Shanguil Tobay
Trip Start
May 16, 2006
1
26
47
Trip End
Jul 09, 2007
Shanguil Tobay, Nord Darfour
Je ne peux pas vous dire combien je suis contente de ma première vraie semaine sur le terrain! C'est sans doute la meilleure décision que j'ai prise depuis mon arrivée et mon seul regret est de ne pas l'avoir fait plus tôt!
Donc, pour vous situer un peu, nos programmes au Nord Darfour ne sont pas vraiment situés à El Fasher, mais bien autour de Shanguil Tobay (ST), qui se trouve entre El Fasher (EF) et Nyala (NY).
Bon, c'est le Darfour, donc la situation Sécurité n'est pas toujours idéale et la communication est toujours difficile, par radio, Internet ou satellite. On a donc une sous-base qui nous permet d'éviter les déplacements et d'être un peu plus proches des déplacés (IDPs), ce qui est un gros avantage pour la sécurité
À ST, il y a un camp d'environs 30000 IDPs, et le camps de Shadad à côté avec plus ou moins 10000 IDPs. On y a des programmes de Food Aid (distribution générale de bouffe), de sécurité alimentaire (aide à la relance agricole, évaluations, etc.) et la fameuse Watsan (water and sanitation, la flotte et les chiottes). Tout ça coordonné par un expat dévoué.
Je suis donc partie le samedi de Khartoum pour El-Fasher : accueil des plus chaleureux par une équipe merveilleuse! Le lendemain, départ pour Le Terrain. Paul me laisse m'asseoir en avant dans le Land Rover : que demander de plus? J'avoue qu'un petit côté de moi a un peu peur. Contrairement à Nyala, je me suis sentie beaucoup plus proche du conflit. En ville, on voyait facilement des gros camions remplis de miliciens SLA, avec leur AK-47 et enrobés de leur « turbans » et surtout des grigris, des amulettes sensées protéger de tout ou presque, des balles comme des scorpions. Mon premier soir à EF, j'ai eu la peur de ma vie en enttendant les vitres et tout « shaker » alors qu'un avion Antonov survolait à très basse altitude!
Mais après avoir être sortis de la ville, on était sur de la piste et du sable et là, c'était trop beau
La vie à ST est assez basic : on mange exactement la même chose à la même heure à chaque jour. La fatour, ou déjeûner, à 11h30 à la Station, un genre d'arrêt pour camionneurs à la Soudanaise, donc abri de paille et grandes assiettes communes mangées de la main droite. Puis le soir, on mange du poulet à la sauce, de la salade, des patates, et c'est tout. C'est bon, c'est un peu platte, mais c'est pas grave, car l'air est frais, le ciel est bleu est la satisfaction du travail accompli nourrit plus qu'on ne le croirait.
Alors oui, j'étais bien partie pour travailler, malgré tout le fun qu'on a eu!
Le lendemain de notre arrivée, on part voir la watsan en train de forer un puit. On arrive et l'homme en charge nous regarde avec un grand sourire et nous dit : « l'eau arrive dans 5 minutes. » OK, mes espoirs ne sont pas très hauts parce que la watsan n'est vraiment pas un truc prévisible. Mes bons, on me montre tous les gadgets : le compresseur, le camion, la PAD drill, le coffrage d'un autre puit, sans parler de tous les tuyaux. Je serre la main à tout le monde, on m'explique comment ça marche et puis, 5 minutes plus tard, ou peut-être 6, l'eau arrive ! Hallelujah ..
On est resté encore pour voir comment on installait une pompe, parler à l'équipe et manger un peu de canne à sucre, puis on est allé à la fameuse Station prendre la fatour.
De retour à la guest, on prend ça cool ... c'est pas tous les jours qu'on a le temps de respirer au Darfour!
Petite parenthèse, pour ceux qui se plaignent de l'hiver canadien : il fait également froid au Darfour. Thermomètre à l'appui, une température de 15C au réveil ... vive les couvertures ! Et surtout, vive le tonneau d'eau mis au soleil toute la journée, sans quoi les douches au seau seraient juste trop cruelles! Mais non, il fait entre 35C et 40C le jour, donc quand le temps de la douche arrive, c'est parfait! Qui l'aurait cru?
Le lendemain, c'est le temps de la food distribution à Shadad. Je pensais vous expliquer en détails comment ça se passe, mais honnêtement, je ne pense pas que la logistique vous intéresse tant que ça. Disons simplement qu'en une journée, il faut enregistrer, vérifier, distribuer et gérer pour 10000 personnes! Notre technique consiste à distribuer des « heaps » bons pour des groupes de 60 personnes, elles-mêmes représentées par environ 10 personnes. Des tonnes et des tonnes de millet, sorgho, CSB (Corn Soya Blend) et l'huile, gracieuseté du Programme Alimentaire Mondial (PAM ou WFP en anglais), via les surplus subventionnés des cultivateurs américains ... ça, c'est un autre débat.
Bref, une opération de taille ou le chaos peut facilement se manifester. MAIS on fait tellement bien ça que ça n'arrive pas! Le seul détail était au niveau de l'enregistrement où ça traînait un peu parce qu'il manquait du staff, alors j'ai prêté mains fortes, avec ce cher Paul, et dans le temps de le dire, on a enregistré tout ce beau monde
Toutes ces belles femmes, je devrais dire. Car les hommes, ils n'y étaient pas! On peut spéculer sur la raison, les locaux nous ont dit qu'ils étaient aux champs ou sous un arbre en train de parler ... Bref, ces femmes magnifiques et courageuses, drapées de couleurs et d'enfants, transportaient des sacs de 50 kg sur leur tête, le sourire aux lèvres. C'est LA grande leçon de cette visite : ces femmes sont incroyables! Elles sont l'avenir! Elles sont merveilleuses!
Une journée forte en émotions sous le soleil, toujours dans un paysage très « Star Wars Episode 1».
Dernière journée, on part à l'aventure avec la sécurité alimentaire. Ça devait prendre une demi-heure pour se rendre dans un petit village et faire un focus group relié à une prochaine évaluation post-récolte. 1 heure 30 plus tard, on arrive dans un village perdu : génial! Plus on roulait, plus on se disait qu'on était en train de se perdre et que ce n'était pas très safe, mais c'était si beau et le conducteur était si déterminé! Balade inoubliable, donc, mais visite au village très courte due au retard. Retour à la hâte avec une pause pour voir des vaches se faire vacciner et puis dernière fatour à la Station avant le retour à EF.
Ce fût trop vite et j'espère vraiment que j'aurai la chance d'y retourner
J'ai passé jeudi en réunion de coordination Darfour, un vendredi paresseux à profiter des amis et du fait qu'il fait bon au soleil à EF. Petite fête le vendredi où j'ai définitivement renoncé aux « boissons locales »! Retour samedi et dimanche, j'étais de retour au travail!
Ah, le travail! C'est fou ces temps-ci !!! J'avais 200 emails en revenant, comme Internet ne fonctionnait pas du tout là-haut. J'ai environs 40 documents à lire et commenter pour pouvoir les défendre devant les bailleurs. En plus, j'ai mon travail habituel, les meetings et les urgences quotidiennes. La bonne nouvelle, j'imagine, c'est que depuis le 15 novembre, je ne suis plus stagiaire!!! Je suis officiellement une « volontaire » ACF, ce qui veut dire que je reçois une indemnité, et non un salaire, qui n'est donc pas taxable, si je ne me trompe. C'est un bon début. J'ai un contrat français, alors j'ai bien hâte de voir le bordel bureaucratique que ça va être, mais bon, je ne me plains pas.
Je vous confirme aussi mon retour sur Montréal pour 2 semaines, le 16 décembre à 17h00 via Amsterdam, sur KLM. Je repars le 3 janvier pour un autre 6 mois au Soudan ... c'est fou ce travail, mais je commence juste à me sentir à mon aise, alors je veux voir ce qui m'attend après ça.
Bon, assez pour aujourd'hui! À bientôt à Montréal !
Je ne peux pas vous dire combien je suis contente de ma première vraie semaine sur le terrain! C'est sans doute la meilleure décision que j'ai prise depuis mon arrivée et mon seul regret est de ne pas l'avoir fait plus tôt!
Donc, pour vous situer un peu, nos programmes au Nord Darfour ne sont pas vraiment situés à El Fasher, mais bien autour de Shanguil Tobay (ST), qui se trouve entre El Fasher (EF) et Nyala (NY).
Bon, c'est le Darfour, donc la situation Sécurité n'est pas toujours idéale et la communication est toujours difficile, par radio, Internet ou satellite. On a donc une sous-base qui nous permet d'éviter les déplacements et d'être un peu plus proches des déplacés (IDPs), ce qui est un gros avantage pour la sécurité
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. C'est une sous-base, on part donc le dimanche et de retour le jeudi, à peu près.À ST, il y a un camp d'environs 30000 IDPs, et le camps de Shadad à côté avec plus ou moins 10000 IDPs. On y a des programmes de Food Aid (distribution générale de bouffe), de sécurité alimentaire (aide à la relance agricole, évaluations, etc.) et la fameuse Watsan (water and sanitation, la flotte et les chiottes). Tout ça coordonné par un expat dévoué.
Je suis donc partie le samedi de Khartoum pour El-Fasher : accueil des plus chaleureux par une équipe merveilleuse! Le lendemain, départ pour Le Terrain. Paul me laisse m'asseoir en avant dans le Land Rover : que demander de plus? J'avoue qu'un petit côté de moi a un peu peur. Contrairement à Nyala, je me suis sentie beaucoup plus proche du conflit. En ville, on voyait facilement des gros camions remplis de miliciens SLA, avec leur AK-47 et enrobés de leur « turbans » et surtout des grigris, des amulettes sensées protéger de tout ou presque, des balles comme des scorpions. Mon premier soir à EF, j'ai eu la peur de ma vie en enttendant les vitres et tout « shaker » alors qu'un avion Antonov survolait à très basse altitude!
Mais après avoir être sortis de la ville, on était sur de la piste et du sable et là, c'était trop beau
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! Non, je n'ai pas oublié le conflit et pourquoi j'ai un travail, mais n'empêche que de passé de peur à émerveillement et même liberté, c'est une drôle de transition. Je me suis rappellée ma première fois sur le terrain au Sri Lanka, comment j'évaluais ma sécurité par rapport au temps qui me séparait de l'aéroport le plus proche et comment je m'étais endormie d'épuisement ... mon premier soir à ST, je me suis endormie franchement heureuse. Heureuse de trouver autant de vie dans le Darfour, heureuse de me sentir à mon aise aussi loin de tout, moi qui rêve franchement à mes talons hauts et mon coiffeur ici en ville!La vie à ST est assez basic : on mange exactement la même chose à la même heure à chaque jour. La fatour, ou déjeûner, à 11h30 à la Station, un genre d'arrêt pour camionneurs à la Soudanaise, donc abri de paille et grandes assiettes communes mangées de la main droite. Puis le soir, on mange du poulet à la sauce, de la salade, des patates, et c'est tout. C'est bon, c'est un peu platte, mais c'est pas grave, car l'air est frais, le ciel est bleu est la satisfaction du travail accompli nourrit plus qu'on ne le croirait.
Alors oui, j'étais bien partie pour travailler, malgré tout le fun qu'on a eu!
Le lendemain de notre arrivée, on part voir la watsan en train de forer un puit. On arrive et l'homme en charge nous regarde avec un grand sourire et nous dit : « l'eau arrive dans 5 minutes. » OK, mes espoirs ne sont pas très hauts parce que la watsan n'est vraiment pas un truc prévisible. Mes bons, on me montre tous les gadgets : le compresseur, le camion, la PAD drill, le coffrage d'un autre puit, sans parler de tous les tuyaux. Je serre la main à tout le monde, on m'explique comment ça marche et puis, 5 minutes plus tard, ou peut-être 6, l'eau arrive ! Hallelujah ..
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. ou comme on dit ici : Al Hamdulilah !On est resté encore pour voir comment on installait une pompe, parler à l'équipe et manger un peu de canne à sucre, puis on est allé à la fameuse Station prendre la fatour.
De retour à la guest, on prend ça cool ... c'est pas tous les jours qu'on a le temps de respirer au Darfour!
Petite parenthèse, pour ceux qui se plaignent de l'hiver canadien : il fait également froid au Darfour. Thermomètre à l'appui, une température de 15C au réveil ... vive les couvertures ! Et surtout, vive le tonneau d'eau mis au soleil toute la journée, sans quoi les douches au seau seraient juste trop cruelles! Mais non, il fait entre 35C et 40C le jour, donc quand le temps de la douche arrive, c'est parfait! Qui l'aurait cru?
Le lendemain, c'est le temps de la food distribution à Shadad. Je pensais vous expliquer en détails comment ça se passe, mais honnêtement, je ne pense pas que la logistique vous intéresse tant que ça. Disons simplement qu'en une journée, il faut enregistrer, vérifier, distribuer et gérer pour 10000 personnes! Notre technique consiste à distribuer des « heaps » bons pour des groupes de 60 personnes, elles-mêmes représentées par environ 10 personnes. Des tonnes et des tonnes de millet, sorgho, CSB (Corn Soya Blend) et l'huile, gracieuseté du Programme Alimentaire Mondial (PAM ou WFP en anglais), via les surplus subventionnés des cultivateurs américains ... ça, c'est un autre débat.
Bref, une opération de taille ou le chaos peut facilement se manifester. MAIS on fait tellement bien ça que ça n'arrive pas! Le seul détail était au niveau de l'enregistrement où ça traînait un peu parce qu'il manquait du staff, alors j'ai prêté mains fortes, avec ce cher Paul, et dans le temps de le dire, on a enregistré tout ce beau monde
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.Toutes ces belles femmes, je devrais dire. Car les hommes, ils n'y étaient pas! On peut spéculer sur la raison, les locaux nous ont dit qu'ils étaient aux champs ou sous un arbre en train de parler ... Bref, ces femmes magnifiques et courageuses, drapées de couleurs et d'enfants, transportaient des sacs de 50 kg sur leur tête, le sourire aux lèvres. C'est LA grande leçon de cette visite : ces femmes sont incroyables! Elles sont l'avenir! Elles sont merveilleuses!
Une journée forte en émotions sous le soleil, toujours dans un paysage très « Star Wars Episode 1».
Dernière journée, on part à l'aventure avec la sécurité alimentaire. Ça devait prendre une demi-heure pour se rendre dans un petit village et faire un focus group relié à une prochaine évaluation post-récolte. 1 heure 30 plus tard, on arrive dans un village perdu : génial! Plus on roulait, plus on se disait qu'on était en train de se perdre et que ce n'était pas très safe, mais c'était si beau et le conducteur était si déterminé! Balade inoubliable, donc, mais visite au village très courte due au retard. Retour à la hâte avec une pause pour voir des vaches se faire vacciner et puis dernière fatour à la Station avant le retour à EF.
Ce fût trop vite et j'espère vraiment que j'aurai la chance d'y retourner
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. J'ai cependant compris que la prochaine mission - oui, oui, je continue - sera sur le terrain. Assez de capitale pour moi, je vous le jure!J'ai passé jeudi en réunion de coordination Darfour, un vendredi paresseux à profiter des amis et du fait qu'il fait bon au soleil à EF. Petite fête le vendredi où j'ai définitivement renoncé aux « boissons locales »! Retour samedi et dimanche, j'étais de retour au travail!
Ah, le travail! C'est fou ces temps-ci !!! J'avais 200 emails en revenant, comme Internet ne fonctionnait pas du tout là-haut. J'ai environs 40 documents à lire et commenter pour pouvoir les défendre devant les bailleurs. En plus, j'ai mon travail habituel, les meetings et les urgences quotidiennes. La bonne nouvelle, j'imagine, c'est que depuis le 15 novembre, je ne suis plus stagiaire!!! Je suis officiellement une « volontaire » ACF, ce qui veut dire que je reçois une indemnité, et non un salaire, qui n'est donc pas taxable, si je ne me trompe. C'est un bon début. J'ai un contrat français, alors j'ai bien hâte de voir le bordel bureaucratique que ça va être, mais bon, je ne me plains pas.
Je vous confirme aussi mon retour sur Montréal pour 2 semaines, le 16 décembre à 17h00 via Amsterdam, sur KLM. Je repars le 3 janvier pour un autre 6 mois au Soudan ... c'est fou ce travail, mais je commence juste à me sentir à mon aise, alors je veux voir ce qui m'attend après ça.
Bon, assez pour aujourd'hui! À bientôt à Montréal !
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