Les iles enchantées des Galápagos...
C'était merveilleux. Une expérience fabuleuse, le genre de choses qu'on ne revivra sans doute pas. Parce que l'endroit est magique, par ce que les animaux y sont si faciles d'accès, et parce que en croisière, tout semble tellement simple.
Les Galápagos, ce ne sont pas que des iles dispersées dans l'océan, comme ca, a la grâce de Dieu. Ce n'est pas que le bastion d'une poignée d'animaux endémiques, qui furent tous menaces d'extinction, et qui en sont (presque) tous revenus. Ce n'est pas non plus seulement le berceau de la biologie moderne, qui inspira Darwin pour sa théorie de l'évolution des espèces.
C'est tout cela, et beaucoup plus, même.
Au Galápagos, les animaux n'ont pas de prédateurs, ils n'ont donc pas peur. Ce qui a failli causer leur perte pendant des siècles de chasse effrénée, est aujourd'hui la source du succès du parc national des Galápagos. Et c'est comme ca que nous, pendant une semaine, nous avons pu nager avec des jeunes Sea Lions (Otaries), jouer avec eux, les regarder plonger, tourner, virevolter, bref, faire ce que tant d'enfants rêvent de faire devant les écrans de TV (en tout cas, moi, j'en rêvais) : être un plongeur du Commandant Cousteau. Et comme tous les plongeurs de Cousteau, on a aussi vu des raies, des tortues, des pingouins, des requins (des qui ne mangent pas les hommes, et nous avons toujours tous nos doigts, rassurez-vous) et plein d'autres petits poissons. Et comme le Commandant Cousteau quand il descendait a terre (mais sans enfiler le bonnet rouge), on a vu la faune terrestre aussi ! On a pu tirer la langue aux vilains iguanes, et se cacher derrière les enooormes tortues.
Bref, on a été des touristes gâtés, heureux, privilégiés aussi, responsables et respectueux des animaux et de la vie sauvage là-bas. On est content, le tour operateur aussi. La croisière s'amuse.
Pourtant, un tableau aussi idyllique ne peut cacher les nombreuses interrogations.
Le parc est extrêmement bien entretenu, servi par des guides compétents (en tout cas, ceux qu'on a eus). Ces guides sont bénévoles. Chaque guide gère pendant une semaine le parcours de 16 touristes, il doit obtenir une assermentation officielle du Parc national des Galápagos, qui garantit son niveau de connaissance, et même, il est « les yeux et les oreilles » de l'organisme, devant rapporter auprès de lui tout ce qu'il a observé pendant les visites (comportement des animaux, etc). Et il est bénévole. Il est en fait payé par les tour-operators, qui l'embauchent sur leurs bateaux. Ces tour-operators qui font pression sur le parc pour ouvrir plus de sentiers, pour amener plus de touristes, plus de bateaux, ces tour-operators qui financent les campagnes électorales en Equateur pour obtenir plus facilement des dérogations diverses et variées : utilisation de vieux bateaux ne répondant pas aux normes antipollution, possibilité d'amener plus de touristes...
Comment garantir l'indépendance des guides, qui devraient être, et sont pour certains, des freins aux ambitions mercantiles démesurées des tours operateurs, alors qu'ils sont payés par ces mêmes tour-operators ?
Car le danger existe, réellement, de perdre les Galápagos, et son héritage unique.
L'an dernier, 140000 touristes sont venus sur les iles. En général, les croisières durent en moyenne 5 jours, ca fait 700 000 personnes, qui passent (comme nous l'avons fait) a 1 mètre des animaux, sur les plages ou ils vivent, sur les lieux ou ils se reproduisent. Difficile de croire qu'ils ne sont pas dérangés.
Par ailleurs, de nombreuses espèces animales introduites par l'homme depuis les premières « colonisations » menacent directement les espèces locales, soit en se nourrissant des mêmes plantes (ânes, chèvres), soit en chassant les petits ou les oeufs (chiens, chats, cochons). Seule solution fiable, l'abattage massif de ces animaux, pose plusieurs problèmes, moraux tout d'abord, et sociaux ensuite : comment dédommager l'agriculteur dont on va tuer toutes les chèvres ?
Enfin, les tour-operators multiplient les opérations de lobbying auprès du pouvoir pour ouvrir plus de sentiers, amener plus de bateaux (84 bateaux sillonnent les Galápagos aujourd'hui, avec une capacité comprise entre 10 et 100 passagers), créer des Marinas et autres complexes hôteliers luxueux. Le pouvoir Equatorien, comme beaucoup de pouvoirs, étant extrêmement « corruptible », l'inquiétude commence a gagner du terrain...
Le nouveau président équatorien semble vouloir agir vite et bien, dans l'intérêt des Galápagos ; en tout cas dans son programme.
C'est l'espoir pour que la croisière ne cesse pas de s'amuser...
Et que les iles des Galápagos restent a jamais et pour les générations futures des iles enchantées !