Desperatly seeking desert
Trip Start
Oct 11, 2008
1
29
34
Trip End
Nov 19, 2008
L'extra-ordinaire géographie iranienne avait eu cet heureux effet, en début de voyage, d'accélérer la prise de conscience de l'"altérité" de la republique islamique ; un pays en soi, aux portes de l'Asie et définitivement distinct des voisins arabes. J'ai donc passé ces 10 premiers jours en quasi-permanente altitude, montant jusqu'à très haut à plusieurs reprises.. et c'est pas qu'il y ait un motif de plainte, mais les souvenirs heureux que j'ai gardé du Rum ou du Zur témoignent de l'amour que je porte au désert et, ce faisant, de l'once de nostalgie qui s'emparait de moi lorsque je parlait de mes aventures arabes aux collègues rencontrés ici. Le timing est assez bon, du coup, puisque je devait rejoindre Yazd après Esfahan et que la route comme la destination rongent largement sur l'un des deux énormes déserts qui constituent le centre iranien. En route, ce vendredi, enchanté par l'idée de retrouver ces longues étendues désespérement vides et sèches.

Je débutai par Toudeshq, petit village déjà bien aride et situé sur la route entre Esfahan et Yazd. Il faut en effet préciser que le temps coulant à vive allure et étant attendu à Mascate dans moins d'une semaine, je m'étais mis à compter les jours et, ce faisant, avais fait une croix sur une "vraie" excursion désertique, concrêtement éloignée des grands axes routiers. Mais on m'avait dit que Toudeshq c'est sympa et qu'y passer la nuit est une bonne idée ; arrivé dès la fin de matinée (lever très tôt), je n'eus pas besoin d'un long temps pour réaliser qu'il n'y avait pas masse à faire dans ce petit bled sympathique. Une petite ballade avec un "local" qui a monté une auberge d'accueil - hôtel desert-style, le déjeuner avec la ravissante famille mais, à vrai dire, l'excursion "dunes de sable" ne me tentait guère et je me dis que je ferais mieux de gagner Yazd plus tôt que prévu. Ce qui fut fait, un bus plein d'étudiants arrêté sur le bord de la route. J'attins Yazd la nuit à peine tombée.

Yazd est une petite ville très charmante, clairement divisée entre sa vieille partie (vieille de 7000 ans..) et le traditionnel quoi qu'ici modeste par la taille bordel urbain rythmé par les klaxons et les "ristouran". Il n'y a pas grand chose à dire sur ce dernier, peu amène et dont seuls quelques mosquées et un impressionnant complexe Amir Chakhmâgh dont j'eus l'accès semble-t-il exceptionnel (habituellement ouvert seulement durant la période du "no rouz" célébrant la nouvelle année) relèvent la saveur. Non, la ville dans la ville que constitue la "vieille ville" (appréciez l'effet) est bel et bien l'unique, vaste et si charmante attraction de Yazd dont j'ai parcouru les allées une bonne partie de ce samedi. Les étroites ruelles se répondent dans un silence remarquable que viennent troubler quelques fois une moto, une vieille femme ou des gosses jouant autour des nombreuses badgirs (tours permettant de capter le vent pour ventiler les maisons ; une clim à l'ancienne). Quelques monuments (une baraque Qazar, un musée ou la sublime Mosquée Principale datant d'un bon millénaire) viennent à peine troubler l'homogénéité de cette petite ville historique, dont le calme et les nombreuses maisons traditionnelles reconverties en superbes hôtels ont poussé vers le haut cette longue journée passée à pied, revenant souvent sur mes pas. Ce ne fut pas la nouvelle étape forte que j'imaginais ni le retour au désert que j'esperais mais, avant les derniers jours, un souffle très apprécié.

Je ne saurais enfin conclure sur cet épisode sans mentionner quelques superbes rencontres, surtout masculines (quoi que : je m'étais fait embarquer aux côtés d'une charmante iranienne à mon arrivée à Yazd, celle-ci concluant notre bref echange en fârsi par son numéro dans mon guide papier et, à l'oreille, "we can go out"). Je dînai ce samedi sur le toit d'un de ces hotels trads et l'heure tardive expliqua que je me retrouvai seul, sur la terrasse avec une superbe vue sur la Mosquee Jameh (en vo) et la musique dans le fond. Le jeune responsable de l'hôtel vînt à ma rencontre et, en français, me proposa de fumer le qalyan. Ces pipes à eau, cousines des nargileh, se consomment généralement non parfumée : j'en avais fait la douloureuse expérience dès Tabriz, une demi-heure après mon arrivée dans le souq. La séance fut cette fois plus agréable, calé dans un coin de la petite chambre du kopin (non sans que le souvenir des avances masculines d'Alep revienne soudainement) ; c'est surtout après l'arrivée de 3 autres compères et, allons-y, le thé, que la soirée prit une tournure particulièrement sympathique : l'un d'entre eux, dont la culture rivalisait avec sa maîtrise de la langue anglaise, me lança sur l'évolution idéologique du PS en France, l'état des relations religion-Republique et, mon intérêt énorme étant, faisait de même à propos de l'Iran (bien qu'il n'y ait pas de PS en Iran). La discussion, qui se poursuivit le lendemain soir à trois (promesse fut faite que j'allais changer d'hôtel pour la deuxième nuit!), aborda des sujets particulièrement sensibles et dont j'avais oublié l'intérêt dans mon voyage s'était "dépolitisé": les services secrets iraniens, la censure et les rapports de force politiques et idéologiques dans la région. Bluffé par l'explicitation depuis le terrain d'un paquet d'idées/de fantasmes alimentés en France par la presse/mon taff en Histoire (pêle mêle l'impuissance d'Ahmadinejad, les inquiétudes quant à la succession du Guide Suprême ou les arrestations d'étudiants), je regrettai de mettre un terme à la discussion tant le temps coulait et le programme du lendemain était chargé. Un point concrêt tout de même : dans la véranda du restaurant, l'aveu de mes deux kopins que le vieux type, dans la cuisine, bossait en outre pour les services de renseignement de la Republique Islamique ; c'est ce même bonhomme qui vînt nous prier de quitter les lieux, quelques minutes plus tard. Alors que le dialogue se poursuivit au dehors, je normalisai la baisse de ton voire même l'arrêt en cours de phrase lorsque le vieil ours passait dans la cour de l'hôtel ; "Take it easy", souria l'un des deux jeunes iraniens.

Je débutai par Toudeshq, petit village déjà bien aride et situé sur la route entre Esfahan et Yazd. Il faut en effet préciser que le temps coulant à vive allure et étant attendu à Mascate dans moins d'une semaine, je m'étais mis à compter les jours et, ce faisant, avais fait une croix sur une "vraie" excursion désertique, concrêtement éloignée des grands axes routiers. Mais on m'avait dit que Toudeshq c'est sympa et qu'y passer la nuit est une bonne idée ; arrivé dès la fin de matinée (lever très tôt), je n'eus pas besoin d'un long temps pour réaliser qu'il n'y avait pas masse à faire dans ce petit bled sympathique. Une petite ballade avec un "local" qui a monté une auberge d'accueil - hôtel desert-style, le déjeuner avec la ravissante famille mais, à vrai dire, l'excursion "dunes de sable" ne me tentait guère et je me dis que je ferais mieux de gagner Yazd plus tôt que prévu. Ce qui fut fait, un bus plein d'étudiants arrêté sur le bord de la route. J'attins Yazd la nuit à peine tombée.

Yazd est une petite ville très charmante, clairement divisée entre sa vieille partie (vieille de 7000 ans..) et le traditionnel quoi qu'ici modeste par la taille bordel urbain rythmé par les klaxons et les "ristouran". Il n'y a pas grand chose à dire sur ce dernier, peu amène et dont seuls quelques mosquées et un impressionnant complexe Amir Chakhmâgh dont j'eus l'accès semble-t-il exceptionnel (habituellement ouvert seulement durant la période du "no rouz" célébrant la nouvelle année) relèvent la saveur. Non, la ville dans la ville que constitue la "vieille ville" (appréciez l'effet) est bel et bien l'unique, vaste et si charmante attraction de Yazd dont j'ai parcouru les allées une bonne partie de ce samedi. Les étroites ruelles se répondent dans un silence remarquable que viennent troubler quelques fois une moto, une vieille femme ou des gosses jouant autour des nombreuses badgirs (tours permettant de capter le vent pour ventiler les maisons ; une clim à l'ancienne). Quelques monuments (une baraque Qazar, un musée ou la sublime Mosquée Principale datant d'un bon millénaire) viennent à peine troubler l'homogénéité de cette petite ville historique, dont le calme et les nombreuses maisons traditionnelles reconverties en superbes hôtels ont poussé vers le haut cette longue journée passée à pied, revenant souvent sur mes pas. Ce ne fut pas la nouvelle étape forte que j'imaginais ni le retour au désert que j'esperais mais, avant les derniers jours, un souffle très apprécié.

Je ne saurais enfin conclure sur cet épisode sans mentionner quelques superbes rencontres, surtout masculines (quoi que : je m'étais fait embarquer aux côtés d'une charmante iranienne à mon arrivée à Yazd, celle-ci concluant notre bref echange en fârsi par son numéro dans mon guide papier et, à l'oreille, "we can go out"). Je dînai ce samedi sur le toit d'un de ces hotels trads et l'heure tardive expliqua que je me retrouvai seul, sur la terrasse avec une superbe vue sur la Mosquee Jameh (en vo) et la musique dans le fond. Le jeune responsable de l'hôtel vînt à ma rencontre et, en français, me proposa de fumer le qalyan. Ces pipes à eau, cousines des nargileh, se consomment généralement non parfumée : j'en avais fait la douloureuse expérience dès Tabriz, une demi-heure après mon arrivée dans le souq. La séance fut cette fois plus agréable, calé dans un coin de la petite chambre du kopin (non sans que le souvenir des avances masculines d'Alep revienne soudainement) ; c'est surtout après l'arrivée de 3 autres compères et, allons-y, le thé, que la soirée prit une tournure particulièrement sympathique : l'un d'entre eux, dont la culture rivalisait avec sa maîtrise de la langue anglaise, me lança sur l'évolution idéologique du PS en France, l'état des relations religion-Republique et, mon intérêt énorme étant, faisait de même à propos de l'Iran (bien qu'il n'y ait pas de PS en Iran). La discussion, qui se poursuivit le lendemain soir à trois (promesse fut faite que j'allais changer d'hôtel pour la deuxième nuit!), aborda des sujets particulièrement sensibles et dont j'avais oublié l'intérêt dans mon voyage s'était "dépolitisé": les services secrets iraniens, la censure et les rapports de force politiques et idéologiques dans la région. Bluffé par l'explicitation depuis le terrain d'un paquet d'idées/de fantasmes alimentés en France par la presse/mon taff en Histoire (pêle mêle l'impuissance d'Ahmadinejad, les inquiétudes quant à la succession du Guide Suprême ou les arrestations d'étudiants), je regrettai de mettre un terme à la discussion tant le temps coulait et le programme du lendemain était chargé. Un point concrêt tout de même : dans la véranda du restaurant, l'aveu de mes deux kopins que le vieux type, dans la cuisine, bossait en outre pour les services de renseignement de la Republique Islamique ; c'est ce même bonhomme qui vînt nous prier de quitter les lieux, quelques minutes plus tard. Alors que le dialogue se poursuivit au dehors, je normalisai la baisse de ton voire même l'arrêt en cours de phrase lorsque le vieil ours passait dans la cour de l'hôtel ; "Take it easy", souria l'un des deux jeunes iraniens.

