Esfahan :)
Trip Start
Oct 11, 2008
1
28
34
Trip End
Nov 19, 2008
Ce qu'il y a de bien, avec les grandes villes mythiques, c'est que généralement elles sont au niveau de leur légende. Esfahan n'a pas echappé à cette douteuse généralité et, dans la lignée de ces derniers jours, a consisté en un arrêt dont les douceurs sont parties pour rester longtemps en mémoire.

L'aventure s'était pourtant mal engagée, ce mercredi matin. Trois éléments jouaient dans un même et problêmatique sens, les instances divines semblant s'être mises d'accord pour me mettre la fièvre. Le temps d'abord ; qu'il fasse froid n'est pas une surprise dans un pays dont j'ai depuis longtemps maintenant fait le deuil du soleil "à l'arabe", mais plus dérangeant était ce ton gris-blanc adopté par le ciel, bouchant les rayons solaires et, au delà du froid, donnant à la "moitié du monde" (nesfè djahan, pseudonyme voué à vanter l'immense qualité esthétique de la ville) des airs bien déprimants. Il y eut en outre le retour non-triomphal du mal de ventre touristique, la perspective de passer mon entière seconde semaine iranienne provoquant chez moi nombre de sueurs froides. Enfin, comme s'il fallait vraiment se taper ce froid, l'idée d'avoir revêtu mon abâ pour rester vivant est venue se briser à un mur iranien bien étonnant fait de regards très appuyés, de rires froids voire de basses reflexions. Je reviendrai plus longuement en fin de trajet sur cet épisode assez court dans le fond, mais révélateur d'une certaine vérité à propos du bien aimé peuple iranien. J'avais, en attendant, parcouru une bonne partie du nord de la vieille ville ce matin, découvrant quelques fabuleuses mosquées et un sympathique bazar.





C'est fabuleux comme la deuxième partie de cette première journée vit les choses se débloquer peu à peu pour, à terme, me laisser exploser de bonheur. Il y eut ce déjeuner dans une bicoque trad, surtout peuplée de touristes ; on m'avait je ne sais pourquoi calé dans un coin "côté iranien", si bien que lorsqu'elles arrivèrent peu après, les quatre jeunes iraniennes destinées à lancer ma réconciliation avec Esfahan s'installèrent en face de moi. Le déjeuner fut du coup assez glorieux, moins réussi d'un point de vue culinaire que social, les petits rires féminins (j'adore les petits rires féminins d'Iran) répondant à mes "tché tché hu hu hu" so french. Nous n'avons pas discuté du tout, donc, mais les echanges de regard m'ont rappelé au bon souvenir de Teheran et, surtout, m'ont donné une motivation amoureuse assez dense que j'eus la chance/le génie/le hasard d'user à la gloire d'Esfahan. Sortant du restau, ainsi, j'attaquai la visite de la Place "naqsè jahan", véritable tuerie touristique consistant en une place quasi pietonne que bordent trois sublimes monuments et que fontaines et jardins viennent relier en une classe rare. La mosquée Cheikh Lotfollah, aussi modeste qu'impressionnante visuellement, vouée surtout à un ancien pelerinage (en l'occurence celui des femmes du harem du Shah Abbas, début XVIIè ; c'est du propre) ; le Palais Ali Qapu, surplombant de sa terrasse la place et ancienne demeure royale (Shah Abbas premier toujours) ; l'immense Mosquée Imam, d'une taille, d'une beauté architecturale et d'un raffinement des décorations inimaginables et dont les photos rendent peu la beauté. A ce titre, d'une manière générale à propos de cette place grandiose, je n'avais jamais été autant frustré par l'imperfection de l'image ; j'ai bien tenté de saisir la beauté de ces lieux par la vidéo mais le résultat est trop indigne ! Restent ces quelques photos, alors ; et les mots ! Car si chacune des visites, la troisième particulièrement, ajoutait au charme du site, ce sont bel et bien les rencontres que j'ai faites, les brèves discussions avec iranien(ne)s ou autres touristes et arrêts-contemplation qui ont donné à l'après midi sa puissance folle ; à 16h30 réalisai-je que je n'avais pas quitté la place depuis le déjeuner. Le thé sur soleil couchant vînt clore la démonstration avec une terrible efficacité.








J'ai passé ce deuxième jour à Esfahan dans sa partie sud, une longue marche m'amenant jusqu'aux abords de la rivière Zayandeh. On m'avait parlé de son charme, de la beauté des ponts et de la tranquillité des environs ; dans ma tête, en chemin, c'était surtout histoire de faire le tour de la ville avant de retrouver la place en fin de journée. Du coup, quel plaisir ! Une eau sans trouble traversée par quelques sublimes ponts et ces iraniens tellement nombreux sur les rivages, à discuter parfois, à se perdre le regard surtout. L'incroyable qualité du temps (le signal avait été donné en fin de journée la veille) donnait, du coup, à ma seconde journée une dimension absolument point prévue et tout à fait jouissive. Le calme, les canards, le vert et même une charmante excursion dans le quartier arménien, me donnant l'occasion de rencontrer quelques chrétien(ne)s dont la beauté m'a rappelé Madaba, Beyrouth.






Alors quoi Esfahan, des ponts une place et on n'en parle plus ? Qu'on ne s'étonne pas dès lors que la tendance soit plutôt au dénigrement de son côté tout-touriste ? Et bien évidemment non, la ville s'étant avérée faire partie de ces lieux où, comme on dit, la somme de toutes les choses... C'est surtout ce nombre prodigieux de petites discussions avec des djeunz ; je réalisai en fin de journée dimanche que les dialogues avec les jeunes hommes (toujours en petits groupes, ces iraniens), bien plus sérieux et parfois même propices à l'echange de quelques reflexions profondes, étaient aussi jouissifs que le bonheur esthétique, dépassant rarement les quelques secondes, que m'ont offert tant de jeunes femmes. En mémoire restent tout de même ces deux gamins, à peine 15 ans et pour qui je justifiai pour la première fois mon rationnalisme religieux ; de l'un des deux de me parler de la beauté de l'Islam, de Khoda (Dieu) et de me montrer la place en me rappelant que c'est pour "Lui" que l'on a bâti tout cela. Et puis le dernier soir, peu après, invité après avoir fini mon sandwich à partager le dîner (cervelle de mouton) par les 3 djeunz tenant un fast food ; l'arrivée soudaine de touristes me propulsa de l'autre côté de la barrière, à préparer la bouffe avec eux. Comme dans le Wadi :)

L'aventure s'était pourtant mal engagée, ce mercredi matin. Trois éléments jouaient dans un même et problêmatique sens, les instances divines semblant s'être mises d'accord pour me mettre la fièvre. Le temps d'abord ; qu'il fasse froid n'est pas une surprise dans un pays dont j'ai depuis longtemps maintenant fait le deuil du soleil "à l'arabe", mais plus dérangeant était ce ton gris-blanc adopté par le ciel, bouchant les rayons solaires et, au delà du froid, donnant à la "moitié du monde" (nesfè djahan, pseudonyme voué à vanter l'immense qualité esthétique de la ville) des airs bien déprimants. Il y eut en outre le retour non-triomphal du mal de ventre touristique, la perspective de passer mon entière seconde semaine iranienne provoquant chez moi nombre de sueurs froides. Enfin, comme s'il fallait vraiment se taper ce froid, l'idée d'avoir revêtu mon abâ pour rester vivant est venue se briser à un mur iranien bien étonnant fait de regards très appuyés, de rires froids voire de basses reflexions. Je reviendrai plus longuement en fin de trajet sur cet épisode assez court dans le fond, mais révélateur d'une certaine vérité à propos du bien aimé peuple iranien. J'avais, en attendant, parcouru une bonne partie du nord de la vieille ville ce matin, découvrant quelques fabuleuses mosquées et un sympathique bazar.





C'est fabuleux comme la deuxième partie de cette première journée vit les choses se débloquer peu à peu pour, à terme, me laisser exploser de bonheur. Il y eut ce déjeuner dans une bicoque trad, surtout peuplée de touristes ; on m'avait je ne sais pourquoi calé dans un coin "côté iranien", si bien que lorsqu'elles arrivèrent peu après, les quatre jeunes iraniennes destinées à lancer ma réconciliation avec Esfahan s'installèrent en face de moi. Le déjeuner fut du coup assez glorieux, moins réussi d'un point de vue culinaire que social, les petits rires féminins (j'adore les petits rires féminins d'Iran) répondant à mes "tché tché hu hu hu" so french. Nous n'avons pas discuté du tout, donc, mais les echanges de regard m'ont rappelé au bon souvenir de Teheran et, surtout, m'ont donné une motivation amoureuse assez dense que j'eus la chance/le génie/le hasard d'user à la gloire d'Esfahan. Sortant du restau, ainsi, j'attaquai la visite de la Place "naqsè jahan", véritable tuerie touristique consistant en une place quasi pietonne que bordent trois sublimes monuments et que fontaines et jardins viennent relier en une classe rare. La mosquée Cheikh Lotfollah, aussi modeste qu'impressionnante visuellement, vouée surtout à un ancien pelerinage (en l'occurence celui des femmes du harem du Shah Abbas, début XVIIè ; c'est du propre) ; le Palais Ali Qapu, surplombant de sa terrasse la place et ancienne demeure royale (Shah Abbas premier toujours) ; l'immense Mosquée Imam, d'une taille, d'une beauté architecturale et d'un raffinement des décorations inimaginables et dont les photos rendent peu la beauté. A ce titre, d'une manière générale à propos de cette place grandiose, je n'avais jamais été autant frustré par l'imperfection de l'image ; j'ai bien tenté de saisir la beauté de ces lieux par la vidéo mais le résultat est trop indigne ! Restent ces quelques photos, alors ; et les mots ! Car si chacune des visites, la troisième particulièrement, ajoutait au charme du site, ce sont bel et bien les rencontres que j'ai faites, les brèves discussions avec iranien(ne)s ou autres touristes et arrêts-contemplation qui ont donné à l'après midi sa puissance folle ; à 16h30 réalisai-je que je n'avais pas quitté la place depuis le déjeuner. Le thé sur soleil couchant vînt clore la démonstration avec une terrible efficacité.








J'ai passé ce deuxième jour à Esfahan dans sa partie sud, une longue marche m'amenant jusqu'aux abords de la rivière Zayandeh. On m'avait parlé de son charme, de la beauté des ponts et de la tranquillité des environs ; dans ma tête, en chemin, c'était surtout histoire de faire le tour de la ville avant de retrouver la place en fin de journée. Du coup, quel plaisir ! Une eau sans trouble traversée par quelques sublimes ponts et ces iraniens tellement nombreux sur les rivages, à discuter parfois, à se perdre le regard surtout. L'incroyable qualité du temps (le signal avait été donné en fin de journée la veille) donnait, du coup, à ma seconde journée une dimension absolument point prévue et tout à fait jouissive. Le calme, les canards, le vert et même une charmante excursion dans le quartier arménien, me donnant l'occasion de rencontrer quelques chrétien(ne)s dont la beauté m'a rappelé Madaba, Beyrouth.






Alors quoi Esfahan, des ponts une place et on n'en parle plus ? Qu'on ne s'étonne pas dès lors que la tendance soit plutôt au dénigrement de son côté tout-touriste ? Et bien évidemment non, la ville s'étant avérée faire partie de ces lieux où, comme on dit, la somme de toutes les choses... C'est surtout ce nombre prodigieux de petites discussions avec des djeunz ; je réalisai en fin de journée dimanche que les dialogues avec les jeunes hommes (toujours en petits groupes, ces iraniens), bien plus sérieux et parfois même propices à l'echange de quelques reflexions profondes, étaient aussi jouissifs que le bonheur esthétique, dépassant rarement les quelques secondes, que m'ont offert tant de jeunes femmes. En mémoire restent tout de même ces deux gamins, à peine 15 ans et pour qui je justifiai pour la première fois mon rationnalisme religieux ; de l'un des deux de me parler de la beauté de l'Islam, de Khoda (Dieu) et de me montrer la place en me rappelant que c'est pour "Lui" que l'on a bâti tout cela. Et puis le dernier soir, peu après, invité après avoir fini mon sandwich à partager le dîner (cervelle de mouton) par les 3 djeunz tenant un fast food ; l'arrivée soudaine de touristes me propulsa de l'autre côté de la barrière, à préparer la bouffe avec eux. Comme dans le Wadi :)


