Des bus nommés "soupirs"

Trip Start Oct 17, 2007
1
17
53
Trip End Apr 04, 2008


Loading Map
Map your own trip!
Show trip route
Hide lines
shadow

Flag of Argentina  ,
Saturday, December 8, 2007

En Equateur et au Pérou, il n'y a aucune infrastructure ferroviaire (peut-être pour éviter les grèves ?). Dans ces pays, le moyen de transport roi, c'est le BUS. C'est donc notre moyen de transport, celui qui nous permet d'aller d'une ville à une autre avec le plus de facilités. Ou plutôt, le moins de difficultés. Car un voyage en bus dans les pays andins, c'est plus qu'un voyage, c'est un pèlerinage. Continuons donc notre série « c'est comment le quotidien ? », en vous racontant un vrai voyage en bus d'ici, le best-of du 100% typiquement typique.
 
Le voyage en bus commence... à la gare routière de la compagnie, ou au terminal terrestre. Il faut trouver le chemin du guichet au milieu d'une foule compacte, désordonnée, qui transporte des kilos et des kilos de marchandises diverses et variées. Acheter les billets est finalement tellement facile que nous n'allons même pas en parler. 
Quelle belle flotte !
Quelle belle flotte !
Maintenant, il faut trouver le bus : facile, c'est celui qui a des autocollants de toutes les couleurs partout. Moins facile, ils sont tous comme ça.
 
20 minutes avant le départ, on donne nos bagages à un petit bonhomme qui va charger tout ça dans les soutes, au milieu des affaires des autres passagers - cartons éventrés, sacs troués, planches de bois diverses, encadrements de portes et de fenêtres (si si), nourriture genre maïs, ... Pendant que Vanessa monte dans le bus pour occuper nos places, je reste sur le quai pour vérifier que les sacs restent bien dans la soute, et que d'autres petites mains ne s'occupent pas de les vider - par l'autre coté du bus, par exemple.
J'en profite pour admirer le valeureux mais fatigué destrier qui va nous transporter sur quelques centaines de kilomètres, par delà les montagnes, les nids de poule, et les troupeaux de chèvres qui traversent la route sans prévenir. C'est très souvent un modèle ancien, voire inconnu. Peinturluré comme un marchand de glaces napolitain, il porte fièrement le nom de la compagnie en lettres d'or (ou d'argent, ou vert fluo) sur ses flancs. De multiples autocollants courent sur les vitres, vantant tour à tour les mérites de MacLaren, Ferrari, Sparrco, Pioneer, bref, des marques qui ont beaucoup contribué au développement des bus andins, comme vous pouvez l'imaginer. On irait jusqu au bout du monde
On irait jusqu au bout du monde
 
Avant de monter, je vérifie que.. ouuuiiiiii, les pneus sont bien lisses, ca doit être pour favoriser l'adhérence sur les pistes.
 
A l'heure du départ, lorsque le conducteur commence a faire vrombir le moteur, soit avec entre 10 et 40 minutes de retard, je rejoins Vanessa dans le bus.
 
Seul maitre a bord apres Dieu
Seul maitre a bord apres Dieu
  L'occasion de se recueillir dans la cabine du conducteur, souvent transformée en chapelle roulante : autocollants et statues en plastique de la vierge et du christ, représentation de plusieurs saints, petits drapeaux flottants aux couleurs du pays, autres banderolles de toutes les couleurs, dais de velours rouge sur le tableau de bord ou accroché au pare-brise proclamant la bénediction de Copacabana. Je ne sais pas comment le pilote (dans ces conditions, c'est plus qu'un chauffeur) voit la route, c'est peut-être pour ca qu'il klaxonne tant... En tout cas, au hit parade des assurances automobiles, on retrouve : la Virgen (=vierge) de Copacabana, puis la Virgen del Cisne, suivie de près par la Virgen de Guadalupe. Carton plein pour Marie, une reconversion réussie, bravo à elle ! Quand on rentre dans le bus, on y croit tous
Quand on rentre dans le bus, on y croit tous

 
Après tant de génuflexions, c'est tout juste si je parviens à mon siège avant que des marchands n'entrent en trombe pour nous proposer tout ce qui pourrait nous manquer : sodas, empanadas de pollos, glaces, repas chaud dans des sachets en plastique (avec Riz, pommes de terre, etc, vous imaginez l'odeur...) sans oublier les colliers et bracelets qui portent chance, et les pierres qui soignent de l'altitude. C'est la liesse...
C'est la liesse...
Le grand coup d'accélérateur que met le pilote agit comme la sonnerie d'une école sur une classe de CM2, tous les non voyageurs sortent du bus en courant.
 
Le bus est en général plein quand on part de la gare routière. Heureusement, car il arrive parfois que le bus ne démarre pas... l'ensemble de la clientèle masculine est donc prié de sortir du bus pour le... POUSSER sur le tarmac du terminal, et lui donner l'élan suffisant pour démarrer.
 
Voila, ca y est, on est dedans, tout marche bien, on croit être tranquille. Pourtant, 50m après la gare, le voila qui s'arrête. Des mamies en tenues traditionnelles entrent, chargées comme des mules de sacs plein de je ne sais pas quoi... parfois, une tête dépasse, ce n'est donc pas un sac de riz, c'est un bébé. Une fois que toutes les bonnes femmes sont entrées, qu'elles ont pris place dans l'allée centrale (il n'y a plus de places assises) que les poules sont chargées sur le toit, on peut repartir. Et s'arrêter de nouveau, pour charger d'autres gens et marchandises, tandis que d'autres descendent déjà. En fait, un bus grande ligne, c'est comme un omnibus, il s'arrête de partout, mais il le fait sur une très longue distance. A chaque patelin, chaque carrefour, des gens vont entrer, sortir, charger, décharger... et à chaque fois, on surveille nos sacs. Tant de proximité permet de créer des contacts très vite avec les gens. C'est sur que quand une mamie est tombée 3 fois sur tes genoux, ça facilite vachement la discussion. Et quand tu tiens un de ses 4 gamins sur tes genoux, ba là, t'es un peu un ami de la famille, quoi...
Bien entendu, après chaque arrêt, l'assistant du chauffeur vient percevoir les droits d'entrée de tous les nouveaux entrants. Comme il n'a jamais de monnaie, le 1er à payer est sûr de devoir attendre 30 minutes avant de revoir sa monnaie. 30 minutes car le bus est archi bondé, et il faut bien tout ça pour aller jusqu'au fond du bus et en revenir. Il y a un rituel bien particulier pour encaisser l'argent. L'assistant prend les billets de banque, les fait claquer un grand coup en tirant dessus, les frotte, les plie dans le sens de la longueur et se les enroule autour des doigts. Au bout de 15 passagers encaissés, l'assistant a 2 grands éventails au bout des mains...
 
Ca n'empêche pas de se distraire pour autant ! Chaque bus étant pourvu d'un lecteur DVD Hhhaute définition, avec grésillons intégrés, on peut renforcer nos connaissances cinématographiques ! Pour 2 films pas mal (« Blood Diamonds » et « 300 »), on se tape un cageot de navets américains avec Schwarzy/Stallone, une pallette de films de kung-fu asiatiques complètement stupides, et, celui qui mérite la palme d'or, une comédie musicale mexicaine des années 60, avec un espèce de Luis Mariano, mais en plus gros, sur les amours impossibles entre un fermier marginal éleveur de coqs de combat et une jeune femme qui fait du bénévolat dans un couvent. De l'émouvant, de quoi faire pleurer 2 wagons de nonagénaires.
 
Ca nous permet d'oublier un peu la longueur du trajet, la chaleur qui règne, les croix qui jonchent les bords de route Sans commentaires...
Sans commentaires...

, les odeurs qui stagnent, aidées par quelques vomis opportunément déposés par les passagers, ici et là, et qui roulent d'arrière en avant le long de l'allée centrale, au gré des montées et des descentes (et dans les Andes, les montées et les descentes, c'est pas ce qui manque, c'est dire si tout le monde en profite...). En revanche, quand il pleut, c'est une autre histoire. En effet, les joints des vitres et des trappes de toit ne sont pas toujours étanches. Bref, comme n'aurait pas dit Verlaine, « il pleure dans mon bus comme il pleut sur la ville », et on termine régulièrement les voyages avec la casquette sur la tête et le kway sur les genoux.
 
Enfin, quand le film est fini, quand tout le monde commence à s'endormir, bercé par tant de confort et de chaleur humaine, l'assistant nous offre alors une berceuse... c'est qu'il ne faudrait pas que le pilote s'endorme au volant ! On finit donc avec la radio à fond, sur des airs de « combo tropical », le dernier style à la mode dans les Andes, et on espère bien qu'il ne va pas y rester trop longtemps, à la mode.
 
X heures plus tard, nous arrivons. J'ai réussi à dormir...1h, entre 4h et 5h du matin. Après, le soleil s'est levé, et le paysage était trop beau. Dans le bus, on reconnaît le touriste à ses boules quies et son masque oculaire, mais surtout à son visage couleur de papier mâché, et pour les touristes qui sont très proches les uns des autres, à son haleine de fauve.
 
Heureusement, le bus arrive au terminus. A peu près à l'heure. Ou pas du tout. De toutes façons, c'est pas grave, comme ils écrivent sur le billet, « les horaires sont indicatifs », avec ça, tu t'attends pas à ce qu'ils soient respectés. Vite vite, je descends en premier pour aller chercher les sacs dans la soute. Je retrouve Vanessa sur le quai. Maintenant, il faut trouver un taxi, un hôtel, etc.... mais vous connaissez déjà cette histoire-là.
 
L'autre jour, on a pris notre premier bus au Chili. Il était propre, tout le monde avait une place assise. A 23h, ils ont arrêté la musique pour que tout le monde puisse dormir. Pendant la nuit, on a même eu un contrôle de passeport et un contrôle de bagages. Mon vieux, tout ça était bien organisé, bien huilé, ça rigolait pas,  on sentait bien qu'il pouvait rien nous arriver. Comme si on était chez nous. En fermant l'oeil, j'ai presque...regretté le manque de folklore, les sourires des gens qui viennent de tomber dans l'allée centrale parce que le pilote avait freiné trop fort... et puis j'ai dormi.
 
 
 
PS : nous tenons à signaler à tous les médisants que je n'ai pas laissé Vanessa aller toute seule à l'eau aux Geysers d'El Tatio, mais que, en dépit de mon rhume, je l'y ai même accompagnée.
Where I stayed
Hotel Helena
Slideshow Print this entry

Comments

anso
anso on Dec 9, 2007 at 10:03AM

une preuve ?
ok charly le vaillant mais nous on voudrait bien une preuve en images de ta baignade ... sinon merci pour la description détaillée des trajets en bus , ce folklore local me rappelle finalement beaucoup l'Inde , en remplaçant juste les statuettes de vierges par des Ganesh et des Krishna ! bisous les amis des andes

asalvaire
asalvaire on Dec 10, 2007 at 05:11PM

oh...salta!
c vraiment marrant de vous lire et de vous suivre semaine après semaine...ça va? pas trop nostalgiques à l'approche de noel ?? :)
salta, ça me rappelle des souvenirs, tilcara et toute la zone...
on vous embrasse fort fort
Aurélie et Damien

olitere
olitere on Dec 12, 2007 at 09:14AM

moui,une preuve!!!
Ouais, je suis d'accord, moi, tant que j'ai pas de preuve, je le croit pas, et je suis sûre que t'as laissé ma soeur toute seule à la flotte, sympa le beauf!!!!

Add Comment