Cérémonie de funérailles Bobo à Bobo-Dioulasso
Trip Start
Dec 09, 2007
1
80
97
Trip End
Mar 20, 2008
Ca faisait 37 ans que je rêvais (c'est GG qui écrit) de ce qui nous est arrivé hier. Participer une deuxième fois à une (vraie) cérémonie animiste au sein d'un village. J'en avais vécu une en 1971, près de Bobo d'ailleurs, et cela m'avait laissé un souvenir impérissable. Je ressentais une certaine frustration de ne pas pouvoir en vivre une deuxième pendant notre voyage mais rareté de ces cérémonies, période mauvaise (trop tôt pour l'arrivée des pluies et trop tard pour les récoltes). Restaient les funérailles mais là il faut tomber dessus !!
Alors nous nous étions contenté du Festival de Masques de Dédougou. Pas si mal mais un peu artificiel.
Or hier matin, alors que je marchais près du vieux village Bobo de Bobo-Dioulasso (cf. article précédant) à la recherche du marché des potiers, des africains (pas très nets, un peu trop « rasta » à mon goût) m'ont accosté pour proposer d'assister à des funérailles rituelles qui devaient avoir lieu en fin d'après midi dans le vieux village
Mais des complications sont intervenues entre les gars en question, les guides officiels de notre hôtel (tout proche) et des palabres ont commencé entre eux. Comme nous n'y comprenions pas grand-chose on a craint l'arnaque et on a un peu zappé.
Mais en fin d'après midi, un africain (jamais vu) nous guettait à notre retour à l'hôtel et au moment de repartir (vers la piscine...) il s'est présenté, a indiqué qu'il était lui, natif du village, fils de forgeron, guide officiel de l'association des guides du village. Bref ils avaient fait le ménage entre eux. Après avoir discuté avec lui le prix du Dolo (bière de mil) à payer au chef de village (2000 F CFA) et sa prestation de guide (1000 F CFA) on décide d'y aller, le risque financier n'étant pas conséquent.
Au village tout proche, des centaines d'habitants arrivaient en même temps que nous et bientôt c'étaient des milliers... On nous a présenté au chef Griot (le patron des tam tam qui dirige l'ordonnancement des cérémonies et les danses des masques). On lui a donné notre obole. Notre guide Mamadou (donc musulman mais animiste avant tout) nous a expliqué que la caste des Griots était d'un rang supérieur à la sienne -celle des forgerons-.
Pour mémoire, il y a d'abord le chef de village et sa famille (c'est un peu le roi local avec princes, ducs etc...)
Cette hiérarchie est inamovible, figée, et bien sûr héréditaire. Bien structurée, solide, mais totalement inadaptée au monde moderne. C'est comme si on faisait un retour dans le temps plusieurs siècles en arrière.
Et cette hiérarchie se voit partout pendant les cérémonies. D'abord dans le placement. C'est une vraie bousculade autour de la place du village. Chacun essaie de prendre sa place en fonction de sa caste.
Mais nous sommes nous des VIP et placés au meilleur endroit, cad derrière les griots et près du chef du village et de sa famille (traduction : à Pleyel ce sont les fauteuils du premier rang d'orchestre, les places à 150 €). Mamadou fait dégager quelques personnes qui se trouvaient déjà là et nous installe à leur place manu militari, sur un banc qu'il transportait depuis un moment.
Nous voilà comme des princes aux premières loges
On nous explique qu'il s'agit bien des funérailles (un an après le décès) d'un homme âgé de 80 ans (environ), important car créateur d'une école toute proche qu'il dirigea, et également grand chasseur.
On entend les tam tam qui annoncent l'arrivée des Masques. Ce sont des masques fibres et feuilles. Ils arrivent de partout virevoltant, sautant, se roulant dans la poussière et dansant avec une frénésie que seuls les africains savent avoir. Ils effraient les petits, viennent se prosterner auprès des personnages importants et au rythme des tam tam se déchaînent pendant
les deux heures où nous allons assister aux cérémonies. C'est du théâtre vivant car tout le village participe. On ne comprend pas grand-chose aux différents phases qui s'enchaînent mais l'ambiance nous envoûte.
Certains sont déjà largement éméchés par le dolo qui coule à flot depuis le matin. Ils essaient eux aussi d'imiter les sauts, les cabrioles des masques mais se cassent la figure dans la foule qui entoure la place ( et la rétrécit petit à petit). Alors on fait intervenir les masques méchants qui attaquent brutalement les participants au fouet (évidemment ceux des castes inférieures qui sont moins bien placés alors que nous nous ne risquons rien..)
Puis intervient le chasseur qui tire un coup énorme de fusil à silex. Nuage de fumée et tour de l'assemblée en arborant la photo du défunt.
Une dizaine de nouveaux masques arrive avec de nouveaux rythme de tam tam. La cérémonie se poursuit dans la poussière de latérite soulevée par les danseurs. Le soir commence à arriver, les esprits s'échauffent, certains entrent en transe, le dolo ou d'autres produits font leurs effets... alors on nous conseille de nous retirer. Il va faire nuit, nous sommes un peu assommés et on en a largement profité.
Cette fois ci encore on a vécu un moment d'Afrique profonde. On nous invite à revenir le 04 avril prochain pour un retour de funérailles avec cette fois ci sortie des grands masques en bois et fibres Bobo. Dommage on sera repartis.
Alors nous nous étions contenté du Festival de Masques de Dédougou. Pas si mal mais un peu artificiel.
Or hier matin, alors que je marchais près du vieux village Bobo de Bobo-Dioulasso (cf. article précédant) à la recherche du marché des potiers, des africains (pas très nets, un peu trop « rasta » à mon goût) m'ont accosté pour proposer d'assister à des funérailles rituelles qui devaient avoir lieu en fin d'après midi dans le vieux village
Les griots
.Mais des complications sont intervenues entre les gars en question, les guides officiels de notre hôtel (tout proche) et des palabres ont commencé entre eux. Comme nous n'y comprenions pas grand-chose on a craint l'arnaque et on a un peu zappé.
Mais en fin d'après midi, un africain (jamais vu) nous guettait à notre retour à l'hôtel et au moment de repartir (vers la piscine...) il s'est présenté, a indiqué qu'il était lui, natif du village, fils de forgeron, guide officiel de l'association des guides du village. Bref ils avaient fait le ménage entre eux. Après avoir discuté avec lui le prix du Dolo (bière de mil) à payer au chef de village (2000 F CFA) et sa prestation de guide (1000 F CFA) on décide d'y aller, le risque financier n'étant pas conséquent.
Au village tout proche, des centaines d'habitants arrivaient en même temps que nous et bientôt c'étaient des milliers... On nous a présenté au chef Griot (le patron des tam tam qui dirige l'ordonnancement des cérémonies et les danses des masques). On lui a donné notre obole. Notre guide Mamadou (donc musulman mais animiste avant tout) nous a expliqué que la caste des Griots était d'un rang supérieur à la sienne -celle des forgerons-.
Pour mémoire, il y a d'abord le chef de village et sa famille (c'est un peu le roi local avec princes, ducs etc...)
les enfant attendent
. Oui, oui c'est encore le Moyen Age !. Puis la caste des Griots. Très importante car elle s'adresse directement au chef, peut lui dire ce qu'elle pense, dirige les cérémonies, fait la musique, et est également détentrice de la mémoire verbale du village. Puis vient la caste des forgerons, n°3 dans la hiérarchie. Elle forge notamment les armes et les outils, fabrique les masques et les entretient.Cette hiérarchie est inamovible, figée, et bien sûr héréditaire. Bien structurée, solide, mais totalement inadaptée au monde moderne. C'est comme si on faisait un retour dans le temps plusieurs siècles en arrière.
Et cette hiérarchie se voit partout pendant les cérémonies. D'abord dans le placement. C'est une vraie bousculade autour de la place du village. Chacun essaie de prendre sa place en fonction de sa caste.
Mais nous sommes nous des VIP et placés au meilleur endroit, cad derrière les griots et près du chef du village et de sa famille (traduction : à Pleyel ce sont les fauteuils du premier rang d'orchestre, les places à 150 €). Mamadou fait dégager quelques personnes qui se trouvaient déjà là et nous installe à leur place manu militari, sur un banc qu'il transportait depuis un moment.
Nous voilà comme des princes aux premières loges
Le responsable du protocole
.On nous explique qu'il s'agit bien des funérailles (un an après le décès) d'un homme âgé de 80 ans (environ), important car créateur d'une école toute proche qu'il dirigea, et également grand chasseur.
On entend les tam tam qui annoncent l'arrivée des Masques. Ce sont des masques fibres et feuilles. Ils arrivent de partout virevoltant, sautant, se roulant dans la poussière et dansant avec une frénésie que seuls les africains savent avoir. Ils effraient les petits, viennent se prosterner auprès des personnages importants et au rythme des tam tam se déchaînent pendant
les deux heures où nous allons assister aux cérémonies. C'est du théâtre vivant car tout le village participe. On ne comprend pas grand-chose aux différents phases qui s'enchaînent mais l'ambiance nous envoûte.
Certains sont déjà largement éméchés par le dolo qui coule à flot depuis le matin. Ils essaient eux aussi d'imiter les sauts, les cabrioles des masques mais se cassent la figure dans la foule qui entoure la place ( et la rétrécit petit à petit). Alors on fait intervenir les masques méchants qui attaquent brutalement les participants au fouet (évidemment ceux des castes inférieures qui sont moins bien placés alors que nous nous ne risquons rien..)
le fils du défunt
. Alors ce sont des disputes, des cris, des engueulades, on calme les masques méchants mais la place est faite.Puis intervient le chasseur qui tire un coup énorme de fusil à silex. Nuage de fumée et tour de l'assemblée en arborant la photo du défunt.
Une dizaine de nouveaux masques arrive avec de nouveaux rythme de tam tam. La cérémonie se poursuit dans la poussière de latérite soulevée par les danseurs. Le soir commence à arriver, les esprits s'échauffent, certains entrent en transe, le dolo ou d'autres produits font leurs effets... alors on nous conseille de nous retirer. Il va faire nuit, nous sommes un peu assommés et on en a largement profité.
Cette fois ci encore on a vécu un moment d'Afrique profonde. On nous invite à revenir le 04 avril prochain pour un retour de funérailles avec cette fois ci sortie des grands masques en bois et fibres Bobo. Dommage on sera repartis.

Comments
waouh
j'en suis KO debout de votre expérience et de votre récit. Envoutée peut être. La magie est arrivée jusqu'à moi. Est-ce par hasard vous n'auriez pas payé quelque marabout pour me marabouter ? Avez vous pris des engagements pour y retourner le 4 avril ????
bravo pour ce récit.
MC
conforme
Ton récit est parfaitement en phase avec mon vécu mais à l'époque il fallait être invité ...pas question d'assister à des funérailles moyennant qq billets chez des animistes purs et durs....je vois sur les photos que la marmaille est + qu'abondante!!quel avenir ??
Vous arrivez au bout du voyage
Il restera gravé dans vos mémoires...profitez-en
AU MAX
I am baba
de ce tu racontes GG...
Incroyable...!
Au secours on va craquer tellement c'est epoustouflant et merveilleux...! Vous êtes vraiment les meilleurs!
On a hâte d'entendre vos récits de vive voix mais y aura t'il assez de soirées?
merci merci merci....!
Marc
C'est encore plus beau !
Nous avons un peu retrouvé Dédougou mais on ressent une plus grande authenticité , on est dans le passionnel ... On aurait aimé y être encore. L'Afrique réserve tous les jours des surprises, cette cérémonie est sûrement une des plus belles !