deja, des sangsues couvrent mes jambes, mais ce contexte vaguement aventureux me plait. Et d'ici quelques heures, de gros rats viendront se disputer notre nourriture suspendue a des branchages. Des elephants et des tigres aussi en theorie, mais je crois davantage aux rat, helas. Ces elephants ont l'air d'etre partout; ils parsement le sentier de l'empreinte de leurs grosses pattes et de merdes odorantes mais personne ne les voit. La nuit, la lumiere des torche revele mygales, serpents et insectes en tout genre: phasmes sympathiques, fourmis geantes, coleopteres biscornus.
La nuit se deroule sans heurt. Les bruits sont incroyables et resonnent dans la grotte. Mille fois j'ai cru qu'un elephant entrait et nous delogeait.
Au petit jour le soleil  frappe le fond de la caverne, et nous nous remettons en route. Toujours, des lianes enchevetrées, des troncs barrant le chemin, des ruisseaux, des buissons inextricables. Bientot une seconde grotte ou des milliers de chauve-souris vont et viennent dans le noir en un ballet incessant. On y marche sur dix centimetres de guano noir et poisseux dans lequel grouillent des insectes.De retour ans la foret, un orage encore, le grand frere. Mes fringuent repandent maintenant une odeur nauseabonde et mes jambes sont sanguinolentes de sangsues.
Pour echapper au blabla sonore et incessant de l'anglaise, j'ai du fuir plus loin en avant sur le sentier, avec ce delicieux sentiment de solitude dans une foret epaisse et hostile. Mais rien de palpitant ne m'arrive... Un cobra a traversé le chemin quelques metres devant moi mais je crois qu'il etait le plus effrayé des deux.

Le soir suivant nous dormons perchés dans un abris d'observation en compagnie de papys allemands munis de leurs jumelles et de leurs manuels d'ornithologie. Apres mure reflexion j'ai fini par demander a l'anglaise de la fermer, tant pis pour la bienseance. La nuit tombe et c'est un nouveau concert qui debute, assoudissant. Je sais par avance que nous ne verront rien d'excitant mais l'atmosphere est magique, et le restera tant que l'anglaise se taira (as faaaaaar).
Slideshow Print this entry Jerantut hotels