De Banfora à Ouaga en car
Trip Start
Dec 09, 2007
1
83
97
Trip End
Mar 20, 2008
Ca y est, me voilà de retour à Ouaga avec sa pollution et ses embouteillages. J'ai avalé les 7 h de car entre Banfora et Ouaga via Bobo-Dioulasso plutôt bien !!! D'une vraie tuile et d'un retour obligé dans l'Afrique profonde, je vais essayer de tirer un récit illustrant la vie quotidienne locale. Finalement vous verrez que ça ne s'est pas si mal passé et que ça peut être même marrant.
Mais priorité, obtenir les visas demain et repartir au plus vite avec à nouveau les mêmes 7 heures de car. Au retour je m'attends quand même à de l'overdose d'Afrique profonde....
LE VAISSEAU DU GOUDRON
Pour faire le trajet Banfora-Ouagadougou, via Bobo-Dioulasso, pratiquement une seule solution : le car. La compagnie Rakietta est la meilleure du Burkina.
Le car partait dans l'heure qui suivait notre décision, alors vogue la galère pour 1000 km aller retour et quelques 14h de route.
Le premier car entre Banfora et Bobo au premier coup d'oeil est loin d'être en bon état. Je suis coincé à l'arrière et il y a du surbooking. Une dizaine de passagers feront les deux heures de voyage debout ou assis les uns sur les autres !! J'ai eu de la chance d'arriver suffisamment tôt et d'avoir une place. Dès les premiers tours de roues il se confirme que l'engin est vraiment brinquebalant. Heureusement je suis à une fenêtre qui ouvre et ventile correctement sauf lorsqu'il s'arrête. Et il s'arrête à tout bout de champ sans que je comprenne pourquoi car je ne peux rien voir de mon siège.
Les passagers appartiennent à la bourgeoisie provinciale et ils sont plutôt aisés car les billets sont (relativement) chers : 2000 F CFA (soit 20 anciens francs ou plutôt 1/6è de revenu mensuel moyen africain) jusqu'à Bobo plus 5000 F CFA jusqu'à Ouaga.
Le seul problème qui m'assaille se sont les odeurs fortes de mes différents voisins.
A la gare routière de Bobo, sorte de hub régional, changement de car et correspondance rapide puisque nous partons à deux heures pétantes.
Le second car est une surprise. C'est un car Pullmann en excellent état, avec places réservées, -la mienne est sur la banquette du fond, coté moteur, ce qui libère complètement mes genoux (MC comprendra)-. Il y a aussi un steward en uniforme (ainsi que le chauffeur) , un service de boissons fraîches, deux écrans vidéo, la climatisation (qui marche), des rideaux protecteurs de soleil...bref le super, super grand luxe !
Dés les premiers tours de roue je m'aperçois que le chauffeur a l'intention de respecter les horaires annoncés (5 h pour 400 km soit une moyenne de 80 km/h alors que Big Toy n'a jamais dépassé les 60/70 km/h de moyenne).
En effet dans ce Vaisseau du Goudron, on a affaire a un virtuose du klaxon. Ca passe ou ça casse. C'est même plutôt les trompettes d'Aïda et notre musicien se verrait bien dans l'orchestre de la Scala de Milan.
De plus je vois tout de suite que c'est un as du volant. Pas de limitations de vitesse ni sur route ni dans les nombreux villages qui se sont installés le long de la route. On klaxonne et ça s'écarte !!
Et notre musicien a le sens du rythme. Les chèvres ne l'impressionnent pas, deux petits coups et ça dégage. Pour les chiens il est un peu plus nerveux. Pour les moutons il insiste un peu et commence à monter dans les arpèges.
Les ânes sont les seuls à n'avoir droit à aucune mélodie. Rien ! J'ai vérifié et à chaque fois c'était la même chose. Rien de rien ! En fait notre chauffeur a compris depuis longtemps (cf. nos articles précédants) que quelle que soit la taille du véhicule, sa vitesse et son amplitude sonore, l'âne ne bouge pas. Alors les seules fois où il ralentissait c'était pour contourner les baudets inamovibles.
Une fois que j'ai eu assimilé les prouesses de notre champion et remarqué que tout se passait finalement bien, un peu rassuré, j'ai commencé à regarder mes voisins autour de moi.
Cette fois ci plus d'odeurs fortes mais plutôt des parfums de pacotille qui les masquaient. J'avais affaire à la bonne bourgeoisie de Bobo ou de Ouaga. Beaucoup de jeunes femmes bijoutées d'or et habillées de pagnes de luxe avec un bébé dans le dos et un à la main.
Franchement c'est plus commode comme organisation que la poussette-canne pliante, même si c'est une Babygros, une Carrera ou une Mac Laren. Les femmes africaines ont une dextérité à faire passer le gamin devant, derrière impressionnante.
Et puis les enfants africains sont sages comme des images. Bien habillés à l'européenne genre Bon Point évidemment fait sur place. Rien à voir avec les morveux insupportables des premières du TGV dont les parents se trouvent débordés dès le début du voyage par leurs deux braillards. Dans ce car, ça ne bronche pas tout au long des 7 heures de route !!. Une petite près de moi était malade, on lui a filé un bol en plastique et elle s'est débrouillée toute seule dans son coin. On n'élève jamais la voix et tout se passe bien. De plus ils sont vraiment mignons les petits.
On voit aussi des hommes dans le car, fonctionnaires et hommes d'affaires, avec des cartables, gros commerçants qui transportent souvent de grosses liasses de billets...
On nous l'a expliqué car dernièrement sur la même route entre Bobo et Ouaga, des coupeurs de routes ont attaqué un de ces cars en plein jour aux mêmes horaires que le mien, le forçant à s'arrêter, faisant descendre tous les passagers en les menaçant de leurs Kalach (c'est le terme utilisé localement).Tirant quelques rafales pour démontrer qu'ils ne rigolaient pas. Ils ont tous été dévalisés dont de gros commerçants transportant de grosses sommes d'argent et deux toubabs égarés comme moi dans cette galère...C'est le Far West mais j'attends sans impatience l'attaque de la diligence-Vaisseau du Goudron...Rassurez vous tout de suite elle ne viendra pas car l'armée s'est déployée le long des routes.
Mais le car au bout de deux heures de route, d'un seul coup réduit sa vitesse, redouble et accélère les partitions de klaxon car il arrive à Boromo, première étape du voyage.
La gare routière s'appelle Kilimandjaro ! Ca ne s'invente pas.
Tout le monde descend pour un petit pipi. Franchement les odeurs du lieu de convenance par plus de 40° à l'ombre (et il est en plein soleil), vous coupent toute envie. Mais il faut y aller quand même car il restera encore 3 heures de route.
Dans la deuxième partie du trajet on a droit à la vidéo. Elle saute toutes les 30 secondes mais ça a l'air de plaire. C'est du Sitcom local en français. Je n'y comprends rien mais ça fait rire mes voisins.
L'arrivée à Ouaga ressemble au passage d'un TGV en gare d'Aix en Provence. Il klaxonne et traverse à toute vitesse la médina grouillante, mais avertie et habituée. Il est un peu avant 7 heures et l'horaire est respecté.
Je suis un peu assommé par le bruit du moteur et par le concert de klaxon mais après une douche à mon hôtel je suis pratiquement prêt à repartir. Ca vaut mieux car c'est ce qui m'attend demain ou après demain selon le bon vouloir de l'ambassade de Côte d'Ivoire.
Mais priorité, obtenir les visas demain et repartir au plus vite avec à nouveau les mêmes 7 heures de car. Au retour je m'attends quand même à de l'overdose d'Afrique profonde....
LE VAISSEAU DU GOUDRON
Pour faire le trajet Banfora-Ouagadougou, via Bobo-Dioulasso, pratiquement une seule solution : le car. La compagnie Rakietta est la meilleure du Burkina.
Le car partait dans l'heure qui suivait notre décision, alors vogue la galère pour 1000 km aller retour et quelques 14h de route.
Le premier car entre Banfora et Bobo au premier coup d'oeil est loin d'être en bon état. Je suis coincé à l'arrière et il y a du surbooking. Une dizaine de passagers feront les deux heures de voyage debout ou assis les uns sur les autres !! J'ai eu de la chance d'arriver suffisamment tôt et d'avoir une place. Dès les premiers tours de roues il se confirme que l'engin est vraiment brinquebalant. Heureusement je suis à une fenêtre qui ouvre et ventile correctement sauf lorsqu'il s'arrête. Et il s'arrête à tout bout de champ sans que je comprenne pourquoi car je ne peux rien voir de mon siège.
Les passagers appartiennent à la bourgeoisie provinciale et ils sont plutôt aisés car les billets sont (relativement) chers : 2000 F CFA (soit 20 anciens francs ou plutôt 1/6è de revenu mensuel moyen africain) jusqu'à Bobo plus 5000 F CFA jusqu'à Ouaga.
Le seul problème qui m'assaille se sont les odeurs fortes de mes différents voisins.
Le car pas climatisé de Banfora à Bobo
Mais il n'y a que 85 km et c'est bouclé en une heure et 45 minutes.A la gare routière de Bobo, sorte de hub régional, changement de car et correspondance rapide puisque nous partons à deux heures pétantes.
Le second car est une surprise. C'est un car Pullmann en excellent état, avec places réservées, -la mienne est sur la banquette du fond, coté moteur, ce qui libère complètement mes genoux (MC comprendra)-. Il y a aussi un steward en uniforme (ainsi que le chauffeur) , un service de boissons fraîches, deux écrans vidéo, la climatisation (qui marche), des rideaux protecteurs de soleil...bref le super, super grand luxe !
Dés les premiers tours de roue je m'aperçois que le chauffeur a l'intention de respecter les horaires annoncés (5 h pour 400 km soit une moyenne de 80 km/h alors que Big Toy n'a jamais dépassé les 60/70 km/h de moyenne).
En effet dans ce Vaisseau du Goudron, on a affaire a un virtuose du klaxon. Ca passe ou ça casse. C'est même plutôt les trompettes d'Aïda et notre musicien se verrait bien dans l'orchestre de la Scala de Milan.
De plus je vois tout de suite que c'est un as du volant. Pas de limitations de vitesse ni sur route ni dans les nombreux villages qui se sont installés le long de la route. On klaxonne et ça s'écarte !!
Et notre musicien a le sens du rythme. Les chèvres ne l'impressionnent pas, deux petits coups et ça dégage. Pour les chiens il est un peu plus nerveux. Pour les moutons il insiste un peu et commence à monter dans les arpèges.
On charge!
Les zébus, il les voit de loin et c'est carrément du continuo. Lorsqu'il dépasse un taxi brousse pétaradant ou un camion à bout de souffle noyé dans ses échappements, ce sont des pizzicatos amicaux auxquels ni l'un ni l'autre ne peuvent répondre car ils n'ont plus de klaxon depuis longtemps. Mais les convoyeurs, accrochés sur le toit font des signes bienveillants et facilitent le passage du Vaisseau avec des regards admiratifs et envieux.Les ânes sont les seuls à n'avoir droit à aucune mélodie. Rien ! J'ai vérifié et à chaque fois c'était la même chose. Rien de rien ! En fait notre chauffeur a compris depuis longtemps (cf. nos articles précédants) que quelle que soit la taille du véhicule, sa vitesse et son amplitude sonore, l'âne ne bouge pas. Alors les seules fois où il ralentissait c'était pour contourner les baudets inamovibles.
Une fois que j'ai eu assimilé les prouesses de notre champion et remarqué que tout se passait finalement bien, un peu rassuré, j'ai commencé à regarder mes voisins autour de moi.
Cette fois ci plus d'odeurs fortes mais plutôt des parfums de pacotille qui les masquaient. J'avais affaire à la bonne bourgeoisie de Bobo ou de Ouaga. Beaucoup de jeunes femmes bijoutées d'or et habillées de pagnes de luxe avec un bébé dans le dos et un à la main.
Franchement c'est plus commode comme organisation que la poussette-canne pliante, même si c'est une Babygros, une Carrera ou une Mac Laren. Les femmes africaines ont une dextérité à faire passer le gamin devant, derrière impressionnante.
Quand faut y aller...
Et puis les enfants africains sont sages comme des images. Bien habillés à l'européenne genre Bon Point évidemment fait sur place. Rien à voir avec les morveux insupportables des premières du TGV dont les parents se trouvent débordés dès le début du voyage par leurs deux braillards. Dans ce car, ça ne bronche pas tout au long des 7 heures de route !!. Une petite près de moi était malade, on lui a filé un bol en plastique et elle s'est débrouillée toute seule dans son coin. On n'élève jamais la voix et tout se passe bien. De plus ils sont vraiment mignons les petits.
On voit aussi des hommes dans le car, fonctionnaires et hommes d'affaires, avec des cartables, gros commerçants qui transportent souvent de grosses liasses de billets...
On nous l'a expliqué car dernièrement sur la même route entre Bobo et Ouaga, des coupeurs de routes ont attaqué un de ces cars en plein jour aux mêmes horaires que le mien, le forçant à s'arrêter, faisant descendre tous les passagers en les menaçant de leurs Kalach (c'est le terme utilisé localement).Tirant quelques rafales pour démontrer qu'ils ne rigolaient pas. Ils ont tous été dévalisés dont de gros commerçants transportant de grosses sommes d'argent et deux toubabs égarés comme moi dans cette galère...C'est le Far West mais j'attends sans impatience l'attaque de la diligence-Vaisseau du Goudron...Rassurez vous tout de suite elle ne viendra pas car l'armée s'est déployée le long des routes.
Mais le car au bout de deux heures de route, d'un seul coup réduit sa vitesse, redouble et accélère les partitions de klaxon car il arrive à Boromo, première étape du voyage.
La gare routière s'appelle Kilimandjaro ! Ca ne s'invente pas.
On y va avec le sourire !!!
C'est effectivement un vrai volcan mais pas encore éteint. Ca fume de partout, d'abord les échappements des cars qui s'agglutinent les uns à coté des autres, puis aussi les marchands de frites, de poulets bicyclettes, de mouton et de tripes noyés dans l'huile bouillante. C'est la fête à Neu Neu ou les Sardinades de Port de Bouc en plus acre. (au fait bravo au maire communiste de Port de Bouc qui a fait 70% dès le premier tour...).Tout le monde descend pour un petit pipi. Franchement les odeurs du lieu de convenance par plus de 40° à l'ombre (et il est en plein soleil), vous coupent toute envie. Mais il faut y aller quand même car il restera encore 3 heures de route.
Dans la deuxième partie du trajet on a droit à la vidéo. Elle saute toutes les 30 secondes mais ça a l'air de plaire. C'est du Sitcom local en français. Je n'y comprends rien mais ça fait rire mes voisins.
L'arrivée à Ouaga ressemble au passage d'un TGV en gare d'Aix en Provence. Il klaxonne et traverse à toute vitesse la médina grouillante, mais avertie et habituée. Il est un peu avant 7 heures et l'horaire est respecté.
Je suis un peu assommé par le bruit du moteur et par le concert de klaxon mais après une douche à mon hôtel je suis pratiquement prêt à repartir. Ca vaut mieux car c'est ce qui m'attend demain ou après demain selon le bon vouloir de l'ambassade de Côte d'Ivoire.


Comments
autoroute
http://fr.allafrica.com/stories/200801080014.html
d'après l'information contenue dans le site ci dessus, les études pour la construction de l'autoroute ouest Afrique vont commencer. Elle reliera entre autres Bobo et Ouaga. Courage et patience... MC
Ca fait une diversion
ca change du confort douillet de Big Toy... LOL
Re: autoroute
Ils disent : 'L'ensemble de ce réseau routier va s'étendre entre le Bénin, le Burkina, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger, le Nigéria et le Togo'.
COOL!!!!!!! On pourra alors refaire tout le voyage en Jaguar ou en Cadillac...et voir 8 pays 8 jours....LOL
jalouse!
Ben oui, nous on voulait le faire le voyage en car!tant pis tu auras le privilège d'etre retourné à Ouaga sans nous.
Peut-etre voulais tu aller chez Ricardo..;juste te baigner dans sa superbe piscine?
Courage,ici il pleut on est tous malade,le Maroc est inondé le chauffage et le téléphone sont en panne§
La vie est belle et on pense à vous.
bizzzzz
Et moi je fais la gueule
Car je me suis distancée par les communistes, mais j'ai battu le maire sortant (qui m'avait piqué la place en 2005). Il a eu le culot ce matin de m'appeler pour me proposer une alliance avec lui comme maire. On croit rêver !!!
on en redemande
génial le récit.. mais je me demande ce que tu vas nous raconter pour le retour. j'ai compris que JPB a gardé l'appareil photo ? Donc pas de photos ? Dommage. On attend la suite avec impatience. Bonne chance pour les visas. MC
Re: Re: autoroute
Le problème sera de trouver la Cadillac ou la Jaguar. Il y a longtemps que celles-ci sont aux mains des dirigeants locaux!!! D toute façon, le jour où cet autoroute sera construite, il y a longtemps qu'il n'y aura plus de pétrole, ni d'essence!
carafon...!
Merci Gérard pour ce récit super et vivant!
Quel plaisir de te lire au matin.
Heureusement que l'on ne peut pas envoyer les odeurs sur le blog....!
Bonne chance et bon courage pour les visas!
Marc
PS Attention que big toy ne termine pas comme le toyota de la photo!