A first Syrian look
Trip Start
Oct 11, 2008
1
10
34
Trip End
Nov 19, 2008
Chem, Dumaschq, Dumascus, Damas nous y voici nous y voilà. J'ai passé la frontière dans un taxi collectif, faisant par là même la rencontre de deux jeunes jordaniens se rendant en Syrie pour 3 jours (un weekend à la campagne, surtout pour acheter des fringues moins cher qu'à Amman). Les formalités furent réglées anormalement vite, et j'étais, ce lundi 20 midi, booké dans un hôtel avec mes nouveaux collègues, prêt à découvrir la capitale. Un ultime mot sur la Jordanie tout de même, ayant fait lors de la dernière soirée une rencontre superbe avec Hazim, résidant à Baghdad, Irak. Je réalisai de fait, en route vers la Syrie le lendemain matin, que le conflit voisin prenait, avec ce voyage, une dimension particulièrement humaine, concrête. Difficile de ne pas avoir le vertige lorsqu'Hazim me proposait de passer le weekend chez lui ; c'est un peu chaud mais ca va, et puis pas besoin de visa il n'y a pas d'Etat. Bon. Une anecdote, également, plus légère, ayant passé la moitié de ma dernière nuit jordanienne à tenter de me débarasser de ces feuilles de menthe que je n'aurais pas du déguster avec l'hummus, lors du dîner de la veille. En Egypte le voyage pénible, en Jordanie le vomi ; j'ai presque peur à l'idée de quitter la Syrie demain !

Car en effet, je suis en partance pour le Liban. M'efforçant d'adopter une trajectoire continue lors de ce voyage (continuer vers l'avant, autrement dit), je me dirige vers 15 jours libano-syriens en zigzag, débutant vers l'ouest (Damas vers Beyrouth), redressant vers le nord est puis l'est syrien (Tripoli Homs Palmyre, peut être pousser jusqu'à l'Euphrate) avant de tracers vers le nord ouest du pays, jusqu'à Alep où je prendrai lundi 3 novembre le train qui me déposera en Iran. Mais j'en reviens au sujet du jour : la capitale syrienne. La comparaison avec le Caire est immédiate, inévitable, quoi que Damas s'est vite distinguée à mes yeux de son homologue egyptienne. Par la taille tout d'abord, de manière tout à fait frappante : Damas est une ville assez modeste, qui se parcourt facilement ; par le bruit également, d'un niveau absolument inférieur à la "mère du monde" (facile, d'un autre côté). Dans le même ordre d'idée, j'étais frappé par l'ordre apparent, presque la sérénité se dégageant des rues de Damas pour la plupart assez larges et ne donnant du coup aucunement l'impression de saturation propre à la plupart des grandes villes arabes que j'ai croisées sur ma route. Là surtout où la capitale syrienne se distingue, c'est par son incroyable histoire, longue de près de 5000 ans ; une longévité quasi-unique dans l'histoire de l'humanité, pourtant concrêtement traduite par une sorte de division de la medina entre la vieille ville, fortifiée (entourée d'imposants murs), et le reste, qui s'est développé surtout sous la dynastie Assad (en place depuis près d'un demi siècle si je ne m'abuse).


Un mot sur la vieille ville tout d'abord, assez merveilleuse. J'y passai ma journée entière, ce mardi, trainant mon djellabah (anachronique, en dehors de ces murs éternels) entre les souqs et les vieilles bicoques. Il y a un calme, tout d'abord, que favorise naturellement l'interdiction de circuler en voiture ; il y a le charme qu'exercent ces longues rues serrées, parfois complètement vides. Pour être tout à fait honnête, l'aspect particulièrement massif/bourrin des deux principaux souqs, couverts et organisés (une sorte d'hypermarché géant), en a limité le plaisir que j'eus à les parcourir ; qu'importe, puisqu'il y eut en outre l'impressionante mosquée Omeyyade, abritant le mausolée d'Hussein (fils d'Ali, le type au nom duquel fut provoqué la rupture chiisme/sunnisme), ou encore ce déjeuner dans l'arrière cour d'une baraque apparemment historique, avec des oiseaux qui chantent et la lumière qui se faufile. Mais pour être tout à fait honnête, ce n'est guère la vieille ville qui m'a le plus marqué en Damas. Le Caire, à vrai dire, met à l'amende sa cousine sur tous les points jusqu'ici abordés ! Non, là ou Damas emballe c'est dans son aussi improbable que réussie intégration au modèle urbain occidental : au delà de la vieille ville c'est donc place à de larges voies proprement tracées, les grands axes automobiles se croisant sur des places/carrefours massifs ; des banques partout, les boulevards arborant les facades de boutiques bourgeoises (fringues, voyages, produits de luxe) répondant aux petites ruelles traditionnelles. Beaucoup de restaurants, à côté des kebabs pignons sur rue. Mais surtout, et c'est pour ainsi dire ce qui me frappa le plus lors de ma longue exploration de la ville, hier soir, un immense complexe artistique (opéra-théatre "el Assad"), une imposante librairie nationale, un programme culturel digne d'une grande ville européenne (Damas est d'ailleurs capitale arabe de la culture pour 2008). Ne plus s'étonner de croiser des jeunes sapés comme à la maison, du coup ; cette proximité avec la société occidentale trouvait une illustration bienvenue, en fin de promenade, prenant un thé avant d'aller voir un film ("Kabari", une superbe ultime image du peuple égyptien à travers son cinéma) : la télévision du bar était branchée sur l'équivalent de MTV ici. Pendant près d'une demi heure se succédèrent clips identiques aux notres, le côté "biatch" en moins (les syriens n'ont pas leur Pussycat Dolls, par exemple) ; avant que le patron ne change pour un concert de musique trad, à la Oum Khalsoum (une chanteuse avec les ouds derrière et le public devant). La transition, cependant, s'était faite sans heurts : l'exemple restera probablement pertinent, lorsqu'il s'agira d'invoquer mes jolis souvenirs de Damas.


Car en effet, je suis en partance pour le Liban. M'efforçant d'adopter une trajectoire continue lors de ce voyage (continuer vers l'avant, autrement dit), je me dirige vers 15 jours libano-syriens en zigzag, débutant vers l'ouest (Damas vers Beyrouth), redressant vers le nord est puis l'est syrien (Tripoli Homs Palmyre, peut être pousser jusqu'à l'Euphrate) avant de tracers vers le nord ouest du pays, jusqu'à Alep où je prendrai lundi 3 novembre le train qui me déposera en Iran. Mais j'en reviens au sujet du jour : la capitale syrienne. La comparaison avec le Caire est immédiate, inévitable, quoi que Damas s'est vite distinguée à mes yeux de son homologue egyptienne. Par la taille tout d'abord, de manière tout à fait frappante : Damas est une ville assez modeste, qui se parcourt facilement ; par le bruit également, d'un niveau absolument inférieur à la "mère du monde" (facile, d'un autre côté). Dans le même ordre d'idée, j'étais frappé par l'ordre apparent, presque la sérénité se dégageant des rues de Damas pour la plupart assez larges et ne donnant du coup aucunement l'impression de saturation propre à la plupart des grandes villes arabes que j'ai croisées sur ma route. Là surtout où la capitale syrienne se distingue, c'est par son incroyable histoire, longue de près de 5000 ans ; une longévité quasi-unique dans l'histoire de l'humanité, pourtant concrêtement traduite par une sorte de division de la medina entre la vieille ville, fortifiée (entourée d'imposants murs), et le reste, qui s'est développé surtout sous la dynastie Assad (en place depuis près d'un demi siècle si je ne m'abuse).


Un mot sur la vieille ville tout d'abord, assez merveilleuse. J'y passai ma journée entière, ce mardi, trainant mon djellabah (anachronique, en dehors de ces murs éternels) entre les souqs et les vieilles bicoques. Il y a un calme, tout d'abord, que favorise naturellement l'interdiction de circuler en voiture ; il y a le charme qu'exercent ces longues rues serrées, parfois complètement vides. Pour être tout à fait honnête, l'aspect particulièrement massif/bourrin des deux principaux souqs, couverts et organisés (une sorte d'hypermarché géant), en a limité le plaisir que j'eus à les parcourir ; qu'importe, puisqu'il y eut en outre l'impressionante mosquée Omeyyade, abritant le mausolée d'Hussein (fils d'Ali, le type au nom duquel fut provoqué la rupture chiisme/sunnisme), ou encore ce déjeuner dans l'arrière cour d'une baraque apparemment historique, avec des oiseaux qui chantent et la lumière qui se faufile. Mais pour être tout à fait honnête, ce n'est guère la vieille ville qui m'a le plus marqué en Damas. Le Caire, à vrai dire, met à l'amende sa cousine sur tous les points jusqu'ici abordés ! Non, là ou Damas emballe c'est dans son aussi improbable que réussie intégration au modèle urbain occidental : au delà de la vieille ville c'est donc place à de larges voies proprement tracées, les grands axes automobiles se croisant sur des places/carrefours massifs ; des banques partout, les boulevards arborant les facades de boutiques bourgeoises (fringues, voyages, produits de luxe) répondant aux petites ruelles traditionnelles. Beaucoup de restaurants, à côté des kebabs pignons sur rue. Mais surtout, et c'est pour ainsi dire ce qui me frappa le plus lors de ma longue exploration de la ville, hier soir, un immense complexe artistique (opéra-théatre "el Assad"), une imposante librairie nationale, un programme culturel digne d'une grande ville européenne (Damas est d'ailleurs capitale arabe de la culture pour 2008). Ne plus s'étonner de croiser des jeunes sapés comme à la maison, du coup ; cette proximité avec la société occidentale trouvait une illustration bienvenue, en fin de promenade, prenant un thé avant d'aller voir un film ("Kabari", une superbe ultime image du peuple égyptien à travers son cinéma) : la télévision du bar était branchée sur l'équivalent de MTV ici. Pendant près d'une demi heure se succédèrent clips identiques aux notres, le côté "biatch" en moins (les syriens n'ont pas leur Pussycat Dolls, par exemple) ; avant que le patron ne change pour un concert de musique trad, à la Oum Khalsoum (une chanteuse avec les ouds derrière et le public devant). La transition, cependant, s'était faite sans heurts : l'exemple restera probablement pertinent, lorsqu'il s'agira d'invoquer mes jolis souvenirs de Damas.



