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Trip Start Oct 11, 2008
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Trip End Nov 19, 2008


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Flag of Oman  ,
Thursday, November 20, 2008

Où l'on fait le bilan de ces deux dernières semaines et, ce faisant, de ce long voyage. L'idée première, majeure et fondamentale qu'il s'est agit de retenir à propos de la République Islamique est son égalite de statut d'avec la France ; je m'explique. Les recherches qui ont precedées le voyage ont été l'occasion de confirmer une vision quelque peu misérabiliste de l'Iran, en ce sens qu'on a décrit (et que je m'imaginais) le pays comme une petite nation, la traitant elle et ses habitants comme on le fait avec un jeune enfant ou un petit chien. L'Iran c'est si charmant!, et puis ces habitants, quelle gentillesse (alors que dans le fond ils ont peu d'argent et un regime préhistorique). J'ai moi même reproduit ce schema intellectuel les premiers jours, m'attendant à me faire inviter à la maison à tous les coins de rue et m'émerveillant de fait devant les similitudes qui, déjà, sautaient aux yeux. Qu'on se le dise, donc : l'Iran est un pays semblable à la France, dont la jeunesse partage les memes plaisirs, les memes aspirations et dont la vie au XXIe siecle est la même que chez nous. Cette surprenante "élévation" de statut du pays depuis une vaste campagne "arriérée" (au bon sens du terme ; un éxotisme qui convient d'ailleurs à des pays comme la Syrie ou la Jordanie) vers une nation "moderne" doit en outre beaucoup à la fantastique histoire du pays dont sa fabuleuse taille actuelle témoigne de la gloire ; sa très riche géographie ("le pays des 4 saisons", m'a-t-on tellement répété) lui donne en outre un charme indéniable qui ne se révèle qu'à force d'une longue exploration. Des 4 saisons ? Skier à Teheran et bronzer à Busher ? Bah comme en France, quoi. Comme en France, effectivement. 
              

Il y a un paquet de points sur lesquels il faudra revenir, des éléments que je n'ai qu'évoqués lorsque non-oubliés. Je reviens sur l'un d'entre eux, tellement parlant que l'omettre serait masquer ce qui, en Perse fait pour beaucoup figure de souffle organique ; j'entends la place, l'image et la situation de la femme en Iran comme révélateur extraordinaire de l'état du pays. Il faut evidemment ouvrir la réflexion par l'éradication des clichés : j'ai croisé moins de burkas (le tchador tête-aux-pieds couvrant même le visage) à Teheran qu'au Caire. La vieille femme completement voilée et marchant courbée éxiste, mais pour citer mon guide papier (qui sur ce point, se révèla juste), on a plutot affaire à l'exception qu'à la règle. Les régions rurales sont évidemment plus retranchées sur les trads, la religion etc et, ce faisant, davantage habitées par des femmes dont la vie est limitée au foyer et dont la "prédestination sociale" semble se lire sur le visage. Cette femme iranienne existe, il ne s'agit pas de le renier. Mais ce n'est pas LA femme iranienne, comme l'on ici tente d'analyser un pays dans son ensemble et, en particulier, un pans entier de sa population. L'iranienne a de fabuleux qu'elle vit avec une énergie supérieure dans un monde dominé par les hommes. Ce monde, cette société islamique j'entends, consacre de fait la suprématie du genre masculin à travers la loi et, ce faisant, ses grandes lignes sociales. Le concept se concrêtise sans aucune difficulté : aux commandes des taxis, des boutiques du bazar, des madrassas, des mosquées et des musées ne sont que des hommes, le genre masculin apparaissant dès lors comme une sorte d'"establishment" qu'il est donné comme indépassable aux femmes. Et, pour être honnète, qu'il semble bel et bien difficile de dépasser. La prouesse est d'autant plus fabuleuse que les rues iraniennes sont illuminées par les groupes d'étudiantes qui les traversent ; la vie vient de la femme. Elles sourient, rigolent, s'activent à côté d'hommes dont il semblerait que le pouvoir qu'on leur a transmis sans raison (comme cela, comme tel) constitue un "plafond d'humanité" dont l'expression est timide, fade, parfois meme aigrie (la domination a à ce titre fait en Iran un retour peu apprécié dans les relations sociales, en a témoigné l'épisode "âba-Esfahan"). La couleur, la vie de ces femmes dont on a decidé de consacrer par la loi une infériorité organique (sic) sont d'autant plus éclatantes à côté de ces iraniens dont les timides regards sont souvent illuminés au passage de quelques unes d'entre Elles. Précieuse révélation nocturne (la nuit tombée, on croise bien moins de femmes alors que les commerces tellement bruyants s'activent et que le noir gagne du terrain) en laquelle je trouvai, ce lundi a Shiraz, une ultime et puissante démonstration. Une leçon formidable dont les tenants sont, j'imagine, voués à eclater sur la place publique d'ici quelques années (la majorite des étudiants iraniens est aujourd'hui féminine). Ce qui m'amène à un second point. 

              

Probable deuxième image qui vient en tête, lorsque l'on évoque l'Iran, que celle d'une terrible dictature où les pasdarans et autres fachos en costumes religieux terrorisent au quotidien les (pauvres) iraniens décidement peu en jambe. Le rapport à la politique qu'ils entretiennent n'a cessé, a travers les nombreuses discussions que j'aie eues ici et la (conférant a ma reflexion un chouilla plus de crédibilite que mon precedent paragraphe, davantage produit d'une humble et modeste observation oculaire), de revenir dans le vaste cadre de l'observation et de la comprehension du pays dans sa complexité. Le brillant - anonyme - étudiant de Yazd me dît à ce propos que les iraniens ont cette blague selon laquelle si une femme ne peut fuir l'homme qui tente de la violer, autant qu'elle en profite. La situation en Iran n'est pas tout à fait celle-ci mais il y a une part de vérité dans cette anecdote d'un goùt douteux ; je souhaite écrire au nom d'une bonne partie du peuple iranien dont le regime, à la tendance liberticide certaine, ne convient guère. Il est surtout jeune, ne m'autorisant à parler pour eux que parce qu'ils se sont en partie confiés. On a imposé à la jeunesse iranienne un systême et des responsables politico-religieux qu'ils n'ont pas choisi et qui, particulièrement pour les femmes, exercent une pression que j'ai tendance a imager comme de modestes mais désagréables coups dans le bas du dos obligeant quelque peu à se courber pour en diminuer la douleur. Mais comme dans ce cyber café de la capitale où l'on brancha tranquillement (et en souriant) à mon poste une clé usb pour détourner la censure sévissant sur internet, les jeunes iraniens ont grandi dans cette légère mais permanente violence et, finalement, l'ont interiorisé. Il y a en parallèle de ce même processus une dépolitisation flagrante et la démonstration au quotidien qu'il est possible de vivre, étudier, rigoler et s'aimer sans que de vieux cons mettent des batons dans les roues ; pour autant qu'on ne se tient pas trop près les un(e)s des autres et que l'on ne souhaite pas consulter son profil Facebook. D'où ma conviction que le regime n'est pas près de basculer ; ce parce que la jeunesse iranienne s'en est tellement detachée... qu'il est en elle. Les femmes iraniennes, dans un formidable bras d'honneur aux mollahs, ont pour une bonne partie d'entre elles transformé le violent bout de tissu voué a cacher leurs cheveux en accessoire de mode aux couleurs, motifs et textures variés. Pas sùr qu'elles les abandonneraient si on leur en laissait le choix. 

              

Enfin, puisque ce voyage d'un chouilla plus de 45 jours s'est conclu, j'en viens aux enseignements tirés à mon propre propos. L'exceptionnelle manière dont j'ai vécu la partie iranienne à coté de la richesse du pays semble accréditer quelque peu la thèse imaginée en Syrie pour comprendre les "imprévus" ; et cependant plus je reviens sur ce voyage plus les souvenirs brillent, ayant retrouvé en chacune de mes étapes une beauté particuliere (la réflexion s'etait brillamment imposée au milieu du bordel cairote, le calme de Luxor m'apparaissant soudainement sublime). Bon, Petra ne rentre pas tout a fait dans ce constat. Mais mon arrêt dans la cite nabathéenne semble voué a contre-balancer le bonheur que j'eus a parcourir ces distances si longues, ces si magnifiques deserts auxquelles ont tellement bien repondues les montagnes iraniennes. Un voyage d'une beauté finalement fabuleuse et dont chacune des rencontres effectuées l'aida à gagner en puissance. 

              

Mais j'avais dit que je ne m'interdisais rien et que même, avec ma vision coloniale de l'Iran (je charrie un peu) m'étais-je imaginé possible de rester dans un village avec des bergers et des chèvres afghanes. S'il fut bien un enseignement progressivement (donc superbement) dégagé de ce voyage, c'est bien le caractere bourgeois au sens intellectuel du terme de ma personne. Perdu au fond du Liban comme dans le train Turque, pourtant jouissant comme jamais de cet environnement si nouveau que je découvrais avec un amour incessant, je n'ai jamais été aussi sùr que le plaisir suprême consiste en une certaine vie tranquille en France (Le Monde et internet pour savoir où va l'humanité, depuis le fond de mon lit lillo-parisien) qu'il est tellement beau de rompre par la découverte sur le terrain. Ayant d'abord longtemps imaginé que je pousserais loin mon "trip arabe", j'avais cependant bien realisé au moment du départ que ce voyage ne serait que le premier d'une longue liste, j'imagine sur le même (et glorieux) modèle (apprentissage de la langue + partir les mains dans les poches). L'envie n'en est aujourd'hui que plus grande, et le rendez-vous a déjà été pris avec Israël dès le prochain été. Le monde depuis Paris l'année, le monde par les pieds en vacances. Le programme a des airs d'oeuvre de toute une vie, j'aime bien l'idee. On commence avec Sciences-Po, annee 3 : Oman. 

              
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